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Si le gouvernement britannique s’enorgueillit des retombées financières des JO, un an après l’événement, dans les quartiers où beaucoup de changements avaient été promis, le son de cloche est différent. Récit.

Pour remporter l’organisation des JO 2012, les équipes des villes candidates ont rivalisé d’ingéniosité. Très vite finalistes, Londres et Paris se sont, une fois encore livrées à une bataille sans pitié. Rivalisant dans leur séduction du Comité Olympique, les deux projets mettaient cependant en avant la même ambition de régénérer des quartiers en perdition, la Plaine-Saint-Denis au nord de Paris et la Lower Lea Valley à l’est de Londres. Alors que certaines villes du 93 se prenaient déjà à rêver des dizaines de milliers d’emplois promis, c’est la perfide Albion qui a remporté le Graal. Un an après la fin des festivités et près de 10 milliards de livres (environ 12 milliards d’euros) de budget, où en sont les progrès en terme de politiques urbaines ?

L’organisme en charge du suivi de l’après-jeu, le London Legacy Development Corporation a prévenu : le plan de rénovation ne portera ses fruits qu’à l’échelle d’une dizaine d’années. Mais déjà les observateurs relèvent les mauvaises directions qu’empruntent le projet. Julian Cheyne est l”animateur du Counter Olympic Networks, un réseau regroupant les rares opposants à l’organisation des JO à Londres. Pour lui, le discours mettant en avant la régénération de l’Est londonien est hypocrite. Il confie que la plupart des rénovations promues étaient déjà planifiées dans un plan de rénovation appelé Stratford City. « Ces jeux n’avaient rien à voir avec les habitants de l’East End  [le surnom de cette banlieue Est de Londres]. Ils se sont fait sans eux et ne leur apporteront rien de plus dans leur vie ».

À un kilomètre du site olympique, je rencontre James Cook MBE. Cet ancien champion de boxe poids moyen dirige une maison de quartier à Hackney, un des quartiers sensibles de la capitale. À travers la pratique de la boxe, mais aussi de la musique, de la danse et du chant, son équipe de volontaires tente d’inculquer des valeurs à des jeunes en perte de repères. Quand on l’interroge sur les Jeux Olympiques il a du mal à cacher sa déception : « J’ai connu une petite qui venait d’obtenir un diplôme d’électricienne, mais ils n’ont pas voulu d’elle sur le site. De tous les jeunes du quartier je n’en connais aucun qui a été employé sur le Village. Et pourtant on y est en vingt minutes à pied ».

James Cook a surtout du mal à digérer la facture finale de ces jeux : « On nous a expliqué que cela allait changer l’image du sport dans notre pays, aider à diffuser ses valeurs. Et pourtant, je lutte chaque jour pour obtenir des financements pour ce club, pour ces jeunes qui en ont tant besoin ». À ce jour, le Pedro Youth Club n’a touché aucune des subventions destinées aux communities de l’East End. Encore une fois, il semblerait que l’argent public ait été prioritairement investi dans le bâti, laissant de côté les populations et leurs besoins.

En marchant dans les allés du village olympique on ne peut se défaire d’un sentiment de malaise. Aux alentours, les appartements flambants neufs sont alignés le long de rues désertes. La plupart sont en attente de locataires, les investisseurs ayant largement vendu à des riches étrangers cherchant un pied-à-terre pour les jeux. La vie de quartier, elle, surprend par son calme. Ici, pas de pub chaleureux, ni de boutiques vendant les fameuses pie and mash des Cockney, habitants traditionnels de l’East End. Pas loin, le plus grand Mac Do au monde permet aux passants de se restaurer avant d’entamer leur marathon-shopping dans le gigantesque centre commercial voisin.

Les habitants pourront cependant se consoler en profitant des installations financées par une partie des 9 milliards dépensés pour l’organisation des JO. Nul doute que les habitants des villes alentours auront grand usage d’un vélodrome olympique ou d’une piscine disposant de trois bassins de compétition. Les autorités en charge de la reconversion assurent pour autant que les tarifs ne seraient pas supérieurs à ceux en vigueur dans les autres piscines municipales. Mais étant donné les dépenses de personnel et de chauffage, cette politique ne sera suivie qu’au risque… d’engendrer de nouvelles dépenses publiques inutiles.

Rémi Hattinguais

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