Bondy, mardi 1er avril, 18h30, bibliothèque Denis Diderot, premier sous-sol. Deux stars de la première chaîne de France, TF1, sont invitées en compagnie de Samira Djouadi, propulsée présidente de la Fondation TF1, pour une séance exceptionnelle de l’école du blog. Le premier est le présentateur phare du JT de 20 heures, fier remplaçant de PPDA, Harry Roselmack. Le second est le directeur de l’info, homme puissant de la chaîne, Robert Namias. Les trois sont prêts à répondre à la cinquantaine d’apprentis journalistes de Seine-Saint-Denis présents. Nous partons donc à la découverte de la télévision et de ses vices.

Les premières questions examinent la diversité, dans tous ses recoins. Si importante pour beaucoup d’entre nous. Et étendard passablement repris par TF1 ces derniers temps. Voilà pourquoi la chaîne a décidé de recruter des jeunes « talents de cités », sans exigence de diplôme, sinon celle d’être « issus d’un quartier fragile ». Parmi ceux qui postuleront, huit heureux élus, « une dizaine » selon Robert Namias, seront formés pendant deux ans à un métier de la télé. Ils entreront ainsi dans cette « grande maison de la télé » qu’est TF1.

Pour remédier aux gros problèmes posés par les discriminations dans les médias, en particulier télévisés, le patron de l’info de la chaîne privée est d’avis qu’« il faut des quotas ». La tour de Boulogne paratagerait-elle la politique officieuse des quotas introduite en France par Nicolas Sarkozy. A l’image d’Harry Roselmack, Robert Namias pense que TF1 est fondatrice de « la discrimination positive dans l’audiovisuel », comme l’avait souhaité Jacques Chirac pendant les émeutes de novembre 2005.

On resserre le débat, sinon « beaucoup de déçus qui ne pourront pas poser leurs questions ». Namias rassure : « Pas de problème, si nous n’avons pas suffisamment de temps, nous reviendrons. » Roselmack parle rarement sauf sous les imprécations du chef en difficulté : « Vas-y Harry, réponds ! » Le ton monte peu à peu. On évoque « les connivences avec le pouvoir ». Namias nie en bloc. « Le JT de 13 heures de Pernault », ce sarkozyste décomplexé que le chef de l’info assure « recadrer parfois », est d’abord un succès d’audience. On ne crache pas sur huit millions de téléspectateurs.

Quand il est question du traitement de l’information notamment lors des « émeutes » de Villiers-le-Bel (la descente de police hyper-médiatisée), Namias et Roselmack sont catégoriques : « C’est de l’information, ce n’est pas parce que c’est en banlieue qu’il ne faut pas s’y rendre », assènent-ils. Et d’ajouter : « C’est assez dur de travailler en banlieue. »

Faut-il des journalistes spécialisés « banlieue » ? Question ardue. Elle ne sera pas tranchée. Certains estiment que les reporters dédiés aux quartiers « sont là pour sympathiser et avoir un accès plus facile dans les quartiers difficiles ». Avant de conclure, et après avoir regardé plusieurs fois sa montre, Namias nous assure qu’on peut l’appeler si des problèmes se posent. A l’entendre, il nous semble que c’est seulement à TF1 que nous pourrons faire de la télé, si l’envie nous en prend, vu nos noms sont épicés !

Le débat est clôt. Les groupies du Roselmack, discret mais bourré de sex-appeal, affluent. Photos, autographes, parlottes, conseils, tout y passe. Cette fois, Namias a moins la cote. Une étudiante en école de journalisme se lance tout de même. La jeune femme cherche un stage. Elle lui laisse son CV, il sourit brièvement et le prend. Nous croisons les doigts pour elle, pourvu qu’elle se retrouve « dans la grande maison de la télévision », quelque peu perturbée ces derniers temps.

Après un ultime autographe, nous saluons Namias, évoquons le livre au centre de la perturbation (« Madame, Monsieur, Bonsoir… »). « Vous savez, lorsque nous sommes venus faire une interview de Harry Roselmack, nous avions peur d’être sur écoute dans l’ascenseur, c’est que nous avons appris dans le très bon livre des rédacteurs de la chaîne », chambrons-nous un peu le patron de l’info. Il nous confie alors que « toutes les informations sont fausses » et qu’il ne « portera pas plainte ». Enfin, comme prévu, nous lui demandons son numéro de téléphone portable pour le joindre en cas de demandes particulières, il préfère que l’on passe par « son secrétariat ». D’une minute à l’autre, tout devient possible !

Les trois repartis, c’est l’heure de la conférence de rédaction express. Il se fait tard, une équipe de …TF 1 est restée sur place pour filmer une des conférences hebdomadaires. Une petite plainte du journaliste (« bordel de caméra à 24 000 €, même pas capable de fonctionner ! »), quelques prises de vue, un peu de son et le tour est joué ! La nuit est tombée, la rencontre est bouclée, la conférence de rédaction achevée. Comme dirait Roselmack, « Bonsoir et à demain ». Pour notre part, à bientôt.

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah

« Des médias comme TF1 n’ont pas su restituer la diversité »


ECOLE DU BLOG – fondation TF1
envoyé par Bondy_Blog

Chou Sin

Mehdi et Badroudine

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