Pour la sixième Ecole du Blog de la saison, le Bondy Blog a eu le plaisir de recevoir Patrick Karl, comédien et écrivain, pour un travail sur le thème de la voix.

Il est arrivé en avance et avait fait ses exercices pour chauffer ses cordes vocales. Pour une masterclass sur la voix dispensée bénévolement à des jeunes du Bondy Blog, sur les planches ou derrière un micro, Patrick Karl, comédien et écrivain, pense à son public et le choie. Autodidacte, il s’est d’abord formé au théâtre de rue puis par des rencontres majeures comme celle du Théâtre du Soleil sous la direction d’Ariane Mnouchkine. Au cours de ses 35 années de carrière, il a cheminé à la rencontre du Théâtre d’Art et de noms prestigieux comme Shakespeare, Goldoni, Tchekhov, Char, ou Beckett pour le compte de différentes compagnies à Paris et en région, en création et en tournée.

Patrick Karl, dès l’introduction de son parcours, se dit heureux d’être là et d’aider les blogueuses et les blogueurs à travailler leur voix. Ils l’avaient bluffé par leur élocution et l’intelligence de leurs propos lors de l’enregistrement de la conférence de rédaction sur Christiane Taubira, récente invitée du Bondy Blog Café. De cette émission, il sera plusieurs fois question pour illustrer ses conseils sur le placement de la voix pendant les reportages, et, pour parler de lui, en évoquant la Garde des sceaux. Car Patrick Karl, compagnon de l’artiste ultramarine Mariann Matheus qui est une proche de Christiane Taubira, explique qu’il n’a guère l’occasion de la voir depuis qu’elle consacre tout son temps à sa charge de ministre.

Comédien mais aussi acteur pour la télévision et le cinéma, celui qui se définit comme un artisan de théâtre travaille beaucoup pour la radio, France Culture principalement et parfois le commentaire cinématographique même si ce n’est pas ce qu’il préfère. « J’aime tout ce qui est « voice over », voix sur, mais pas le doublage car ça laisse peu de place pour l’intérieur du comédien ». Patrick Karl se sent proche des jeunes venus l’écouter lui qui a l’âge d’être à la retraite même s’il n’a jamais arrêté, dévoré par la passion de son métier. « Je suis un banlieusard encore aujourd’hui. Et si je vis dans le 94, je suis un enfant d’Aubervilliers ». Il a grandi pendant les 30 glorieuses, l’âge d’or du plein emploi « avec un patronat paternaliste mais où on bossait 48 heures par semaine. Mes oncles sont d’ailleurs morts d’un cancer du poumon à cause des émanations toxiques qu’ils respiraient à leur travail ». Son père est livreur et sa mère recoud les blouses dans une usine avant de grimper les échelons un à un pour achever une carrière de secrétaire de direction. Brillant élève, il décroche à l’adolescence et commence à trainer dans la rue avec les voyous mais ne fera pas carrière dans le banditisme. L’appel des planches est trop fort.

D’Aubervilliers, il garde aussi la proximité de ceux qui ont connu le 17 octobre 1961, comme le petit frère de Fatima Bedar, manifestante stanoise de 15 ans dont le corps a été retrouvé dans le Canal de Saint-Denis, sans oublier Jean-Luc Einaudi, son ami récemment décédé, qui a consacré une partie de sa vie au travail de mémoire autour du 17 octobre 1961. Aujourd’hui Patrick Karl reprend le flambeau de l’auteur de La bataille de Paris paru en1999, qui témoigna contre l’ancien préfet de police Maurice Papon. Outre les hommages auxquels il participe, Patrick Karl a écrit une pièce de théâtre, Octobre 61, j’ai vu un chien, publiée aux éditions Les Cygnes en cours de montage et de production.

Après sa présentation, les questions se bousculent. « Qu’est-ce qu’un ton efficace ? » interroge Louis. « C’est tout le sujet ! » répond le comédien aux sonorités de baryton. « Pour arriver au moment, il faut d’abord se préparer avec des exercices, se chauffer la voix car cet outil est un muscle ! Puis elle doit servir le contenu et le ton détermine nos intentions. Enfin, il faut parler au micro, avoir un rapport sensuel avec lui. Car c’est face au micro qu’il va falloir défendre son texte ! » Il explique aussi combien la respiration est importante. « La voix, c’est la vie des mots ! Et tout le corps entre en jeu. » Le professionnel qu’il est se lève, bouge et commence à illustrer avec gestes et postures : « Imaginez la colonne d’air. Il faut dilater sa colonne d’air mais ne jamais forcer sur sa voix ! » Après une série d’anecdotes et de recommandations, place à la pratique. Dans un petit studio attenant, les jeunes se serrent, un peu intimidés puis les exercices vocaux collectifs brisent la glace avec des rires, surtout quand les lèvres se mettent à vibrer pour imiter une moto au démarrage !

Chacun passe derrière le micro, casque sur les oreilles pour se mettre dans les conditions d’un enregistrement. Un texte « Le très-petit Nicolas » à propos d’une chronique de Nicolas Bedos, écrit à 4 mains par Les Kids, Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah, est scandé à tour de rôle permettant à Patrick Karl d’analyser la diction et de prodiguer ses conseils. Certains sont venus avec leurs textes comme Kevin avec sa propre prose, ou Vladimir avec un écrit sur Malcolm X et ils sont très applaudis pour l’émotion provoquée par leur récitation…

Quatre heures trente après le début de la masterclass, on frappe à la porte du studio : « Il est temps de libérer Patrick ! » Pris dans le tourbillon de ses explications et de son désir de transmission, l’artiste n’a pas vu tourner les aiguilles du temps. Humble, c’est lui qui remercie. Se referment les portes et le rideau de fer du local qui protège la salle de conférence où résonne encore la citation de Charles Bukowski que Patrick Karl a proclamé tel un mantra aux participants : « L’art est difficile mais le style est dangereux… »

Sandrine Dionys

La prochaine Ecole du Blog se tiendra samedi 14 juin 2014 et accueillera Nadia Daam,
journaliste web, radio et télé. L’exercice pratique de sa masterclass portera sur la préparation d’une chronique basée sur l’exemple de la sienne diffusée dans le 28 minutes d’Arte, « Le tweet de la semaine ». Rendez-vous dès 10 heures au 37-39 rue Roger Salengro. Entrée libre.

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