« Oumar Bocar Bocoum s’est immolé par le feu devant les grilles du palais de la République. » Cette nouvelle s’est propagée comme une traînée de poudre. Cet ancien militaire, dont la presse a publié la photo du corps en flammes, a commis l’irréparable en février dernier pour protester contre le chômage et les dures conditions de vie, à la manière d’un certain Bouazizi, le marchand ambulant de Sidi Bouzid, en Tunisie.

Bocoum (photo) n’a jamais réussi à se réinsérer dans la société sénégalaise après avoir été chassé de l’armée. Ce renvoi fait suite à une marche qu’il a organisée avec des camarades pour réclamer leurs primes après une mission en Guinée-Bissau. Beaucoup d’anciens militaires comme lui souffrent de troubles post-traumatiques mais ne sont suivis par personne. Une névrose qui finit par générer des instincts suicidaires.

Une semaine après ce geste désespéré, un autre Sénégalais, Amadou Tidiane Ba, boutiquier de son état, choisit de s’asperger d’essence et de s’immoler par le feu devant le palais présidentiel. Le symbole est fort et les Sénégalais s’inquiètent. A peine revenus de leurs émotions, ils seront stupéfaits le lendemain d’apprendre qu’un autre malheureux a tenté de mettre fin à ses jours au même endroit avant d’être arrêté et placé en garde-à-vue.

Ces deux immolations par le feu rappellent de tristes souvenirs. En 2007, une Sénégalaise vivant en Italie du nom de Penda Kébé a commis un geste semblable pour protester contre les gardes du corps du président Wade qui l’avait brutalisée pour l’empêcher de s’approcher du chef de l’Etat. En 2008, Kéba Diop, le propriétaire de la maison qui abrite le siège du Parti démocratique sénégalais à Bignona, s’immole également après avoir réclamé en vain l’argent que lui doivent des responsables libéraux de Bignona.

Cette série de suicides en dit long sur le mal de vivre d’une importante frange de la population sénégalaise. La vie chère, les coupures d’électricité et le chômage constituent de grands maux avec lesquels le Sénégalais lutte de façon perpétuelle. Malgré les promesses politiques, la jeunesse du pays se débat contre le chômage. A moins d’une année de l’élection présidentielle de 2012, la situation politique et sociale du Sénégal n’inspire pas l’optimisme. Le dialogue politique est rompu entre le pouvoir et l’opposition. Des grèves cycliques font planer le spectre d’une année blanche sur l’école. Des centaines de bacheliers attendent toujours d’être orientés pour poursuivre leurs études à l’université. Des difficultés qui s’ajoutent au chômage qui frappe les jeunes.

Certains Sénégalais, fatigués de se débattre dans des difficultés, ont décidé de créer un groupe Facebook intitulé « Révolution Sénégalaise ». Ils comptent manifester en mars lors de la célébration du onzième anniversaire de l’accession d’Abdoulaye Wade à la magistrature suprême. Sidi Bouzid semblent faire des émules en Afrique subsaharienne.

Khady Lo (Dakar)

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