Un slip, deux caleçons rideau, une paire de claquettes et un jogging noir. Très important, la couleur, comme ça, tout le monde croit qu’il est propre même après deux semaines à le porter. Le tout dans un sac plastique bleu avec mon passeport vert, et hop ! Direction l’Algérie ! Quand je vais au bled, c’est à la bondynoise, dans l’esprit d’un laisser-aller total. C’est les vacances après tout, on oublie tout stress, comme le fait de changer de chaussettes tous les jours ou de se brosser les dents. Bon. Il y a quoi à faire au bled ?

Ça dépend de votre tempérament. Si vous êtes bouddha ou sa réincarnation, vous pouvez toujours rester au village, à méditer toute la journée le cul pacsé avec une pierre sans autre occupation que jeter des cailloux devant soi, sous un soleil de plomb, pendant que les cousins vous racontent les derniers ragots. Ah ! Ça, j’ai donné dans ma jeunesse, au douar du paternel. Un village qui n’a l’eau courante que quand celui qui la porte préfère le sprint à la marche au retour de la fontaine.

Malgré tout, un village en Algérie, c’est beaucoup plus vivant que nos vieux patelins hexagonaux. Malgré l’exode massif de ses fils, tous les immigrés reviennent un jour investir au village, même si leurs enfants sont aujourd’hui français, canadien ou américains. Comme dirait Pagnol dans « Jean de Florette », « à quoi sert la réussite en dehors du village, si on ne peut pas s’en réjouir avec les amis d’enfance, ou la savourer dans le regard envieux du voisin ? » Comme c’est souvent les plus pauvres qui sont partis, je comprends qu’ils aient envie de flamber un peu. Par contre, leurs gosses gâtés pourris, dont je fais partie, devraient arrêter de se prendre pour des princesses devant leurs compatriotes bledards. La banlieue et son quotidien pas toujours rose, c’est qu’à deux heures d’avion.

L’Algérie m’appelle chaque année, avec l’insistance d’une mère qui n’aurait la garde de son gamin que durant l’été. Même si, après des vacances à crapahuter dans le djebel en claquettes, j’ai le chikungunya aux pieds et que les diarrhées d’été me forcent parfois à coucher aux chiottes. A ce sujet, évitez l’espadon à la crème, qu’on sert dans les petites gargotes aux bords des routes. La dernière fois, c’est sorti comme c’est rentré, et j’ai dû faire caca 40 fois.

Dieu merci, le bled ce n’est pas seulement des villages à la Sergio Leone. Si vous allez en Algérie, je vous conseille une destination : Bejaia, ville côtière de petite Kabylie. La nature sauvage de ses côtes, n’a pas encore cédé devant la folie des hommes et des entrepreneurs. De part et d’autre de la cité des Hammadides, 200 km de riants rivages à couper le souffle. Des vallées verdoyantes, des lagons, des plages entre mers, montagnes, et forets, où des singes magots peu farouches viennent vous accueillir à la sortie du bain. La côte entre Bejaia et Jijel est à couper le souffle d’un cycliste.

Dans la ville, on parle aussi aisément le français que le kabyle ou l’arabe. Les femmes voilés côtoient les débardeurs et les mini jupes (enfin mini, on voit les mollets) et vous pouvez même allez leur parler sans manger un coup de fourche sur la tête. Seul point noir : l’urbanisme et le code de la route, c’est de la science fiction en Algérie. Allez, venez ! Y a pas que le Maroc, la Tunisie, le riz et les pâtes dans la vie. Comment ? Al-Qaïda ? Ah ouais quand même….

Idir Hocini

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