Lors d’une précédente interview, nous avions évoqué avec François Durpaire l’incroyable ascension du sénateur de l’Illinois à l’occasion de la sortie de son livre « L’Amérique de Barack Obama », aux éditions Démopolis. Le candidat noir de 46 ans, d’origine kényane, apparaît aujourd’hui comme l’un des favoris pour représenter le camp démocrate à la prochaine présidentielle américaine. Soutenu par des célébrités telles qu’Oprah Winfrey, George Clooney ou Oliver Stone, le « nouveau Kennedy » est bien parti pour faire la course en tête des primaires. Trois questions à François Durpaire, spécialiste de l’histoire des Etats-Unis.

Comment expliquer cette victoire de Barack Obama face à Hillary Clinton ?

Il y a trois raisons principales. La première, c’est que l’opposition entre Obama et Clinton est très tranchée. Obama représente le changement et Clinton l’expérience. Or, si on prend les causes qui ont poussé les habitants de l’Iowa à se déplacer pour la primaire de cette nuit, 51% l’ont fait pour voir du changement et seulement 20% ont privilégié l’expérience dans leur vote. Deuxième raison, Obama est placé sous le signe de la réconciliation, ce que, en France, on appelle l’ouverture, et il a donc le soutien des électeurs indépendants (ni démocrates, ni républicains). Enfin, il y a un phénomène générationnel, Obama arrive dans les intentions de vote à 57% chez les moins de 25 ans alors qu’Hillary Clinton n’est même pas classée auprès de cette catégorie d’âge.

Cette victoire fait-elle de lui le favori du camp démocrate ?

Jusque là, Obama était considéré comme le candidat populaire et sympathique et Clinton comme la candidate sérieuse qui avait le plus de chances de l’emporter face aux républicains.  Or, cette nuit, l’Iowa a fait d’Obama un candidat crédible. Aux États-Unis c’est un véritable séisme politique. La plupart des gens préféraient Obama mais n’osaient pas y croire. De plus, ce n’est pas un feu de paille car le candidat noir a une base électorale solide et la capacité financière pour tenir jusqu’au bout. S’il l’emporte mardi prochain dans le New Hampshire, Hillary Clinton aura de très grandes difficultés à revenir.

S’il gagne face à elle, pensez-vous réellement qu’Obama, jeune sénateur noir, fils d’immigrant africain, peut être le prochain président des États-Unis ?

Le fait qu’il soit noir ne compte pas autant que ça aux États-Unis. Il ne faut pas oublier qu’Obama a été élu en 2004 sénateur de l’Illinois grâce aux voix blanches. L’Iowa où il a gagné cette nuit est composé à 93% de blancs, un tiers de l’électorat de l’Iowa a plus de 65 ans. C’est donc un État blanc qui cette nuit a investi le candidat Obama. A la question « l’Amérique pourra-t-elle élire un président noir ? », la réponse a déjà été donnée cette nuit. Il ne faut pas oublier que le candidat démocrate, quel qu’il soit, sera le grand favori de la prochaine présidentielle de 2008.

Propos recueillis par Mohamed Hamidi

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