Au soir de ce jeudi 29 novembre à Cologne, Ali Darwish, réfugié syrien, nous ouvre les portes de sa pâtisserie syrienne. C’est un petit commerce net et chaleureux où quelques tables sont installées devant un étal où il a exposé ses gâteaux au miel, aux amandes et à la pistache. Chaleureusement, il nous invite à nous installer sur des fauteuils de cuir noir et nous offre quelques gâteaux accompagnés d’un thé à la menthe.

A 53 ans, Ali Darwish vient tout juste de commencer le reste de sa vie. Cet homme calme au regard doux derrière ses lunettes raconte son périple : il y a quatre ans, la guerre en Syrie l’a obligé à fuir son pays natal et à venir trouver refuge en Allemagne, terre d’accueil qui lui a permis de se reconstruire et d’entrevoir un nouvel avenir. Sa pâtisserie est la première de ce type à Cologne, disait de lui la chaîne publique allemande WDR, qui a suivi ses premiers pas sur sa plateforme pour réfugiés WDR For You. Calme et accueillant, Ali raconte son parcours.

Ali Darwish est pâtissier de profession, un savoir-faire transmis dans sa famille de père en fils. En Syrie, il était propriétaire de trois pâtisseries et employeur d’une centaine de salariés. Le conflit l’a contraint à les laisser derrière lui. En 2014, il est arrivé en Allemagne via Francfort, avant de s’installer à Cologne avec son épouse et ses deux filles. Trois ans plus tard, cet homme qui a perdu son quotidien telle qu’il le connaissait décide de redémarrer et d’ouvrir une nouvelle pâtisserie dans la ville. Un défi qu’il raconte en mêlant l’allemand et l’arabe.

Mon premier client était arabe. Maintenant, même les Allemands viennent

A partir de 2017, les démarches se succèdent pour lui permettre d’obtenir un local pour son commerce. L’agence pour l’emploi de Cologne lui a permis de se lancer, raconte-t-il. L’entrepreneur engage lui-même des travaux pour éviter d’avoir à payer les 7 000 euros qu’il n’avait de toute façon pas les moyens d’honorer. Son épouse et ses deux filles sont les premières à l’épauler.

A peine deux mois plus tard, son projet prend déjà forme : la pâtisserie située à Zülpicher Str. 273, à Cologne, ouvre enfin ses portes le 11 mai 2018. Déterminé, il se lance dans le démarchage des nombreuses boutiques et restaurants alentours afin de dénicher ses premiers clients. Rapidement, sa clientèle se diversifie : « Mon premier client était arabe. Maintenant, même les Allemands viennent », annonce-t-il, fièrement. Ce qui est à l’origine une entreprise familiale devient de fil en aiguille un commerce à succès, enregistrant en moyenne 200 clients par jour et parvenant à embaucher un salarié, raconte Ali Darwish. Il produit aujourd’hui jusqu’à une centaine de pâtisseries différentes et les exporte dans de nombreuses villes allemandes.

Si je renonce à chaque difficulté, je n’y arriverai jamais

Ce succès, il le doit à son dévouement et au temps qu’il consacre à un travail acharné; cet homme déterminé ne compte pas les heures pour atteindre à ses objectifs. Avec une modestie et un naturel déconcertants, il confie travailler de 15 à 16 heures par jour pour se donner les moyens de sa réussite. Il insiste toutefois : sa motivation n’est pas l’argent. Elle est bien plus profonde : il la puise dans les épreuves qu’il a dû surmonter et qui l’ont forgé. « Si je renonce à chaque difficulté, je n’y arriverai jamais », estime-t-il. Cette force de tout reconstruire ailleurs, il se la procure dans l’amour inconditionnel qu’il porte à ses filles, dont il raconte le parcours avec émotion : l’aînée étudie actuellement à l’université d’Hambourg tandis que la seconde se prépare à passer l’épreuve du baccalauréat.

Les ambitions d’Ali ne s’arrêtent pas là : il envisage aujourd’hui d’agrandir son local et d’en ouvrir d’autres. Il compte aussi procéder aux deux nouvelles embauches que nécessite son commerce. Il projette également d’ouvrir prochainement un site web qui permettrait de faciliter et d’élargir ses commandes.

Reconnaissant envers l’Allemagne, et surtout envers la ville de Cologne qui a permis la concrétisation de son ambition et de reprendre une vie digne, le Syrien revendique aujourd’hui fièrement : « Je suis Colonais. »

Audrey PRONESTI, Soraya BOUBAYA, Mohamed ERRAMI

Ce reportage a été rendu possible grâce au partenariat avec le bureau parisien de la Fondation Konrad Adenauer

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