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Européenne 2014. Près de la gare du Midi, au centre de la capitale belge, dans le quartier Lemonnier, trois blogueurs se sont installés pour quelques jours. Les personnes rencontrées, même si elles se sentent plus marocaines qu’européennes, iront voter, car ici le vote est obligatoire. Récit.

Lundi soir à Bruxelles, la drache est de sortie. Sa soudaineté n’a d’égal que son intensité. Tout le monde cherche à lui échapper. Un oasis brille dans la tempête. A deux pas de la gare du Midi, les passants essaiment dans La Ruche. Un havre de paix sur le boulevard Jamar, bien ancré dans son quartier. La décoration reflète l’esprit marocain. Des lanternes typiquement orientales ornent le plafond. Des bougies illuminent les tables. Les murs sont d’un jaune qui rappelle le pays. Hamid prend énergiquement les commandes des habitués.

IMG_0257Assis sur des « sidaris », Mounir et Rachid viennent se détendre après une longue journée de travail. Entre dégustation de thé à la menthe et de café au lait, produits phares du royaume, ils nous racontent brièvement leurs parcours. Mounir, 30 ans vit en Belgique depuis quatorze ans. Le père de Rachid est venu seul pour travailler en 1970 comme mineur. Le choix de la Belgique ne s’est pas fait par hasard : « Ma mère est venue en Belgique dans le cadre du regroupement familial. Avant ça, mon père faisait continuellement des allers-retours entre les deux pays pour voir sa famille. A l’époque, j’avais 17 ans ». Diplômé en 2006 d’une licence en gestion administrative, il insiste sur la facilité avec laquelle il a décroché son premier job.

Les deux hommes n’ont pas eu du mal à s’adapter à la vie belge. D’ailleurs, ils se sentent à la fois Belges et Marocains. « Nous n’avons pas eu de mal à obtenir la nationalité » ajoutent-ils. Mounir travaille aujourd’hui chez Renault comme manager. Quant à Rachid, il est assistant-manager dans une société de marketing industriel depuis 2008. « Il y a beaucoup de Marocains en Belgique, car il est plus facile de s’intégrer dans ce pays qu’en France » explique Rachid. Mounir poursuit : « En terme de qualité de vie, il y a un réel avantage ». Néanmoins, dans un futur proche, Rachid ne cache pas son envie de retourner au Maroc.

Une fuyante déesse

IMG_0253Ces deux jeunes cadres font un constat implacable sur l’emploi : « Les employeurs sont dans l’obligation de rechercher une main d’œuvre à moindre coût pour répondre à leurs impératifs économiques ». Pour Mounir, il y a plus de communautarisme en France qu’en Belgique. « Ici, les gens se mélangent beaucoup plus. J’ai des amis et collègues de toutes nationalités, mais j’aime venir dans ce resto pour revenir aux sources et me changer les idées ». Bien qu’ils se sentent plus Marocains qu’Européens, ils iront voter pour les prochaines élections, car dans le royaume de Belgique, le vote est obligatoire. Mais, ils ne savent toujours pas pour qui. Malgré la proximité des institutions européennes, la déesse leur échappe…

Autre génération, même constat. Karim et Mohamed, deux Bruxellois d’origine marocaine racontent. Le premier a 54 ans et a quitté Tanger à la fin des années 1970, pour assurer l’avenir de sa famille. Au moment d’évoquer sa relation avec la Belgique, il dit : « Je ne me suis pas intégré, je reste proche de la communauté marocaine et je n’ai pas la capacité de m’intégrer. Les Européens sont rapides, stressés alors que les Marocains tournent au ralenti, c’est un autre monde ». Au contraire, Mohamed, 49 ans, donne la clé de son histoire d’amour réussie avec le plat pays « grâce à l’armée et au service militaire ».

Il revendique sa nationalité belge mais tourne le dos à la déesse au moment d’évoquer les prochaines élections : « Je vote tous les jours, mais je n’aime pas l’Europe ». Mohamed distingue deux Bruxelles : celle de la « dictature économique » qui sourit aux plus riches et à ceux « qui ont le bon diplôme » et celle des laissés-pour-compte. Droit dans ses bottes, Karim n’a jamais demandé la nationalité belge. Selon lui, ce serait « trahir les Européens et son pays ». Les deux hommes se rejoignent sur l’avenir d’éventuels nouveaux migrants. Karim ne recommanderait même pas « à son pire ennemi de venir en Belgique », tandis que Mohamed décrit des jeunes qui arrivent de plus en plus démunis dans les mosquées bruxelloises. Pour ces deux amis de longue date, La Ruche est une façon « de rentrer au Maroc, sans prendre de billet d’avion ».

Hana Ferroudj, Balla Fofana et Jonathan Sollier

 

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