Hier soir, le collectif « Ferguson in Paris » a organisé un rassemblement spontané au Trocadéro à 18 heures. Une dizaine de personnes ont décidé de braver le froid en répondant à l’appel pour dénoncer le non-lieu prononcé à l’égard du policier Darren Wilson.

Lundi 24 novembre, Bob McCullough, procureur de St Louis County, a fait part de la décision des 12 grands jurys à Ferguson. Selon le site Stale.fr : « Dans sa déclaration, Bob McCullough a expliqué que les membres des jurys avaient examinés cinq chefs d’accusation distincts, allant de l’homicide par imprudence à l’homicide volontaire et que les preuves produites les avaient convaincus que Wilson avait eu des motifs valables de tirer sur Brown. Par conséquent, il ne pouvait être accusé d’avoir commis un crime ». À la suite du verdict, des révoltes de manifestants ont éclaté dans la ville. Une douzaine d’immeubles ont été incendiés. Les manifestants scandaient le slogan « Pas de justice, pas de paix ». La police de Ferguson a été également la cible de plusieurs tirs à son encontre. Pour les Afro-Américains, cette décision considérée comme une injustice fait revivre la division raciale.

À Paris, cet événement a eu moins d’impact. Mais, l’émotion n’en reste pas moins intense auprès des personnes présentes au Trocadéro comme Zaouadia, activiste et accompagnée de sa fille. Elle milite depuis 1996 pour Mumia Abu Jamal (journaliste et écrivain Américain condamné à la peine de mort en 1982 pour le meurtre du policier Daniel Faulkner). Avant de s’exprimer, elle allume des bougies qu’elle a apporté de chez elle : « les violences policières, ce n’est pas quelque chose qui m’est étranger car c’est international et que les principales cibles notamment aux Etats-Unis, ce sont les noirs. Ce qui se passe aux États-Unis, j’appelle ça un génocide et ce qui me scandalise ce soir c’est que nous ne soyons pas nombreux à ce rassemblement. On a l’habitude de ce qui se passe là-bas, l’histoire de l’abolition de l’esclavage est une grosse farce ». Elle ajoute « je trouve ça dommage qu’on se laisse tuer comme ça et que nous n’ayons aucune réaction car cela montre bien que nous sommes moins vaillant que nos ancêtres dans les plantations et c’est bien dommage ».

Le collectif a apporté des pancartes où il est inscrit « Don’t shoot Ferguson in Paris » ou « Black lives matter too ». L’intérêt du rassemblement de la veille était d’apporter du soutien à la famille de Michael Brown tout en incriminant les dérives et bavures policières à travers le monde. Des clichés ont été pris avec les personnes venues soutenir cette cause. Autre témoignage, celui d’une jeune femme, elle qualifie la décision à l’encontre du policier de « mascarade judiciaire ».

Sleio, membre du collectif de « « Ferguson in Paris » donne son avis sur cette mobilisation : « Nous trouvons que la décision de la justice américaine n’est pas normal du tout. Il y a eu la mort samedi dernier d’un enfant de 12 ans abattu par un policier blanc. Il faut se dire qu’il faut bouger que ce soit en France ou aux Etats-Unis. Il faut qu’il y ait des relais, des gens qui se mobilisent pour cette cause, qu’ils sachent qu’on a conscience de ce qui se passe là-bas. En France aussi, il y a des Michael Brown ».

La mort de Rémi Fraisse vient dans la discussion, Sleio s’exprime à ce sujet : « Rémi Fraisse est mort pour ses idées et d’autres sont morts parce qu’ils sont noirs ou arabes. Effectivement, il y a une différence à ce sujet-là. Ce sont des morts victimes de crimes policiers, c’est la raison pour laquelle on parle de convergence des luttes et ce n’est pas parce que Rémi Fraisse est un blanc, que Michael Brown est un noir et qu’Ali Ziri est un arabe qu’on ne doit pas mener le combat ensemble. Ce qu’il faut faire, c’est mener un combat tous ensemble pour que justement, il y ait des réponses dignes de nos attentes ».

La famille de Michaël Brown réclame toujours un procès. Barak Obama quant à lui condamne fermement les violences à Ferguson et appelle au calme. Hier soir, le gouverneur de Ferguson a renforcé la présence de la garde nationale dans sa ville.

Hana FERROUDJ

Photo : ©NnoMan / Collectif OEIL

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