Quelle a été ta vie en France ? J’ai grandi à Bobigny. Mon père est originaire de La Martinique et ma mère du le Lot, dans le Sud-Ouest de la France. J’ai donc des origines mixtes et j’en suis très fière. J’ai grandi au contact de deux cultures, dont je me sens très proche. Je suis la dernière de 4 enfants. J’ai toujours voulu être chanteuse. Il me semble que ça a été une évidence depuis mon plus jeune âge. La musique est un élément très présent, voire essentiel de ma famille : mon père jouait de l’harmonica, mon grand-frère joue de la guitare et tout le monde chante. Mon deuxième frère, Régis, a fait partie de la chorale des Petits écoliers chantant de Bondy. Quelques années plus tard, après avoir attendu impatiemment d’avoir l’âge requis, j’ai rejoint à mon tour la chorale. J’avais 6 ans à peine.

Qu’est-ce que t’a apporté la chorale ?

Enormément. J’y ai gagné une éducation musicale, une expérience de la scène et j’ai aussi appris très tôt à être autonome. Nous partions en tournée deux ou trois fois par an et nous nous étions sur scène presque tous les soirs.

Ensuite ?

Après avoir quitté la chorale à l’âge de 12 ans, je me suis rapprochée de plus en plus de la musique noire américaine. J’ai bien sûr continué à chanter et j’ai rejoint une autre chorale quelques années plus tard, à l’âge de 17 ans. La chorale « We are one », basée à Paris, est une des premières chorales RN’B/ Soul/ Gospel de la région parisienne. Un bon nombre de chanteurs RN’B sont passés par cette chorale, Willy Denzey, Jimmy Sissokho, Trade Union, Abysse, Pierre Darmon et d’autres. Grâce à elle, j’ai fait mes premiers pas sur la scène RN’B parisienne. J’ai commencé par des tremplins et des show cases, en tant que choriste ou soliste, dans des salles telles que le Réservoir, l’Opus, le Trabendo, la Scène. Je me suis aussi rapprochée du jazz et je chantais dans des pianos bars et jams. J’ai vite ressenti le désir de composer mes propres chansons et de jouer un instrument. J’ai commencé à jouer de la guitare et à écrire.

Pourquoi es-tu partie aux US, tu croyais à l’American dream ?

J’avais 19 ans et je voulais enfin vivre de ma passion. Après avoir fait une année de fac de langues, j’ai dû sérieusement réfléchir à mon avenir. Je faisais de plus en plus de scènes et j’avais de moins en moins d’intérêt pour les cours. Le déclic est arrivé un jour en amphi. J’ai regardé autour de moi et j’ai réalisé que j’étais là pour rien, que de toutes les manières, ce serait la musique ou rien. J’ai donc décidé de construire ma carrière, quitte à travailler dur. Les US, parce que c’est le berceau de la musique que je fais. Je voulais à la base me rapprocher des racines de la musique soul pour mieux la comprendre, et donc mieux la maîtriser. En allant à New York, mon but premier était d’apprendre et de progresser.

Et le rêve américain, alors ?

J’ai commence à vraiment y croire une fois sur place. Pour la première fois, je pouvais dire tout fort que je voulais devenir une « star » sans que personne me regarde comme si je n’étais pas très nette. Je me suis aussi dit que plus je viserais haut, plus j’irais haut. Et l’American dream, comme tu dis, c’est difficile d’aller plus haut…

Ta vie là bas, c’est comment, qu’est ce qui a changé ?

J’ai énormément changé. Étant arrivée très jeune à New York, ma vie ici a influencé la personne que je suis devenue. A 19 ans, on n’est pas encore adulte. J’ai grandi en France et suis devenue adulte aux États-Unis. La vie à New York est super quand on est jeune, actif et qu’on n’a pas peur de bosser, surtout. Je vis en collocation avec une autre chanteuse française, avec qui je partage beaucoup la scène. J’ai des amis très proches, tous plus âgés que moi, qui m’ont pris sous leurs ailes. Et puis beaucoup de musique. Je passe beaucoup de mes journées à travailler ma voix et ma guitare, à écrire. Le reste du temps je suis en studio ou en concert.

Vis-tu de ta passion ?

Oui, je m’en sors. Je bosse en tant que choriste, je chante dans un orchestre pour des mariages et soirées privées. J’ai aussi enregistré un album avec un groupe anglais assez connu qui s’appelle Us3. J’ai passé la majeure partie du printemps/été 2007 en tournée à travers l’Europe avec eux et ça m’a permis de vivre pendant un petit moment. Le reste du temps, je fais des petits boulots, histoire d’arrondir les fins de mois.

Quel regard portes-tu sur les rencontres que tu as faites ?

Je dirais que toutes les rencontres que j’ai pu faire ont été importantes. Chacune m’a menée à la prochaine. C’est très intéressant, je peux retracer le schéma depuis l’âge de mes 17 ans. Une rencontre très importante que je pourrais citer est celle de l’ami new-yorkais que j’ai rencontré à Paris à 18 ans. C’est lui qui m’a vraiment encouragée et motivée à partir et qui m’a fournie un pied-à-terre a mon arrivée là-bas. Ensuite, j’ai eu la chance de rencontrer ou travailler avec des gens comme Winton Marsalis, Van hunt, Martin Luther, Us3, Pras et Wyclef des Fugees.

Quel est ton style musical ?

Soul d’une manière générale. Je suis influencée par tout ce qui est soul, R&B, funk, disco, jazz, hip hop. Je fais partie d’un groupe avec 2 rappeurs, Akil Dasan et Randy Mason. On fait un mélange de hip hop, soul et pop. Le groupe s’appelle The Crowd.

Propos recueillis par Stéphanie Varet
(Paru le 11 février 2009)

Pour écouter Adeline chanter, cliquez sur : http://www.myspace.com/adelinesings

Stéphanie Varet

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