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Douze ans de négociations. Mardi 14 juillet 2015, les grandes puissances de la communauté internationale et l’Iran sont parvenus à un accord concernant le programme nucléaire de Téhéran. Les réactions des Iraniens ne se sont pas fait attendre.

Depuis 2002, la suspicion de la communauté internationale sur les intentions du gouvernement iranien à vouloir se doter de la bombe nucléaire a rythmé sporadiquement l’actualité. Les dirigeants du monde entier ont alterné tentatives de discussions et piques interposées. Mais pour la population iranienne, la conséquence principale, loin des desiderata politiques, était une punition quotidienne liée aux sanctions économiques infligées par l’occident.

Soulagement et espoir

Or mardi 14 juillet, un compromis a fini par voir le jour, avec comme trois axes principaux la limitation du programme nucléaire iranien pendant une décennie, un renforcement des contrôles et une levée des sanctions internationales contre l’Iran.

Téhéran

Il n’en suffisait plus pour que le peuple de Perse se réveille : une foule de sourires a inondé les rues de Téhéran le soir même, pour célébrer une « ouverture sur le monde » qu’ils espéraient depuis des années. « Aujourd’hui est un grand jour. En cette date symbolique du 14 juillet, mon cœur est rempli de joie » avoue Keyvan R. Pour. « Ce sont 12 années de négociations, 12 années d’isolement politique, 12 années de souffrance, 12 années de peur qui viennent de s’achever. Encore une fois, l’Iran dont les racines sortent de la plus grande civilisation de l’antiquité a su montrer au monde entier sa fierté nationale et sa détermination à aspirer à un meilleur avenir. Nous sommes les décideurs de notre futur et nul ne pourra nous dicter nos actes. Je reste optimiste quant à une normalisation des relations franco-iraniennes, faudrait-il encore que la France combatte sa naïveté et se débarrasse d’une hypocrisie américaine qui lui fait tant de mal. Enfin, quand certains parlent d’erreur historique, je parle moi d’accord historique. Je peux vous l’assurer, le meilleur reste à venir » poursuit-il, confiant.

À la suite de cette décision, l’espoir s’avère être le ressenti unanime, pour les Iraniens du monde entier. « En gros, ce mot semble saisir l’essentiel de ce que les gens ressentent à l’intérieur du pays à l’égard de la transaction. À en juger le déferlement de réactions sur les réseaux sociaux, il est juste de dire que tout le monde semble très optimiste et voit l’accord comme étant une bouffée d’air frais. Beaucoup d’Iraniens voient aussi l’équipe de négociation comme étant des « héros », ayant finalement réussi à sortir le pays de sa situation politique, financière et sociale. Ils voient cet accord comme un moyen d’apporter le « changement ». Modifier d’une part notre réputation, mise à mal dans le monde entier et, de l’autre côté, aboutir à des possibilités de relance économique », précise Mehdi Ghassemi, professeur d’anglais à l’université de Lille 1.

Le souhait d’un quotidien allégé

A Mianeh

D’après l’accord, qui fait une centaine de pages, les sanctions économiques à l’encontre de l’Iran seront levées graduellement, notamment les avoirs gelés à l’étranger, à savoir près de 135 milliards d’euros. Mais à l’intérieur des terres, c’est un quotidien pollué qui s’éclaircira peu à peu. Azam, habitante de Rasht, une ville au nord-ouest de l’Iran, désire voir bientôt une baisse des prix sur les étiquettes des denrées alimentaires. « Avec l’embargo, chaque année, c’était l’inquiétude de devoir restreindre la quantité des repas, de manger moins bien ». Sur les hauteurs de Mianeh, en Azerbaïdjan oriental, Jaleh pousse un soupir de soulagement : « diabétique, cela fait des années que je fais importer via la Turquie des piqûres d’insuline périmées, que je m’injecte moi-même. Ces sanctions, dont nous ne sommes aucunement responsables, ont mis à mal notre système de santé… ».

Autre ville, autre aspiration : Ali, chauffeur de taxi à Ispahan, rêve que les prix du pétrole restent « bien figés pour quelque temps ». Avec humour, chaque personne confie vouloir retrouver des petites joies journalières. Mais dans cette vague d’euphorie, l’attente de véritables changements requiert prudence et patience. « C’est effectivement un grand succès pour les équipes diplomatiques, et ce des deux côtés. Si la plupart des gens en Iran sont très heureux, d’ici aux premières retombées, il va falloir attendre un peu… » termine sagement Mehdi Chavoshi, ancien haut responsable du patrimoine culturel.

Pegah Hosseini

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