Lundi dernier, à l’occasion du lancement de l’exposition photos de Jonathan French à la Dorothy’s Gallery, dans le 11ème arrondissement de Paris, Dwane Gautier, président de l’association américaine ARCH Development, est venu échanger avec des associations françaises sur les moyens de développer les activités culturelles dans les quartiers sensibles. ARCH Development est actif dans le quartier d’Anacostia, à Washington, aux Etats-Unis. Un quartier très sensible qui, selon Dwane Gautier, est beaucoup plus désoeuvré et violent que tout ce que nous nous connaissons en France.

Cette association originale a pour but d’ouvrir des perspectives aux habitants de ce quartier pauvre par la promotion d’initiatives de toutes sortes, que ce soit en matière d’urbanisme ou dans le domaine de la création d’emplois. Elle œuvre à l’insertion de gens dans la vie sociale et au rapprochement des populations. Ainsi, à Anacostia, il y avait 90% d’Afro-Américains pour 80% de chômage lors de la création de l’association en 1985. Aujourd’hui, une mixité s’est peu à peu formée et grâce à ses actions, de nombreux commerces viables se sont implantés dans le quartier. Le taux de chômage n’y est désormais « que » de 50 %.

Dwane Gautier nous explique que lorsqu’il s’est installé à Anacostia, il s’est rendu compte que la culture y était quasi inexistante. Il a donc décidé avec son association de placer celle-ci au centre de la vie de la population. ARCH Development a construit un centre culturel au cœur du quartier et a incité des artistes à venir y résider, en leur proposant un hébergement ou la location à titre gracieux d’un atelier en échange d’une dizaine d’heures d’enseignement culturel sur place. C’est par exemple le cas du photographe Jonathan French, qui expose actuellement ses oeuvres à Paris, à la Dorothy’s Gallery. Depuis le lancement de ce projet, plusieurs artistes ont pris pied à Anacostia, y montant des projets avec des habitants.

A la fin de sa présentation, Dwane Gautier a été interrogé par les acteurs sociaux français présents dans la salle. La première question concernait le financement de toutes ces actions. Explication: Arch Development est financé par l’Etat Américain pour ce qui est de la formation et de l’éducation, mais pour le reste, l’association fait appel aux dons de grandes entreprises qui financent ce type de projets par le biais de leurs fondations. Ces dons sont directement et entièrement déduits de leurs impôts.

Par ailleurs, Arch Development mène des activités qui génèrent des revenus. Location de locaux à des entreprises qui viennent s’installer dans le quartier, réhabilitation d’immeubles par des jeunes en insertion. Un modèle mi-public, mi-privé qui permet aujourd’hui d’exporter des artistes du quartier d’Anacostia partout à travers le monde.

Fethi Ichou

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