IMMERSION EN ISRAËL 1/7. Tel-Aviv, la dynamique ville israélienne, est confrontée à la pauvreté. Récit d’un phénomène de société visible par tous. 

Mon voyage en Israël a commencé sur les plages de Tel-Aviv.

Joggeurs, touristes, militaires, religieux, cette population se voit sur la côte entre les palmiers, les hôtels et les snacks. Cependant, une autre attire moins l’attention, car on préfère détourner le regard. Ils sont soit sans-abris, soit très précaires. Ils vivent dans des tentes, dorment sur les bancs ou sur le sable.  Certains sont tels des zombies des bitumes, ils marchent doucement et demandent de l’aide. Ils acceptent ce que les passants leur donnent. Ces nécessiteux peuvent traîner des caddies à la recherche d’objets, de nourriture ou de métaux qu’ils revendront pour manger. Hommes et femmes touchés par ce fléau font les poubelles pour survivre. Israéliens, immigrés polonais, russes, africains… Tous sont représentés dans la rue. Il n’est pas rare de les observer, face à l’océan, à contempler les vagues, rêvant d’un avenir meilleur que de ce triste tropique.

Couv

Ces  malchanceux sont l’autre visage de la société israélienne. Ils ne sont pas tous sans emploi ou à la rue. Le problème est plus profond : la pauvreté est solidement imprégnée. 2,5 millions de personnes vivraient dans la précarité selon Gilles Darmon, fondateur et président de l’ONG LATET. L’État réfute ce chiffre et en donne un qui se base sur le revenu moyen du pays : 1,6 millions de précaires sur 8,5 millions d’habitants. Toutes les classes sociales peuvent être concernées. C’est le paradoxe, car Israël est riche, dynamique et à la pointe de la technologie. On trouve du travail très rapidement et facilement dans la restauration ou dans la vente, ce qui n’empêche évidemment pas la pauvreté.

Paragraphe 2

Natalia*, qui est Italienne, explique sa vision des choses : « Je me suis posé la même question en arrivant ici, pourquoi il y avait autant de gens dans la rue. Selon moi, il y a deux facteurs. Nous sommes au Moyen-Orient. Si tu vas au Maroc ou en Algérie c’est pareil, nous voyons beaucoup plus de sans-abris dans les rues. C’est très choquant pour nous qui sommes Européens, car nous avons peu l’habitude d’en voir autant alors que la misère est évidemment présente en Italie ou en France. C’est juste que nous allons la cacher d’une manière hypocrite. L’autre grand facteur est l’alcool et la drogue. Cela ne coûte pas cher dans les rues et ça détruit beaucoup à Tel-Aviv ».

Paragraphe 3

La Française, Gaëlle, confirme : « Les dernières vagues d’immigrations ont apporté plus de drogue et de prostitution. La came est vraiment super accessible. Si tu arrives en tant que nouvel immigrant, sans travail et sans famille, ta situation peut devenir vite compliquée. C’est plus simple si tu as une attache pour éviter la rue, car la solidarité est très importante. Les droits sociaux ne sont pas vraiment la priorité de l’État, si l’on compare avec la France. On ne s’en rend pas compte mais, nous, Français, sommes particulièrement chanceux. La médecine n’est pas gratuite et tu ne touches que trois mois de chômage après un emploi donc tu travailles obligatoirement. Beaucoup cumulent les différents petits boulots, des amis à moi sont doctorants la journée et serveurs le soir ».

Pauvreté, prostitution, drogue et alcool sont les maux visibles de cette métropole où tout est possible. Les paysages et les plages sont peut-être splendides, mais la misère ne paraît pas moins pénible au soleil.

Lloyd Chéry

*Le prénom a été modifié

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