Pour la cinquième école du blog, le Bondy Blog a reçu Jean-Thomas Ceccaldi et Mustapha Kessous, réalisateur et auteurs de Français d’origine contrôlée, un documentaire diffusé en mars dernier sur France 2. Une série de rencontres et de portraits, 20 ans après la Marche, qui dessine un rendez-vous manqué.

« Il ne faut pas qu’il y ait de prolongation. Paris doit gagner vite fait. » Jean-Thomas ne plaisantait qu’à moitié. Plus de peur que de mal, les Parisiens se sont imposés face aux Canaris 2-1 en 90 minutes. Trois jours avant sa diffusion à la télé, mardi 4 février après le match de la Coupe de la Ligue, les blogueurs ont pu assisté à la projection de la première partie du documentaire Français d’origine contrôlée. Jean-Thomas Ceccaldi, coauteur et réalisateur et Mustapha Kessous, coauteur, sont venus présenter la première des deux parties de leur documentaire. Comment est né le projet ?

Mustapha souhaitait à l’origine écrire un bouquin sur la marche, « une histoire méconnue » . « Avant d’avoir 20 ans, je ne savais pas que des gens avaient tenté de faire bouger les choses. J’ai rencontré Jean-Thomas, réalisateur depuis 20 ans. Après avoir arrêté le projet du livre, on a voulu faire un film sur les trente dernières années et les opportunités manquées qui nous ont menés à la situation actuelle. » D’après Jean-Thomas, celle-ci n’est guère brillante : « On est parasité par les mêmes débats. On voulait partir des origines et voir ce qui s’était passé, ou plutôt pas passé. On s’est dit qu’on allait leur rendre la parole [aux acteurs oubliés]. Des gens qui parlent, qui n’ont pas parlé depuis longtemps et qui seraient en colère. »

Pendant les premières secondes du documentaire, Mustapha prend la parole et s’exprime à la première personne. S’il ne souhaitait pas y apparaître au début, Jean-Thomas voulait créer une intimité et de la confiance. De plus, l’usage de la première personne permettait, d’après Mustapha, de légitimer le tutoiement, de montrer qu’il connaissait les intervenants. Rien d’étonnant avec une centaine d’heures de rush. Entre quatre et cinq mois de montage ont été nécessaires, ce qui est plutôt long pour un documentaire.

Après la diffusion de la première partie, un débat a eu lieu. Le retentissement de la célébration des trente ans de la Marche en a surpris plus d’un. Nordine Nabili apporte un premier témoignage : « J’ai fait les 20 ans de la marche à RFI. Il n’y avait rien. Les radios communautaires s’en sont occupées. » Il juge que cet événement est méconnu. Mustapha raconte de son côté qu’à l’époque où il a commencé le documentaire, il n’entendait pas parler du film.

À Balla qui demande pourquoi les initiateurs de la Marche n’ont pas su capitaliser sur son succès, Mustapha répond qu’ils manquaient de conscience politique. Il nous apprend d’ailleurs que Toumi, celui qui en a eu l’idée après s’être fait tirer dessus par un policier, ne s’en était jamais occupé. Pour Jean-Thomas, « ils [les initiateurs de la Marche] n’ont pas pu transmettre, car ils ont été confrontés à une machine de guerre. Ceux qui ont percé comme Djida ont explosé en plein vol. » Le monde de la politique ne leur a effectivement pas fait de cadeau. Mustapha rapporte que des gens comme Djida Tazdaït devenaient des concurrents pour les politiques. « D’où le choix des associations religieuses pour interlocuteurs. Aujourd’hui ils dénoncent l’intrusion des religieux dans la politique. »

L’opportunité manquée que constitue le succès de la Marche est résumée par ce constat de Nordine Nabili : « Tous les leaders des mouvements sociaux de ces trente dernières années ont une place en politique, sauf ceux de la Marche. » Puis pour clôturer cette rencontre, il tient à laisser un message « Notre propre histoire, on en avait honte. D’après nos parents on allait repartir. Votre génération est au pied du mur. Aujourd’hui vous avez tous les outils. Il faut apporter des éléments d’info forts aux débats. » 

Olufemi Ajayi

La prochaine Ecole du Blog aura lieu le samedi 31 mai avec Patrick Karl, comédien formé au théâtre de rue puis par des rencontres majeures (Robert Girones, Guy Naigeon au Centre National Dramatique de Lyon puis Le Théâtre du Soleil sous la direction d’Ariane Mnouchkine). Acteur pour la télévision et le cinéma, il travaille aussi pour la Radio et le commentaire cinématographique. L’exercice pratique sera un atelier sur le travail de la voix. Rendez-vous à 10 heures, dans les locaux du Bondy Blog, au 37-39 rue Roger Salengro, à Bondy

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