Ensemble, faisons résonner la voix des quartiers populaires.

Soutenez le média libre qui raconte des histoires qu'on n'entend pas ailleurs.

Je fais un don

Coïncidence : cette année la fin du mois saint musulman et la nouvelle année juive 5769 – Rosh Hashana – partage la même date dans le calendrier grégorien, le 30 septembre. Pourquoi ne pas fêter, de façon œcuménique, l’Aïd el Fitr dans une synagogue d’Amsterdam ? Le temps s’est bien affranchi de ségrégation religieuse, pourquoi pas de l’espace ?

Je n’ai jamais mis les pieds dans une synagogue. Existe-t-il un code vestimentaire pour les femmes, des horaires d’ouverture spécifiques ? L’entrée est-elle permise aux non juifs ? Dois-je me couvrir la tête ? Je décide de ne donner suite qu’à cette dernière question et me noue un foulard couleur prune et or derrière la nuque. Je note l’adresse de la synagogue la plus proche, qui n’est qu’à quelques rues de chez moi. Heureux hasard ! Il est 20h30, j’enfourche mon vélo, pédale jusqu’au 19 de la rue Vasco da Gamastraat. Ma quête commence.

Sur la place de Magalhaensplein, je m’arrête devant une imposante bâtisse qui correspondrait facilement au signalement d’un édifice religieux. De la lumière et une porte non verrouillée, j’entre. Une chaleur tropicale et une jeune femme un peu surprise d’une visite si tardive m’accueillent. Moi dans un anglais à l’accent frenchie : « I’m looking for the synagogue, dis-je en guise d’introduction. Do you know where it is ? » Selon elle, c’est juste au coin de la rue, derrière ce bâtiment. Par curiosité, je souhaite savoir où j’ai mis les pieds. « This is a church ! », répond mon hôtesse avec un large sourire. Je cherchais une synagogue, mon premier arrêt est à l’église du quartier !

Retour sur la place et toujours en quête d’un accès à l’année 5769. Après une bonne demi-douzaine de vaines tentatives sur la sonnette du numéro 19 de la rue Vasco da Gamastraat, j’aperçois dans la rue déserte un vieux monsieur. La capuche de sa djellaba lui protège la tête des gouttes de pluie. Sa silhouette me ramène au calendrier musulman. Peut-être le mois de Ramadan prend-il fin ce soir ? Moi, dans un arabe presque parfait : « Que la paix soit sur vous, cher monsieur. Y a-t-il une mosquée dans le quartier ? » En guise de réponse, il me propose de le suivre, d’un geste presque paternel. Je lui emboîte le pas. Sur le trajet, la procession s’étoffe. Je marche au milieu d’hommes qui se congratulent de l’arrivée prochaine de l’Aïd El Fitr (nous sommes les 29 septembre). Je me fais discrète, les écoute, les regarde.

« Tu prends la porte juste derrière là, m’indique-t-il après quelques minutes de marche. – Cette grande porte, là où je peux voir cette femme assise ? – Non celle juste après, ici c’est l’entrée pour les hommes », répond-il avant de me souhaiter une heureuse fête. Je me glisse à l’intérieur, non sans avoir ajusté mon foulard, qui finalement me servira pour la mosquée. J’engage la conversation avec une dame d’une cinquantaine d’année, qui se déchausse à l’entrée. « On fête la fin du ramadan demain ? – Oui, ici, on suit l’Arabie Saoudite. Je l’ai vu à Al Jazeera avant de venir », continue-t-elle, souriante.

D’autres femmes arrivent, s’embrassent, se félicitent. L’appel à la prière se fait entendre. Nous montons à l’étage, dans la salle réservée aux femmes. Elles se prosternent, puis écoutent le court discours de l’imam, qui félicite les fidèles de leur dévotion. La prière du soir, l’Ichaa, prend place. Je m’éclipse, pas très discrètement, j’aimerais savoir ce qu’il se passe à l’aube de l’année 5769 coté juif.

Malheureusement, je n’en saurai pas plus. Ni ce soir-là, ni le suivant. Les adresses de synagogues dénichées sur le Net et la réalité amstellodamoise ne coïncident pas. Les coups de fils n’aboutissent à rien d’autre que des messages enregistrés en néerlandais, jour férié oblige. Le musée d’histoire juive est fermé lui aussi. Malgré une fin d’après-midi dans le tram et un début de soirée sur mon vélo sous la pluie à arpenter les rues, aucune kippa en vue, à peine une étoile de David en guise d’enseigne d’un magasin de films bollywoodiens. J’aurais peut-être dû fêter Rosh Hashana dans la mosquée ?

Bouchra Zeroual (Amsterdam)

Articles liés

  • Brésil : Lula a gagné, mais le bolsonarisme n’a pas perdu

    Réélu dimanche 25 octobre, Lula a remporté la bataille des urnes. Mais la menace bolsonariste demeure. Depuis l'Amazonie, la journaliste et écrivaine Eliane Brum alerte sur les dangers que l'extrême droite fait peser sur la démocratie brésilienne et sur la plus grande forêt tropicale du monde.

    Par Aliénor de Matos
    Le 27/10/2026
  • Au Brésil, l’extrême droite bolsonariste confirme son emprise

    Au premier tour de la présidentielle brésilienne, dimanche 4 octobre, Flávio Bolsonaro, candidat d’extrême droite et fils de l’ancien président Jair Bolsonaro, a recueilli 47,03 % des suffrages, devançant le président sortant Luiz Inácio Lula da Silva (45,16 %), en quête d’un quatrième mandat. Un résultat qui confirme la puissance du bolsonarisme et suscite sidération et inquiétude chez les soutiens de Lula, à trois semaines du second tour.

    Par Aliénor de Matos
    Le 07/10/2026
  • À Ceuta, des milliers d’exilés pris au piège après la traversée

    Les 30 et 31 juillet, quelque 72 000 personnes ont rejoint Ceuta depuis le Maroc, principalement par la mer. Si près de 70 000 d’entre elles sont depuis retournées au Maroc, des milliers de personnes restent dans l’enclave espagnole, sans solution d’hébergement et dans l’espoir de gagner le continent européen. Reportage.

    Par Aicha Bennani
    Le 04/08/2026