Jeudi 20 décembre 2012. 23h20. Aéroport Roissy Charles-De Gaulle. Vol Air France : Paris-Rio. C’est bon, on y est, l’avion va décoller. Cet itinéraire, aller comme retour, est marqué psychologiquement dans la tête de tous. Et surtout dans la mienne. Moi qui adore voyager, je déteste l’avion. On se souvient du vol AF447 Rio-Paris du 31 mai 2009, opéré par la compagnie Air France, qui s’est abîmé dans l’Atlantique le 1er juin 2009, faisant 228 victimes. Je vous laisse imaginer mon appréhension.

L’avion décolle à l’heure, c’est parti pour 11 heures de vol. Ce qui me marque, c’est qu’au bout d’une heure et demie, en survolant l’Espagne, les perturbations sont déjà fortes, il fait mauvais temps. Je me demande alors ce que ça va être en survolant l’Atlantique. Effectivement, ce fut long et stressant… Impossible de dormir, beaucoup de perturbations, surtout en approchant les côtes brésiliennes. Une passagère, à côté de moi, n’a fait qu’empirer mon angoisse :  » C’est horrible ces perturbations, je ne veux pas vous faire peur, mais bon ça bouge beaucoup et là, il est 2 heures du matin, soit l’heure fatidique à laquelle l’avion Rio-Paris a disparu des écrans radar. » La nuit passe… On survole désormais les côtes brésiliennes.

Il y a trois heures de décalage avec Paris. Le paysage vu de l’avion est déjà magnifique. Une fois sur le sol de Rio de Janeiro, vous sortez de l’avion et…vous étouffez déjà ! Il faut désormais s’habituer à ce climat tropical, surtout lorsque que l’on quitte le froid de Paris en plein hiver. Ici, c’est l’hémisphère sud, on est le 21 décembre et c’est le premier jour de l’été.

Lorsque vous parlez du Brésil à quelqu’un, il y a 90% de chance que la première chose qui lui vienne à l’esprit soit Rio de Janeiro. Et pour cause : Rio est une de ces villes mythiques de par l’image qu’elle dégage. Ce genre d’endroit qui vous en met plein la vue, d’entrée de jeu. “Quand tu souris, je m’envole au paradis…Je vais à Rio…de Janeiro” bien entendu ! Une fois là-bas, on comprend les paroles de la célèbre chanson de Claude François. Et même si vous n’y êtes jamais allé, vous avez forcément, quelque part en tête, ces images du Christ, le fameux Corcovado qui domine la baie de Rio, les bras ouverts en guise de protection.

Vous viennent surtout à l’esprit les plages de Copacabana et Ipanema. Se réveiller en respirant l’allégresse de la ville déjà en ébullition, commencer la journée avec un délicieux petit-déjeuner de Carioca (habitant de Rio) et partir à la découverte des plus beaux angles de la métropole entre belles plages, monuments, bars animés et fantastiques rencontres, avec, dans les oreilles les rythme contagieux de la samba et de la bossa nova. Bem-vindo ! Je suis bien à Rio de Janeiro !

Une ville qui enchante le visiteur avec son esprit insouciant et attachant, plein de vie, de couleur et de passion. Rio de Janeiro est comme une peinture avec des couleurs fortes qui ne laissent pas indifférent. Pour ceux qui aiment la plage, la nature, les montagnes, la fête, le sport, Rio est la destination idéale. Dès mon arrivée, premier contact avec un Brésilien, le chauffeur de taxi. Je découvre pour la première fois, le paysage magnifique de Rio, jusqu’ici vu qu’a la télé. Le taxi observe mon admiration pour la « ville merveilleuse », et me lâche un « Dieu est un artiste, et Rio de Janeiro est son chef-d’oeuvre ».

Malgré la fête qui dure jour et nuit, ici les Cariocas  sont debout très tôt. Ils commencent par faire le plein de vitamines contenues dans les délicieux fruits frais brésiliens (kiwis, papayes, bananes, ananas, pêches) et les jus de fruits au goût fantastique et sans fin, présents un peu partout à chaque coin de rue de la ville et tout le long des plages, dans des kiosques. Il s’y rendent en famille, entre amis. Le petit- déjeuner est très important ici.

On s’aperçoit très vite que Rio de Janeiro est une carte postale du Brésil à elle toute seule. La ville compte 6,1 millions d’habitants intra-muros et plus de 12 millions avec la banlieue. Il s’agit de la deuxième plus grande ville du pays après Sao Paulo. Ce fut autrefois la capitale du Brésil. Elle est célèbre par son carnaval et son nouvel an. Et ça tombe bien, ce séjour tombe pendant le nouvel an. C’est pour certains un rêve de passer le nouvel an à Rio.

Mais derrière l’aspect de cette ville merveilleuse, on en prend aussi plein la figure au niveau du contraste richesse-pauvreté, surtout du côté de Copacabana, au sud-ouest de Rio, ou encore au centre de Rio. A côté de ceux qui vont prendre leur petit-déjeuner dans les « bars à jus de fruits », il y en a d’autres et beaucoup même, qui dorment sous les ponts ou dans les entrées des maisons, enveloppés dans des chiffons ou des vieux journaux, parfois même en plein soleil. Le soleil tape déjà à 29°C à 8 heures du matin. Sans parler des favelas. Elles sont visibles de partout quand on traverse la ville, surtout la nuit, quand tous les habitants allument la lumière chez eux, c’est tout une colline qui s’illumine.

En revanche, j’ai trouvé Rio plus sûre que je ne l’aurais imaginé. Il faut dire que l’on m’en avait dressé un tableau terriblement noir. : « Attention à Rio, il ne faut pas se balader seul, montrer des signes de richesse. » Même les livres de guide touristique ont ce discours. Lu dans un guide et véridique « ne prenez pas d’argent avec vous, mais prenez-en suffisamment au cas où l’on vous en demande. » Mais sur place, la vérité a été tout autre… Evidemment il y a certains lieux dangereux mais comme dans tous les pays du monde.

Honnêtement, je ne me suis pas du tout senti en danger. C’est une population très ouverte aux touristes, toujours là pour renseigner, pour dire bonjour, faire la fête, danser ou encore jouer au football. Un seul bémol : rares sont les personnes qui parlent une autre langue que le portugais. Donc ça promet pour 2014. Car le Brésil organise la prochaine Coupe du Monde 2014 et les prochains Jeux Olympiques 2016.

On sent d’ailleurs que la ville est en reconstruction totale pour accueillir ces deux évènements. Le Brésil, avec ces deux évènements, est l’avenir dans les dix ans à venir. Le monde entier a et aura les yeux rivés sur ce pays. Rio, c’est aussi des montées d’adrénaline garanties et j’en ai d’ailleurs plus d’une au compteur. Il y a le jour où je suis monté tout en haut de la montagne du Corcovado pour voir la statue du Christ et ainsi avoir une magnifique vue de Rio.

Il y a les fêtes gigantesques organisées presque tous les soirs, rien à voir avec les fêtes parisiennes. Il faut y être pour comprendre. Il y a les concerts géants sur les plages, comme le soir de Noël : le musicien brésilien Gilberto Gil et le chanteur américain Stevie Wonder ont donné un concert gratuit sur la célèbre plage de Copacabana, devant environ un demi-million de spectateurs. Après avoir chanté durant deux heures quelques uns de ses plus grands succès dont Nao chore mais, Is this love, Copacabana, Domingo no parque, Gilberto Gil, ancien ministre de la Culture, a introduit sur scène son ami Stevie Wonder, qui a confié à la foule qu’il s’agissait de son premier Noël au Brésil.

Le chanteur américain a ensuite interprété ses incontournables tubes dont I just called to say I love you. A l’issue d’une des soirées les plus chaudes de l’année : 40°C à 20 heures. C’est spectaculaire de voir autant de monde réuni au même endroit, ça fait même peur ! Il y a eu des évanouissements, des gens qui se sont fait piétiner. On imagine déjà l’état des plages de Copacabana le soir, après les matchs de foot pendant la coupe du monde 2014.

Mais le plus hallucinant, ce fut le soir du nouvel an sur Copacabana. Lundi matin déjà, des milliers de vacanciers profitaient déjà de la plage sous une température de quelque 30°C, moins forte que les jours précédents. À minuit, 2,3 millions de personnes, dont 752 000 touristes ont assisté au spectacle sur cette plage de plus de 4 km de long. Vingt quatre tonnes de feux d’artifices ont été lancées, pendant 16 minutes, depuis onze embarcations ancrées en mer, par mesure de sécurité. Le tout accompagné de musique, avec les cris de la foule. Dès 22 heures, partout dans les rues, on pouvait apercevoir des gens habillés en blanc, avec des fleurs se rendant sur la fameuse plage pour assister au feu d’artifice.

Une autre chose qui m’a plu, c’est le sport à Rio. C’est le pays du football par excellence, on peut voir des gens jouer au football partout, sur la plage, dans les stades. Des matchs sont organisés tous les jours sur les plages, souvent le soir quand il fait moins chaud. C’est le pays du football et de la samba. Tous les soirs, à Lapa, un quartier au centre de Rio, les rues sont remplies de musiciens et de danseurs qui font la fête toute la nuit… jusqu’au lever du soleil. C’est assez fou, ils ne sont jamais fatigués.

Pendant tout ce séjour, il y a une chose que je ne comprenais pas. J’ai pu observer que les taxis grillaient souvent les feux rouges. Mais après m’être renseigné, je découvre qu’au Brésil, la nuit, une loi autorise les conducteurs à passer au rouge si personne n’arrive en face. C’est assez flippant, mais eux, ont l’habitude. La raison ? Les braquages fréquents commis lorsque les conducteurs sont à l’arrêt. Ainsi au cours de mon séjour, j’ai pu être directement témoin de cet étrange (mais néanmoins nécessaire) code de la route.

Les plages de Rio (Copacabana, Ipanema et Leblon ) ne sont pas seulement belles, ce sont également des lieux pleins de vie où les Cariocas se rencontrent : pour faire du sport le matin ou l’après-midi, voir des amis, boire une agua de coco fraîche, manger des brochettes de crevettes et fromage, regarder, sur la colline les favelas colorées. Les plages sont immenses et remplies tout au long de la journée, même le soir. Chaque jour, je me rendais à Arpoador : promontoire formé par un gros rocher, à quelques pas de la plage de Copacabana et d’Ipanema. La vue sur l’océan est idyllique, et lorsque le soleil commence à se coucher et que le ciel se teinte de couleurs pastel, l’atmosphère du soir est fantastique. C ‘est aussi la plage préférée des surfeurs! Touristes et Cariocas se retrouvent ici pour admirer le coucher du soleil. Une fois le soleil totalement couché, des centaines de personnes se mettent à applaudir, à crier et danser. C’est le début de la nuit carioca….

Mohamed Mezerai

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