A 35 ans, l’ancienne chroniqueuse et présentatrice est une journaliste touche-à-tout. L’école du blog l’a reçue dans le cadre d’un film documentaire réalisé dans la bande de Gaza. Rencontre.

Force et sérénité sont les impressions qui se dégagent du visage de Mélissa Theuriau quand elle arrive tout sourire samedi 30 mars pour son École du blog. Au menu, son parcours et « Israël, Palestine : une jeunesse sacrifiée« , le premier film documentaire que la journaliste a réalisé et produit en 2011 alors qu’elle était enceinte de son second enfant.

Sa diffusion plonge les blogueurs au cœur de Gaza, cette bande de 40 kilomètres de long sur 8 de large où s’entassent 1 million et 600 000 personnes. Sous des tentes, du côté de Rafah, de profondes galeries, des tunnels menant en Égypte, où les Palestiniens s’approvisionnent. Nourriture, essence, cigarettes, ou graviers pour le ciment. Saqer, 18 ans descend dans ce trou de 30 mètres de profondeur au péril de sa vie. Pour survivre aux conditions de vie harassantes, lui et beaucoup d’autres gazaouis se droguent au Tramadol, un antidouleur, analgésique proche de la morphine avec de terribles effets secondaires. À cause des frontières fermées, les maladies congénitales sont la première cause de mortalité infantile. Voilà quelques unes des nombreuses informations issues du film de Mélissa Theuriau qui permet de sortir des seuls clichés du conflit armé qui ravage ce territoire depuis des décennies.

Après la projection, l’échange entre la grenobloise de 35 ans et les participants est presque solennel, le temps de se remettre du choc des images. Ce qui intrigue en premier lieu, c’est Gaza city ou Rafah. Comment a-t-elle réussi à tourner, notamment au fond des tunnels ? « Le plus dur fut d’obtenir un laissez-passer. Au service de presse, les Israéliens qui les délivrent sont des victimes ou des proches de personnes qui ont perdu la vie dans des attentats. Ils sont tellement brisés, qu’ils n’ont pas envie de vous laisser passer… Mais à l’usure, mon équipe et moi avons obtenu ce papier. Après, dans Gaza, ce fut très facile d’aller à la rencontre de la population car les portes s’ouvrent… Nous pouvions rester 6 jours. Nous avons travaillé jour et nuit. »

P1070331 - copieWidad l’interroge sur la difficulté même d’entrer sur le territoire israélien dès l’aéroport. Elle reconnaît que « c’est pénible ». « Mon mari, il l’ont gardé du matin au soir » concède-t-elle. Cette allusion sera la seule qu’elle fera à l’homme qui partage sa vie, Jamel Debbouze. Les jeunes ne sont pas venus chercher des potins et ne la questionnent pas sur « Jamelissa », comme les surnomme la presse people. Ils ont soif de détails sur son documentaire qui les a visiblement touchés. Alors elle narre ses difficultés pour monter son projet et trouver une chaîne voulant croire dans son potentiel de réalisatrice.

Mehdi n’en croit pas ses oreilles. « Si vous, Mélissa Theuriau, on vous prenait de haut quand vous proposiez votre film, imaginez pour de jeunes inconnus …». Elle tempère, «le milieu de la production, comme tous les milieux est assez fermé. Il n’a pas envie d’accueillir les nouveaux entrants. Mais aujourd’hui, j’ai mon petit parcours de productrice. C’est un métier d’angoisse mais tellement formidable ». Car depuis que Teva lui a fait confiance en 2011 pour le docu sur Gaza, d’autres chaînes lui ont emboîté le pas. Canal plus pour « L’entrée des Trappistes » par exemple qui raconte les trajectoires croisées de Jamel, Omar Sy et Nicolas Anelka. A force de nuits blanches, de travail et volonté, Mélissa Theuriau s’est aussi forgée une réputation de productrice.

Car en tant que journaliste et présentatrice, ses preuves n’étaient plus à faire depuis longtemps. Diplômée de l’ICM d’Echirolles (38), une des écoles publiques reconnues par la profession qu’elle a adoré fréquenter, elle « monte » à Paris tenter sa chance. Sans piston, ni réseau familial, elle finit par décrocher un CDD d’un an au desk de LCI, « stressant mais formateur » où elle bosse très dur. Repérée, on lui propose de faire des essais pour de l’antenne.

Tout s’enchaîne très vite jusqu’à animer la matinale avec Thierry Gilardi, « mes meilleurs souvenirs à LCI ». Une ombre au tableau cependant. On lui propose la présentation du 20h de TF1 en joker de Claire Chazal. Elle n’est pas intéressée. « A 25 ans, ça ne me correspondait pas». Pour sa hiérarchie, il est impossible que Mélissa Theuriau puisse décliner une telle proposition : « Ils ont débouché le champagne et communiqué l’info avant mon accord…. Ils ne m’écoutaient pas ». Quand elle comprend que la jeune femme ne plaisante pas, la direction de TF1 n’accepte pas sa décision. « Une place au 20h, ça ne se refuse pas ! » lui fait-on savoir. Virée du jour au lendemain, son badge désactivé, elle ne peut même pas récupérer son carton d’affaires personnelles. « Ca reste un épisode douloureux pour moi… ». Ce bémol dans son parcours ne stoppera pas sa carrière puisque M6 la recrute et lui offre de nouvelles opportunités comme la présentation du magazine Zone interdite.

Aujourd’hui, ses projets de documentaires et son activité de productrice l’accaparent mais si une émission originale et créative lui était proposée, elle reprendrait l’antenne avec enthousiasme… Avant de conclure, Mélissa Theuriau n’oublie pas d’encourager les jeunes, pour qu’ils se lancent et présentent leurs projets aux productions. « Toutes les portes ne sont pas fermées. C’est très dur de rentrer dans le milieu mais tous recherchent la pépite… ».  Un optimisme communicatif en harmonie avec son image… de force et de sérénité.

Sandrine Dionys

 

 

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