#OccupyPompidou. Ce vendredi après midi, Mohamed Hamidi réalisateur de Né quelque part et de La Vache, actuellement en salle, est venu parler de cinéma.

Devant une trentaine de passionnés de cinéma attentifs et attablés lors de cet atelier coorganisé avec le Bondy Blog au studio 13/16 du Centre Pompidou, Mohamed Hamidi retrouve un peu sa première vie, celle de professeur d’économie. Pédagogue, il énonce le programme de sa masterclass comme un cours bien structuré. Puis il attaque, « est-ce que certains ont déjà ouvert des scénarios ? Je vais vous décrire les différentes étapes. Tout ce que je dis, ça ne concerne que moi, c’est ma méthode, car il y a 1000 façons de faire. Mais voici la mienne ».

Pas de vacances scolaires qui tiennent. L’auditoire est concentré et écoute le déroulé sans un bruit comme avant un examen capital. « Depuis que je vis du métier d’auteur, j’ai écrit 4 scénarios, 2 pour moi 2 pour les autres. J’ai toujours plusieurs films en cours, car pour moi les idées ont besoin de l’épreuve du temps. Si je faisais un film sur la guerre entre Uber et les taxis, qui dit que le temps de l’écriture et du tournage cette guerre serait toujours d’actualité ? Il faut qu’une idée tienne sur la longueur. Après l’idée, il faut imaginer un pitch en une phrase, puis un synopsis en 1 page ou 2. Le synopsis raconte l’histoire, c’est facile à faire. La phase suivante s’appelle le traitement et c’est plus compliqué, car cela équivaut à écrire une nouvelle de 25 pages. On peut mettre des dialogues. Moi je les mets. Puis arrive le séquencier et là, on sort de la littérature. Exemple avec mon dernier film La vache. Séquence 1 : Algérie, jardin de Fatah, extérieur petit matin puis je raconte la séquence… ».

Mohamed Hamidi tient à ce que sa masterclass soit vivante et que « ses étudiants » participent. Il a prévu un mini scénario papier reprenant les 6 premières séquences écrites pour La Vache afin de les comparer au film. Une sorte de jeu des 7 erreurs scénaristiques. « Quand je suis réalisateur, il me faut oublier le scénariste que je suis : si à l’image elle ne marche pas, il faut sacrifier la séquence écrite dans le scénario et réécrire la scène sur place pour qu’elle fonctionne à l’écran. »

Projection du début du film pour comparer avec le document fourni pour l’exercice. Des rires se font entendre quand Fatsah Bouyahmed, le héros humain du film (avec La Vache Jacqueline) chantonne des tubes style Stars 80. À la fin de l’extrait, Mohamed Hamidi reprend la classe : « Dans un scénario, il faut que ça démarre très vite. Dans mon film, en 14 minutes, on doit déjà savoir l’essentiel du contexte, de la vie familiale du héros… Il y a des questions ? » L’ancien professeur double le scénariste-réalisateur. Et il y en a. Sur la technique, le lieu du tournage au Maroc, et sur de nombreux autres aspects. « J’aurais pu tourner la fin au début comme on me l’a proposé pour coller aux dates du Salon de l’agriculture de Paris. J’ai refusé cette solution et heureusement, car la fin du tournage correspondait aussi à la fin d’une sacrée aventure humaine, chargée d’émotion. Ce projet était important aussi pour Fatsah et cette émotion de fin de tournage a servi le film, car elle se ressent à l’image. Du coup, on a reconstitué le Salon de l’agriculture à Bordeaux, mais lors d’un vrai salon agricole tout de même ! » avoue le réalisateur.

Deuxième exercice : cette fois, les participants, des jeunes adultes et des adolescent-e-s pour la plupart, regardent une nouvelle séquence de La vache avant de coucher sur le papier un séquencier comme expliqué précédemment par le maître Hamidi. Efficace la méthode d’apprentissage pour se glisser dans la peau d’un scénariste ! Ce qui ne fait que multiplier les questions techniques même sur la direction d’acteur. « Il y a tout un travail de lecture bien sûr. Je vois tous les comédiens un à un. On rejoue la scène et là, on fait les dernières modifications. Tout réside dans la préparation du film en amont (décors, place de la caméra) pour n’avoir plus qu’à me concentrer sur le jeu des acteurs. Mais si une scène marche, c’est avant tout grâce à leur talent ! ».

Et pour Mohamed Hamidi le moment d’aborder sa façon de travailler avec Alain-Michel Blanc, le co-scénariste qui avait déjà collaboré sur son film précédent Né quelque part. Près de 3 heures de masterclass écoulées déjà, mais le public ne se lasse pas de l’interroger. Un ping-pong verbal qui permet à l’invité de passer au scanner son parcours cinématographique et d’égrainer les conseils. « Ce que je veux dire à ceux d’entre vous qui veulent se lancer dans la réalisation : faites d’abord du montage ou assistez à un montage avec quelqu’un. C’est ce que j’avais fait sur un long-métrage de Jamel [ndlr :Jamel Debbouze dont il est aussi le metteur en scène de ses spectacles] !»

Les questions épuisées, les applaudissements retentissent et sonne la fin de cette récréation intellectuelle. La vache, une vraie masterclass de cinéma !

Sandrine Dionys

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