Début 2009. Gaza est sous les bombes, je ronge mon frein et tiens ma langue. D’expérience, je sais qu’il n’est pas de sujet plus épineux que le conflit israélo-palestinien, et pourtant… Andres, ce Palestinien chrétien de Bethléem, est planté là, devant moi, et je ne trouve rien de mieux à lui dire que : « Froid en ce moment, hein ? », et lui d’hocher la tête mécaniquement. Dans ma grande couardise, je me rappelais ce célèbre dessin (ci-contre) où une famille française du XIXe se battait à mort pour avoir parlé de l’affaire Dreyfus. A l’époque, la France était partagée en deux… « 350 morts, finit-il par lâcher, tu te rends compte ! » Ça y est, c’est parti…

« Oui, mais il faut bien qu’ils se protègent, les Israéliens, des 80 roquettes que le Hamas envoie sur les villes limitrophes – C’est pas 80 ! C’est 50 ! 50 misérables petits missiles pour un lopin de terre misérable et assiégé, épuisé, affamé ! – Z’avaient pas qu’à rompre le cessez-le-feu, tentè-je d’opposer – Bien obligés ! On les prive de se nourrir ! Et puis c’est pas vrai, c’est Israël qui, lors de l’élection d’Obama, a lancé une bombe ! – Oui mais une offensive moins meurtrière que lors de la guerre du Liban… – Rien à voir ! » Je vous passe les détails, mais 3 heures plus tard nous nous quittions fâchés, blessés, épuisés et sans être avancés ; aucun de nous n’avait réussi à convaincre l’autre.

Merveilleux hasard, je vois deux jours plus tard Laurent, juif et pro-israélien. Nous nous tâtons l’un l’autre, essayons de débusquer au gré de la conversation la position que nous pourrions avoir sur le sujet. « Moche en ce moment, hein ? » C’est dingue comme la météo devient importante dans ce genre de situation ! « Très !, commence-t-il. Mais nécessaire… » Ok, nous savons maintenant de quoi il retourne : nous nous calons sur notre chaise et rentrons paisiblement et sereinement dans le vif du sujet.

« Parce que 400 morts dont la moitié de « civils » tu penses que c’est nécessaire ! C’est aberrant ! – On a retiré les colonies, argumente-t-il, et c’est comme ça qu’ils nous remercient ! En envoyant des roquettes ! Oui c’est nécessaire ! – Les civils, ce n’est pas le Hamas ! – Israël a le droit à sa sécurité ! – Et les Gazaouis de manger ! – Qu’ils soutiennent pas le Hamas alors ! – Et Israël ? Il a pas soutenu le Hamas dans les années 80, peut-être ? hein ? contre le Fatah ? »

C’est bizarre, car en l’espace de deux jours, c’est limite si je me faisais pas traiter successivement de sioniste et d’anti-israélien. Deux mots qui me font peur, car si je reconnais l’État d’Israël et sa légitimité à garantir sa sécurité, je n’aimerais pas le voir s’agrandir aux dépens d’un État palestinien. De même, je voudrais que les Palestiniens puissent sortir de la misère économique dans laquelle ils se trouvent sans voir à leur tête une classe politique corrompue ou prônant le terrorisme.

Dans ce conflit, on arguera toujours que l’un a agressé en premier l’autre, et que c’est la religion qui pousse à agir de manière extrême. Avec une telle rhétorique, on risque de tomber dans le ridicule, remontant à des temps bibliques pour savoir lequel à lever la main sur l’autre. Quant au fondamentalisme, il est en usage dans les deux camps, à ceci près : alors qu’il venait de signer les accords d’Oslo, Yitzhak Rabin est mort sous les balles d’un extrémiste juif en 93, et Sadate fut assassiné par des islamistes quelques années après avoir été le premier dirigeant arabe à visiter officiellement Israël. Parfois, c’est dans sa propre confession que les conflits sont les plus violents.

Aussi je vous le dis, le conflit israélo-palestinien, mieux vaut ne pas en parler ! Faisons, comme cette grande famille de la communauté internationale qui depuis un an ferme les yeux sur le blocus de Gaza, et depuis 60 ans, n’a pas voulu prendre sérieusement à bras-le-corps la question de la création d’un État palestinien. Tout ça c’est trop conflictuel, ça gêne les amis. Le mieux, c’est de ne rien dire, de fermer les yeux, jouer l’indifférence…

En fait, j’ai changé d’avis : le conflit israélo-palestinien, arrêtons de prendre parti et parlons-en !

Romain Santamaria

Romain Santamaria

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