Cinq continents, 25 pays, 32 714 personnes interrogées. La Fondation pour l’innovation politique (Fondapol) a présenté mardi 18 janvier les résultats d’une « étude planétaire » sur les 16-29 ans, réalisée par TNS Opinion. Bilan ? « 2011, la Jeunesse du monde » esquisse le portrait d’une génération mondialisée, mais révèle aussi des divergences criantes entre les jeunes Européens et ceux des pays émergents.

Pour ces derniers, la mondialisation représente clairement une opportunité, qu’ils soient brésiliens (81%), indiens (87%) ou chinois (91%), tandis qu’un jeune Grec sur deux et 47% des jeunes Français y voient une menace. « Il n’y a pas d’un côté l’Occident, et de l’autre les pays émergents, nuance Dominique Reynié, directeur général de Fondapol et directeur de l’enquête. Les jeunesses turques et marocaine, par exemple, sont elles aussi partagées sur la question (51% y voient une menace). »

Reste que l’opinion des jeunes dépend bel et bien de la situation de leur pays sur l’échiquier planétaire. Seul point commun: tous placent davantage d’espoir dans leur propre avenir que dans celui de leur patrie. « Bonheur privé, malheur public » : telle est, en substance, l’état d’esprit des jeunes Français. 83% d’entre eux se disent satisfaits de leur vie. Leurs projets dans les quinze prochaines années ? « Fonder une famille » (47%), et acquérir un logement (68%)… Un chiffre qui constitue un record mondial ! Record également, le pessimisme de notre jeunesse : seulement 17% des jeunes estiment que l’avenir de leur pays est prometteur, soit le résultat le plus faible au monde avec la Grèce.

« La jeunesse française fait malheureusement partie de celle qui doute », reconnaît Dominique Reynié, qui  nous met aussi en garde. Car selon lui, la réserve nourrie par une partie des Occidentaux à l’égard de la mondialisation « risque fort de ressembler à l’amertume des vaincus plutôt qu’à une force capable de faire contrepoids ou à une autre conception du monde ». Et justement, comment les jeunes conçoivent-ils leurs sociétés ? Côté religion, la jeunesse européenne, et notamment française, se distingue par son désintérêt. Seuls 15% des Français sont prêts à y consacrer du temps, contre 72% des Sud-Africains et 90% des Marocains. Quant à l’égalité des sexes, elle semble en bonne voie : 85% des jeunes estiment qu’hommes et femmes ont les mêmes droits.

L’intérêt d’une telle enquête? « Si on sait quelles sont les valeurs des jeunes générations, on aura une idée de ce à quoi le monde pourra ressembler », estime Dominque Reynié. D’après cette étude, les jeunes des pays du Sud souhaitent plus de protection sociale, alors que, globalement,  les jeunesses du Nord se libéralisent et demandent moins de pression fiscale, notamment en ce qui concerne les retraites ! Ainsi, 39% des jeunes Européens ne veulent pas payer les retraites de leurs aînés.

Autre contentieux : l’immigration. Les jeunesses des pays émergents se prononcent massivement pour une société où les immigrés conserveraient leurs traditions et leur culture (85% des Chinois, 75% des Mexicains), tandis que les jeunes Occidentaux optent majoritairement pour une société où les immigrés doivent s’intégrer (68% en Espagne, 67% en France et en Allemagne). Des enjeux de taille, auxquels les jeunes générations devront répondre de façon concertée. Seule certitude, déjà scandée il y a 20 ans par un célèbre groupe dionysien : « Le monde de demain/ Quoi qu’il advienne nous appartient »

Aurélia Blanc

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