Sous-sol de la bibliothèque de Bondy. Il est 9h30. Les retardataires débarquent essoufflés, la séance de l’Ecole du blog peut commencer. L’intervenant du jour s’appelle Frédéric Boisset (photo, à droite de dos). Frédéric est reporter pour la chaîne privée M6. Ce matin, il s’est levé de bonne heure, pour nous parler de la « conception et de la réalisation d’un documentaire TV ». Mais Frédéric est aussi venu pour s’expliquer, une nouvelle fois, sur son reportage « Un été dans la cité ». Un reportage qui a suscité la controverse dès sa diffusion, au début du mois de septembre sur M6. Ce documentaire d’une quarantaine de minutes nous immergeait dans une cité de Sarcelles, le temps des grandes vacances. Des associations et quelques habitants du quartier ont dit tout le mal qu’ils pensaient de « cet énième reportage sur la banlieue ».

Avant d’en venir à l’objet de la polémique, Frédéric nous explique en quoi consiste son métier. Le journaliste jongle entre l’agence CAPA, réputée, et Camicas Productions, deux boîtes qui produisent des documentaires. « Le travail de ces agences de presse, entame-t-il, se joue dans une sorte de sous-traitance pour les chaines de télévision. C’est comme une relation de vendeur à client. Ils proposent les reportages qu’ils veulent, nous les réalisons. Si notre travail final ne plaît pas, les chaines peuvent les reformater. »

En fait, le reportage c’est comme la baguette. On l’achète cuite ou bien blanche. A notre guise. Le voilà qu’il cite un exemple : « Barack Obama, ça n’a échappé à personne, a été élu président des Etats Unis. Là-dessus, c’est de l’actu, on peut nous proposer de faire le portrait de jeunes de banlieue qui s’engagent en politique. » Souvent, c’est la chaîne qui commande un sujet. Rarement l’inverse.

On en vient à ce fameux reportage qui a tant fait jaser. Frédéric ne retrousse même plus les manches, ne prend même plus de pincette. Maintenant, il se lance direct. « A ce moment, le pouvoir d’achat était à la mode. Et, en période de vacances scolaires (reportage tourné en juillet-août, ndlr), l’idée était de suivre cinq ou six profils d’habitants de cité qui ne partent pas en vacance. Nous avons choisi Sarcelles. » Et de citer machinalement : « On a suivi un jeune qui cherchait du travail à l’ANPE, une grand-mère qui gardait des enfants qui n’avaient pas la chance de partir en vacances. »

Un mois et demi de tournage et pour quinze jours de montage. Le reportage naît. Lors de la première diffusion privée, M6 n’a rien eu à redire et a trouvé le documentaire « équilibré ». « Puis, ajoute-t-il fièrement, le soir de la diffusion, Luc Bronner (journaliste au Monde, spécialiste des banlieues, ndlr) m’a même passé un coup de fil pour me féliciter. »

Mais d’autres n’ont pas autant apprécié. Des associations et des habitants du quartier. Ils étaient furieux. En cause ? « Une courte séquence de deux minutes où un jeune se vante « de foutre la merde » tout en vendant des stupéfiants. » Même les politiques locaux s’en sont mêlés. « Le maire, fou de rage, nous a appelé le lendemain, avec des menaces de poursuite judiciaires qui n’ont toujours pas vu le jour. Nous avions d’ailleurs le soutien de M6. » Sans doute cette trop gênante « évocation d’un centre de loisirs fermé en août à cause d’un manque de moyens ».

Les médias n’ont-ils pas trop ce malin plaisir à montrer la banlieue sous son mauvais jour ? Tactique infaillible, Fréderic nous ressort la miraculeuse formule qui sauve un journaliste en difficulté. La légendaire « il y a peu d’intérêt à montrer des trains qui arrivent à l’heure. En même temps notre travail à nous, c’est de parler de ce qui ne marche pas. » Contre-attaque de Nordine Nabili, rédacteur en chef du Bondy Blog : « N’y a-t-il pas là un côté pression implicite du demandeur ? » Réponse de Frédéric : « La fête dans les banlieues, c’est moins spectaculaire que le trafic. » Et puis, « nous ne sommes pas une agence de communication pour réhabiliter la banlieue ».

Au premier rang, à gauche, une femme écoute religieusement. A un moment, elle veut prendre la parole et livrer un témoignage. Il s’avère que la dame vient de Gap et qu’elle est la mère du journaliste, Frédéric Boisset. Sans spécialement défendre son fils, elle dit : « Pour nous, en province, les banlieues, c’est là où ça brule. C’est ce que nous montrent généralement les médias. On se dit en même temps qu’ils arrivent quand même à s’en sortir. On sait très bien que les banlieues, ça n’est pas que des troubles fêtes. Nous avons toujours à l’esprit des jeunes de la trempe de Malamine Koné ou Mohamed Dia. Et pourtant, ils ont grandi dans les cités ! »

La deuxième partie de l’école du blog est un atelier. Chacun devra écrire un commentaire et « poser sa voix » sur un reportage du JT de TF1 sur la victoire de Barack Obama.

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah 


Ecole du blog 8 novembre
envoyé par Bondy_Blog

Prochaine séance de l’Ecole du blog :
Samedi 22 novembre, avec Christophe Deloire, directeur du Centre de formation des journalistes.
Inscriptions: ecoledublog@yahoo.fr

mehdi_et_badroudine

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