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Le vent souffle atrocement. Les corps sont à deux doigts de s’envoler. La tempête, Sandy, va bientôt balayer New York d’un terrible revers. Tout le monde se barricade. Jimmy, au pied de son immeuble propose de « monter chez lui, plutôt que de rester ici ». L’immeuble, sur la 148e rue, au cœur de Harlem, est immense. La tête dans les nuages grisâtres.

A l’entrée, un garde policier surveille le grand bal des visiteurs. « C’est un immeuble de bon standing, assez bien surveillé ». Lui et son ami Tony s’engagent dans l’ascenseur. L’ascension se fait jusqu’au treizième étage. L’appartement est assez spacieux. Sur le balcon, New York est couvert d’un manteau blanc. Le vent souffle, très puissant. « Voilà, au loin, les tours de Manhattan et l’Empire State Building », pointe Tony. De l’autre côté, on aperçoit le Yankee Stadium, aux portes du Bronx. « Harlem est central, c’est aussi pour ça que la côte immobilière a augmenté ». Aux pieds du bâtiment, les feuilles d’arbres ont jaunis.

Tony et Jimmy, 61 ans et 65 ans. Amis depuis qu’ils sont enfants. « Je suis né dans le Bronx, et dès que je suis sorti de l’hôpital, je suis venu a Harlem », s’amuse Tony. Ce sont des enfants d’ici, devenus grands. « On a vu Harlem a toutes les époques, on a aussi vu tous ses changements ». Tous les deux, des figures du quartier. Tant de choses se sont passées, tant de combats menés, tant de conneries gravées ici ou là.

Les deux se souviennent, nostalgiques, du temps d’avant : « En étant Afro-américain, il fallait faire deux fois plus ses preuves, travailler deux fois mieux que les autres ». Le combat pour les droits se menait ainsi. Faire briller ses capacités, son intelligence. « La communauté avait une bonne organisation », dit Tony. Jimmy reprend de volée : « Les scouts, par exemple ».

Dehors, les vents menacent. Un soulèvement soudain. Quelques portes qui, dans un courant d’air, s’entrechoquent. Harlem caille. Et Tony livre sur un plateau son analyse : « Les changements, c’est à cause de la musique. Gamins, on écoutait de la musique qui parlait d’attention. Aujourd’hui, le langage s’est radicalisé, tout est plus violent. Vous entendez comment on perçoit et traite les femmes dans les musiques d’aujourd’hui ? ». Jimmy admet : « Ma mère a 90 ans. Je n’utiliserai jamais le mot pute ou salope pour parler de n’importe quelle femme que ce soit. Mais aujourd’hui, n’importe qui le dit facilement. »

Et puis, il y a quatre ans, Harlem a retrouvé l’espoir. Obama a été porté par toute la communauté. Le jour de l’élection, Jimmy est « choqué et excité ». Peut-être quelques larmes coulent au fond de lui. « Je pensais que je n’aurais jamais vu ça de ma vie », dit-il. Et s’il n’y avait qu’une chose a retenir de ces « quatre années difficiles », ce serait « le sauvetage de General Motors » pour Tony. « Et la captivité de Ben Laden », surenchérit Jimmy. Les deux s’accordent : « Obama continue d’inspirer à Harlem. Il ramène espoir et fierté. Quand il a pris le pays, on avait deux guerres, l’économie était déplorable, et il a remis le pays sur les rails. Harlem est toujours derrière Obama ». Loin d’eux l’idée d’un président qui a déçu.

C’est le milieu d’après-midi, la télé de Jimmy crache un son flou. C’est l’heure du match New York-Miami Football. L’heure de s’en aller. Tony redescend de la tour de béton, marche dans Harlem, dans ses pas d’enfant. Il regarde le mouvement, les mutations qui s’accélèrent. Et l’accro de musique conseille de visiter Harlem « en écoutant Alfie de Sonny Rollins ». D’accord.

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Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah

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