Le 24 avril 1915 débutait une terrible extermination souvent mal connue par nombre d’entre-nous. En effet, le génocide arménien se fait très silencieux que ce soit sur les bancs de l’école ou encore dans le processus de reconnaissance de grands crimes de guerre. Mais depuis lundi, les choses semblent changer. Ce 23 janvier, si de nombreux cars de Turcs de toute l’Europe se sont déplacés en France, c’est en raison du vote d’une loi pénalisant la négation du génocide arménien. Sassoun, un jeune étudiant en BTS d’origine arménienne était sur les lieux, il nous fait part de ses impressions sur cette journée qui restera alors mémorable pour lui.

Lundi, Sassoun ressentait le besoin de se joindre aux membres de la communauté arménienne pour suivre la manifestation près du Sénat. Sassoun l’étudiant devient Sassoun le militant : « Dans un premier temps j’ai vécu cette journée comme les nombreuses autres journées où notre communauté a manifesté devant le Parlement pour faire reconnaître le génocide. Je me devais aussi d’être présent pour que ceux qui le nient soient punis, comme c’est le cas pour la Shoah. » Il y a quelques mois, la loi avait été refusée et grande fût la déception des Arméniens. « J’avais le sentiment que cette loi ne passerait jamais, mais on garde toujours une petite lueur d’espoir au fond de nous. ». C’est cette lueur qui les a fait tenir toute la journée devant le bâtiment emblématique des grandes décisions. Mais en tant que jeune français d’origine arménienne, Sassoun avait une toute autre motivation qui allait cependant dans le même sens que les précédentes. « C’est une cause que mes grands-parents et mes parents ont défendu pendant des années, donc c’est aux jeunes comme moi de prendre la relève et de se battre pacifiquement dans ce sens pour que la Turquie reconnaisse un jour ce crime. »

Malgré la météo, une vague de solidarité s’est ressentie tout au cours de la journée et Sassoun ne manque pas de le faire remarquer : « Devant le Sénat j’ai ressenti un sentiment de solidarité en voyant tous ces gens qui s’étaient rassemblés nombreux pour faire du bruit et montrer que notre petite communauté veut la justice qu’elle mérite ». Cela fait en effet plus de 96 ans que le génocide s’est produit et que les Turcs continuent à en demander les preuves. « On sentait un sentiment de lassitude et de désespoir parmi les personnes âgées, et le contraire chez les jeunes. Quand la loi a été votée, nous n’y avons pas cru, on se posait tous la même question :  » La loi est vraiment votée? Il n’y a pas d’autre vote après? C’est enfin bon ? » On n’y croyait pas ».

Cependant le rêve pourrait très vite se transformer en cauchemar de part l’attaque qu’ont lancés les Turcs. Sassoun réagit avec beaucoup d’hésitation car pour lui, « ce n’est pas si facile de répondre a cette question… Si on ne prend pas le temps d’y réfléchir, on pourrait se dire tout de suite que leur réaction est complètement irréfléchie et débile. ». Le « lavage de cerveau » pratiqué sur des enfants en Turquie lui fait penser qu’on ne peut pas vraiment en vouloir aux Turcs : « Ils vivent dans le faux.. Malgré cela, il y a quelques intellectuels Turcs qui disent progressivement que c’est bel et bien un génocide. Mais cela avance trop lentement a mon goût. » Il admet tout de même ne pas comprendre la Turquie en tant qu’Etat, « pourquoi la Turquie continue de nier ce fait ? Le pays en lui-même se sentirait libéré d’un poids qui pèse tellement lourd dans la vie politique du pays. Avant la France, la Turquie a menacé plusieurs pays. A chaque fois qu’un pays parle du génocide arménien, la Turquie menace. Je ne comprends pas et je trouve ça inacceptable pour un pays qui se veut candidat de l’Union Européenne. »

Jessica Fiscal

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