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« Buja, la vie en rose ». La vie n’est pas toujours facile, encore plus dans un des pays les plus pauvres du monde, mais Alain Horuntanga aime Bujumbura qu’il décrit inlassablement sur son blog. Il aime raconter les petites choses qui font le quotidien de la capitale burundaise. Il narre par exemple les régulières coupures de courant qui handicapent régulièrement la population : « Sans électricité, je suis sorti un jour du coiffeur “coupé en deux“ », raconte-t-il en rigolant.
Ce jeune homme de 26 ans, grand et sec, chapeau posé à ses côtés parle calmement. Il se décrit comme un auteur. Lui qui voulait être artiste plasticien, s’est tourné vers des études littéraires face au refus de sa mère d’intégrer une école d’art. Il se met donc à écrire. « Il y a un manque de maison d’édition, ici, au Burundi, c’est pourquoi il est plus facile d’ouvrir un blog », explique-t-il. Et de rappeler que les lecteurs ne sont pas nombreux non plus (faute d’une scolarisation généralisée et d’un accès à internet limité). Son blog, qui est hébergé sur la plateforme Mondoblog de RFI, lui assure une visibilité plus large en France et au Canada notamment. Chacun de ses posts cumule en moyenne 1 000 vues.
En plus des questions de société, Alain se plaît à commenter la vie politique de son pays. Diplômé en droit, il décrypte l’actualité sous cet angle. Il envisage d’ailleurs ouvrir un blog consacré à ces questions qui le touchent particulièrement. Car si le jeune homme est souriant et avenant, il cache une histoire personnelle difficile. Très jeune, il fuit la capitale pendant la crise des années 1990. D’abord exilé à Uvira puis à Bukavu (villes frontalières congolaises), sa famille s’installera finalement à Kinshasa. Ce n’est qu’en 2005, lors de la réconciliation qu’il rentre à Bujumbura. « J’ai beaucoup à partager, sourit-il évoquant cette période douloureuse. Je n’ai pas eu une enfance gâtée. On a dû fuir, cacher notre identité. Je suis comme un aventurier. »
« Le journalisme ne paye pas »
Alain compte parmi la jeunesse burundaise instruite. « J’ai appris les textes de Cicéron, l’argumentation m’a beaucoup plu et le droit m’a séduit », se souvient-il, un sourire en coin. Mais il est rapidement déçu. « Je pensais qu’en faisant du droit je serai quelqu’un de bien mais en réalité les juristes subissent [le système] », regrette-t-il. Il se tourne alors vers l’écriture. Elle semble lui permettre d’évacuer les traumatismes vécus. En plus, de tenir un blog d’actualité, il compose de la fiction et du slam.
Aujourd’hui, Alain réfléchit à son avenir. Il envisage de faire des études de journalisme en France. En attendant d’avoir l’argent et les papiers officiels, il s’investit dans une association qui s’occupe des enfants des rues qui les aide à réintégrer la société. « Le journalisme ne paye pas ici donc autant utiliser mon temps pour d’autres choses », conclut-il. Il prend donc en charge la communication et la page Facebook de cette association.
Alain participe aussi au projet Yaga. Cette plateforme de blog initiée par des jeunes de Bujumbura a pour but de couvrir les élections générales au Burundi et à terme de rassembler les blogueurs de la région des Grands Lacs. Depuis le 26 avril, ils ont successivement décrypté et donné à voir les manifestation, la tentative de putsch et le retour à Bujumbura du président Pierre Nkurunziza. Ils ont été relayés par de grands médias internationaux tels que Le Monde. Cette initiative de blog prend donc tout son sens dans le contexte burundais actuel d’autant qu’une partie des antennes radios ont été coupées et que le principal journal Iwacu a dû suspendre ses activités. Continuer à écrire, à raconter devient toujours plus important, face à ces événements et n’est pas une activité anodine dans ce pays où critiquer le gouvernement peut conduire à l’arrestation. Le retour à Bujumbura du président suite à la tentative de putsch laisse d’autant plus craindre des représailles et un verrouillage encore plus fort des médias. Le souvenir du passé génocidaire du pays n’est jamais loin non plus et la création d’un espace partagé d’expression est rare et précieux, souligne le jeune burundais.
Charlotte Cosset
 

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