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1997. Une secousse remue les salles obscures. Les immigrés font irruption sur grand écran. Ils n’avaient pas demandé la permission. « Les pères », « les mères » et « les enfants » se confient à la documentariste Yamina Benguigui et offrent, au cinéma français, leurs mémoires. En 2008, à la Cité de l’immigration à Paris, le film est toujours d’actualité. Vendredi et samedi, la trilogie benguiguienne a été projetée en ouverture du festival « Féminin pluriel ». Une semaine où les femmes, le cinéma et l’immigration se mettent en ménage. L’occasion de se souvenir de ce film mythique.

Deux générations, deux sexes. D’abord, les hommes. Des visages marqués, fatigués. Les traits de combattants. Des passés compliqués. La guerre. L’arrivée en France avec une petite valise méticuleusement préparée, et quelques mots de français. Le travail à l’usine, à la chaîne. La première génération d’hommes, sans femme et enfants. Des hommes seuls, ici, en France. Des hommes seuls en territoire inconnu. Seuls dans leurs foyers pour « hommes célibataires ». Ils faisaient la cuisine – avec quelques épices, souvenir du pays –, ils passaient leurs nuits dans la promiscuité, serrés les uns contre les autres. Et le boulot. Gagner quelques sous.

Dans le premier épisode de la trilogie, ils parlent, se confient face à la caméra qui ne les impressionne pas tellement. Ils en ont vu d’autres ! Et puis des fois, c’est l’occasion de tout lâcher. De parler et de pleurer. La carapace, celle que l’on croyait impénétrable, se fissure. Elle se casse. Les hommes chialent en repensant à l’arrivée en France, mais surtout au départ du bled. L’adieu. Le bateau, le port, la gare, le train et Paris. Ils croyaient partir pour le paradis. Quelle drôle d’idée ! Ils sont restés.

L’histoire a évolué. Les femmes et les enfants ont débarqué. Toujours ce sentiment de traverser la Méditerranée pour trouver le paradis. Et toujours cette déception. La France, c’est ça ? Mesdames, ne soyez pas triste. « L’autre destin » n’était pas à la hauteur de leurs espérances, elles s’attendaient à mieux. Mais c’est bien ici que leurs enfants naîtront. Des Français issus de l’immigration, dira-t-on. Alors, les femmes, aussi, resteront. Pour leurs gosses. Les mères sont émouvantes. Et même si ce n’est pas le paradis, certaines ne retourneront pas d’où elles sont venues, pour rien au monde. D’autres, en revanche, ne pensent que ça. S’en aller. S’enfuir. Là encore, pour leur progéniture, elles resteront.

Les enfants, le dernier opus de la trilogie. Les enfants de l’immigration. Eux n’ont pas traversé la mer. La solitude, ils n’en souffrent pas. Ils sont nés ici, ils vont vivre ici. Les enfants. Ils ne connaîtront que par fragments l’histoire familiale. Une anecdote ici et là. Rien de plus ! L’école ne sera pas la bouée de sauvetage. Derrière son pupitre, la maîtresse, puis le prof n’évoquera pas la sale histoire coloniale, la guerre d’Algérie. Hors sujet ! Alors, du moins pour les premières générations d’enfants d’immigrés nées en France, cette histoire-là sera un point d’interrogation géant. Le film se termine ainsi. Tout est dit !

Mais alors pourquoi, pourquoi autant d’amour pour une terre « natale » qu’ils connaissent à peine ? Pour Mansour, qui voit le film pour « la sixième fois », c’est un « simple attachement à leur pays ». Mais un « attachement à distance » puisque, jamais, ces gosses n’iront vivre là-bas. Ils ne pourraient pas. Ils n’y ont pas été habitués. L’un de nous deux s’appelle Mehdi, il est kabyle. Son grand père est venu d’Algérie. Il ne connait pas la suite !

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah (www.93minutes.wordpress.com)

Festival « Féminin Pluriel » à la Cité de l’immigration. Entrée libre, jusqu’au 22 novembre.

mehdi_et_badroudine –

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