Sophie Bouillon est quelqu’un qui n’a pas peur de faire des kilomètres. A 24 ans elle en a fait 12 450 pour s’envoler en Afrique du Sud. Alors, venir à Bondy un mardi soir pour animer une école du blog, c’était un peu comme passer chez l’épicier du coin.

L’équipe du Bondy Blog était réunie pour une masterclass, mardi 16 décembre dernier, animée par la jeune reporter indépendante, spécialiste de l’Afrique, Sophie Bouillon. Après une fac de lettre elle se rend compte que les débouchés sont moindres « je ne me voyais pas être prof de français ». Elle décide donc de partir pour la première fois en Afrique du Sud. La rencontre avec le pays de Madiba a été une révélation mais aussi une violence. Passer de Vesoul (Haute-Saône), une petite ville située en Franche-Comté, à un pays où le climat post-apartheid est encore pesant, c’est violent. Pourtant, elle devient passionnée de cet Etat, puis du continent africain de manière générale.

En rentrant de ce premier voyage, elle fait le constat suivant : le pays où elle a vécu quatre mois ne correspond pas à l’image qu’on lui donne, « en étant journaliste, je pourrais raconter ces histoires » se dit-elle.

Elle lance alors la machine : préparation aux écoles de journalisme, stages en rédaction. Elle est prise à l’ESJ Lille. Lors de ses études, elle doit effectuer un stage obligatoire. Lille c’est sympa mais l’Afrique ça l’est encore plus. Elle se démène donc pour obtenir un stage dans une rédaction africaine, une première à l’ESJ. Elle déniche un stage au Zimbabwe, le journal La Croix s’engage à la soutenir dans ce projet.

Sa motivation est certaine mais son compte en banque l’est beaucoup moins. Elle nous confie avoir effectué un prêt à la consommation pour ce voyage, c’est dire.

Les blogueurs écoutent attentivement cette journaliste qui défile son parcours, certains prennent des notes. Alors qu’elle énumère les médias avec lesquels elle a travaillé : Jeune Afrique, Libération, La Croix, Courrier International, Libération ; elle glisse « ah oui et j’avais fait un papier pour la revue XXI avec lequel j’ai eu le prix Albert Londres », rien que ça.

Aujourd’hui Sophie Bouillon est pigiste (journaliste indépendante). Contrairement à certains qui le sont par dépit, elle nous explique que ce statut, elle l’a vraiment choisi. Elle prend cette décision après un CDD à Courrier International où elle était responsable de la rubrique Afrique. « C’est vrai que ce n’est pas facile tous les jours, mais c’est une réelle liberté ». Néanmoins, elle précise qu’il est difficile de faire sa place en tant que pigiste à Paris « puisqu’on est noyé dans la masse ».

Les lauréats du prix Albert Londres ne semblent donc pas bénéficier d’un traitement de faveur, elle ajoute d’ailleurs que cette nomination donne davantage de pression dans le sens où « on veut sans cesse ‘se prouver’ »

Depuis peu, Sophie Bouillon travaille davantage sur le territoire français. Elle confie avoir effectué une enquête sur la prostitution « ce sujet m’a donné l’impression d’être à l’étranger, il m’a parfois empêché de dormir ». Pour cette reporter, travailler en France c’est tout nouveau : « c’est en France maintenant que j’ai l’impression d’être à l’étranger ».

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Exercice pratique : écrire un synopsis

Après avoir présenté son parcours, son auditoire a des questions à lui poser. Katy lui demande si ce métier ne la confronte pas à des situations délicates, dangereuses ? La réponse est positive, Sophie Bouillon se rappelle : « je me suis retrouvée plus d’une fois dans des conditions où je me suis demandée ‘mais qu’est-ce que je fais là ?’». Ilyes, quant à lui, l’interroge sur la manière dont elle organise ses reportages, elle répond : « quand on est reporter international, il faut travailler très vite ».

L’exercice pratique de la séance, proposé par la journaliste, est l’écriture d’un synopsis. Sophie Bouillon propose aux blogueurs d’en écrire un  pour vendre un sujet, qui nous tient à cœur, à une rédaction. Avant de nous laisser livrés à nous même, elle nous donne quelques conseils. La règle d’or d’un synopsis de reportage est évidemment de convaincre : « il faut convaincre votre interlocuteur que votre sujet est le sujet du siècle et que vous êtes le mieux placé pour l’écrire ». Il faut également montrer son style, le travailler en 10 lignes. Ainsi elle nous conseille de commencer le synopsis comme on commencerait un article.

Une demi-heure plus tard, chacun vient la voir à tour de rôle pour lui montrer son travail. Elle lit, corrige, conseille.

Il est déjà 21h20, l’heure de se dire au revoir, de remercier Sophie Bouillon de sa disponibilité, de s’emmitoufler dans son manteau et son écharpe pour rentrer chez soi : direction Bondy, Drancy, Saint-Ouen, La Courneuve, Saint-Denis, c’est moins sexy que Johannesburg ou Djibouti mais c’est sympa aussi.

Sarah Ichou

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