Une nouvelle flottille internationale s’apprête à faire route vers la Bande de Gaza, soumise au blocus maritime d’Israël. Rappel des faits. Il y a un an, une expédition de soutien aux Palestiniens, appelée Flottille de la liberté, tentait de briser le blocus israélien. L’Etat hébreu s’était opposé à l’opération et l’armée israélienne avait donné l’assaut dans les eaux internationales. Bilan dramatique : neuf passagers du Mavi Marmara avaient été tués.

Depuis, une nouvelle coalition internationale a décidé de monter une deuxième flottille. En France, la campagne, « Un bateau français pour Gaza », lancée il y a plusieurs mois par la Plateforme des ONG françaises pour la Palestine, a permis de réunir près de 600 000 euros de dons et d’acheter un bateau. Quelque 25 personnes, militants, élus, journalistes, représentants d’associations et artistes, devraient quitter un port grec dans les prochains jours, et non Marseille, ce samedi, comme initialement prévu, en raison de « retards techniques et administratifs », selon des membres de l’équipage. Cette flottille française s’est donné pour mission de débarquer à Gaza 5000 tonnes de matériel médical et de construction.

Alan*, 27 ans, un Breton habitant Paris, sera à bord pour filmer l’expédition. Depuis plusieurs mois déjà, il suit les préparatifs de près. Pourquoi partir ? Quelle légitimité ces Occidentaux ont-ils à aller, ainsi, en Palestine ? Il ne s’agit pas d’un « délire de militant », dit-il. Il s’explique : « Les gens qui partent sur ce bateau connaissent très bien le terrain palestinien. La Palestine est un symbole d’oppression. » D’où, chez beaucoup, cet attachement à cette cause quand dans le monde d’autres peuples sont opprimés. Ils ont fait le constat d’un « immobilisme politique » qui les pousse, en tant que membres de la « société civile », à « prendre le relais ». Cela n’est pas sans risques. « Après ce qui est arrivé à la première flottille, en mai 2010, il faudrait être inconscient pour ne pas avoir du tout peur. Plus ça avance, plus la pression monte parmi nous car il y a beaucoup de menaces. »

Avant le départ, les organisateurs de la flottille procéderont à une inspection complète du bateau pour en extraire tout ce qui pourrait être assimilé à des armes (l’an dernier, l’armée israélienne, pour justifier ses tirs, avait affirmé avoir été confrontée à des passagers utilisant « des armes blanches et des armes de poing »), et une formation pour savoir comment se comporter en cas de coups durs sera délivrée à tout l’équipage. « Ce mouvement est humanitaire et pacifique, affirme Alan, mais cette formation va nous permettre de fédérer le groupe, de savoir comment réagir sur le bateau, de savoir gérer le stress et la violence. Quoi qu’il arrive le collectif primera sur le bateau et la seule consigne en cas de sommation est de ne manifester aucune résistance. C’est, encore une fois, une action pacifique. »

L’annonce du départ d’Alan pour Gaza n’a pas rassuré sa mère. « Elle n’était pas très chaude et en même temps j’ai essayé de relativiser la chose. On ne part pas au front. » Un député français a parlé de « provocation envers Israël », estimant que la France devait tout faire pour empêcher une participation française à cette opération.

Alan répond que c’est le comportement du gouvernement israélien qui est une provocation. « Le blocus total qui frappe Gaza est illégal et dénoncé par l’ONU, observe-t-il. Israël ne respecte pas le droit international. Cette flottille ne veut pas toucher Israël, c’est par la Palestine qu’elle est attendue et sera, je l’espère, accueillie. »

Ces derniers jours, Alan les a consacrés aux ultimes préparatifs. Pour son film, il travaille en duo alors avec un collègue caméraman. Il n’y aura de film que s’ils arrivent à Gaza. L’an passé, toutes les images prises avaient été confisquées par Israël. Sur sa liste des tâches qu’il reste à effectuer figure l’achat de la caméra qui filmera l’opération. « C’est un achat à perte, on sait qu’on va revenir à poil, qu’ils (les Israéliens) nous prendront la caméra. »

Joanna Yakin

*Prénom modifié.

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