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Pour trouver la manifestation étudiante, suivez les hélicoptères. Ce mercredi, le gouvernement britannique n’a voulu prendre aucun risque de débordement. Sous une pluie londonienne battante l’impressionnant dispositif policier encadre un cortège bariolé d’étudiants et d’universitaires protestant contre  la hausse des frais de scolarité.

En automne 2010, le nouveau gouvernement de coalition entre Conservateurs (Tories) et Libéraux-démocrates dirigé par David Cameron augmente le plafond des frais de scolarité payables par les étudiants britanniques qui passaient ainsi de 3 000 à 9 000 Livres l’année. Les étudiants s’organise rapidement en un mouvement politique dont l’ampleur surprend plus d’un observateur. Devant la détermination du gouvernement, certaines manifestations tournent à l’affrontement entre une minorité et les forces de l’ordre.

La seule violence visible ce mercredi est celle de l’imagination féconde des étudiants qui s’expriment à travers les pancartes et autres chants. Cibles privilégiées : les leaders des deux partis au pouvoir, le tory David Cameron et le libéral Nick Clegg (qui avait par ailleurs promis lors de la campagne de ne pas participer à un gouvernement qui toucherait aux frais de scolarité).

Look désinvolte mais soigné, l’étudiant manifestant suit plus souvent des cours de sociologie, art, histoire que de sciences ou économie. Ron Boardman de Bedford note sur le site de la BBC : « Mon fils n’est pas à la manifestation et ne sait certainement pas qu’il y en a une et pourquoi ? Parce qu’il étudie sa physique et ne prend que rarement des jours de repos, même le weekend.  Je ne peux m’empêcher de me demander ce qu’étudient ses étudiants ».

Pour Oli de Coventry, une des centaines de milliers d’étudiants qui ne participent pas à cette marche « il ne faut pas oublier que toute chose a un prix. Certes, £ 27 000 de dette c’est important, mais si vous gagnez £21 000 par an à la sortie de l’université vous pourrez le rembourser, alors pourquoi tout ce tintouin ? »

En deux ans, les candidatures ont chuté, écartant 42,000 étudiants de l’université. Ces chiffres sont encore plus importants pour les lycéens des quartiers défavorisés de Hackney North et Stoke Newington (-18%) ainsi qu’à Bethnal Green, Bow ou Croydon South (-17%). L’East End de Londres est particulièrement touché.

La perspective de contracter une dette aussi importante éloigne les étudiants les plus défavorisés ne venant pas de lycées réputés leur permettant d’intégrer les universités d’élites. Alors que la BBC souligne que les candidatures aux formations d’élites d’Oxford et Cambridge ont progressé de 2% en un an, il convient de souligner l’impact que ces mesures ont eu sur les universités accueillant une majorité d’étudiants issus de classes populaires. La London Met University qui en fait partie, a vu ses départements d’histoire et de philosophie fermer alors que ses subventions gouvernementales étaient réduits de 70%.

Mais alors que le nombre d’étudiants diminuent, les universités se livrent une bataille acharnée pour sécuriser leurs effectifs qui est dorénavant leur principale source de financement. Richard Mellor est en charge des relations avec les médias pour l’University of Leeds. Ayant participé à la manifestation, il explique au Guardian son inquiétude devant les changements de stratégie de communication des universités. Ayant rencontré un syndicaliste étudiant chilien lors des manifestations de 2012 il explique que les universités du pays augmentaient sans vergogne les frais de scolarité dont une partie conséquente servait à…la publicité de l’établissement pour attirer encore plus d’étudiants.

L’exemple des Etats-Unis est à ce titre enrichissant. Pionniers du financement des études par les étudiants, les Etats-Unis font face à une explosion de la dette étudiante que certains estiment être une bombe à retardement comparable aux subprimes immobiliers. En 2008, un nouveau diplômé américain était en moyenne endetté à hauteur de 23 000 dollars. Avec la crise économique et le marasme du marché du travail, le taux de défaut de paiement des étudiants est passé de 5 à 10% entre 2008 et 2011.

Avec 1 000 milliards de dette étudiante, le sujet était assez préoccupant pour que Obama en fasse un des thèmes de son Etat de l’Union en janvier dernier. Il a promis de diminuer les subventions publiques aux universités augmentant leurs frais de scolarité trop rapidement.  Mais le Président ne peut s’attaquer à ce système sans froisser le lobby bancaire. Avec  100 milliards de dollars en prêts étudiants pour en 2011 et 1 000 milliards de créances en attente, une manne de 30 milliards de dollars d’intérêts bancaires annuels est en jeu.

Rémi Hattinguais

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