Avant d’arriver en Grande-Bretagne, je pensais que ceux qui parlaient en anglais en France se la racontaient à cause de l’accent. Depuis, je trouve ça normal.

C’était le début d’été, ma famille était au Maroc, mes amis en Espagne ou en Italie… Je me suis dit qu’il était temps que je me lance dans une aventure solitaire. Va pour l’Angleterre. J’ai récupéré avant mon départ la chambre de l’ami anglais d’une amie pour 400 euros. Une somme raisonnable pour un mois, quand on la compare au coût de 3 semaines de vacances à Marrakech, Berlin ou Albufeira avec ses potes… Au départ, mon objectif n’était pas tout à fait clair. Trouver du travail pour gagner de l’argent ? Faire la fête parce que c’est aussi les vacances ? Me dévergonder en anglais ? J’ai choisi : les trois ! Le 31 juillet, après 8 heures de bus Eurolines – pour 20 euros au départ de Gallieni – et une discussion tout le long avec une certaine Laura, étudiante de 23 ans à Sciences-Po qui s’installe à Londres parce qu’elle vient de décrocher un job en or dans une boîte de conseil payé 3500 pounds par mois, nous voilà à la gare Victoria, en plein cœur de Londres.

Le Grand Paris en vrai

À ce moment-là, Google Maps est votre meilleur ami parce qu’ici c’est 15 fois plus grand que Paris en superficie. Londres, c’est immense, quatre clubs de foot en première division, neuf zones. Même dans la dernière zone, vous êtes encore considéré comme étant dans Londres. C’est comme si vous disiez au gens de Grigny ou Melun qu’ils sont Parisiens. Le Grand Paris, mais pour de vrai.

Moi, j’ai la chance d’être en zone 2, dans l’est, entre Wapping et Whitechappel. Un quartier qui bouge. Whitechappel, en deux phrases, c’est l’ancien quartier pauvre où sévissait Jack l’Eventreur à la fin du dix-neuvième siècle. C’est aujourd’hui le quartier des Bangladais, avec un soupçon de Bobos anglais du coin. Un peu à l’image de Belleville à Paris.  À  chaque fois que je rencontre quelqu’un, il me demande d’où je viens, je lui réponds « de France ». On rebondit toujours en me demandant ma vraie origine. Algérie, Turquie, Brésil ? Je finis par répondre que je suis aussi marocain.

Avant d’arriver, je n’ai pas réalisé l’avantage que c’est d’être français. Mais ici, je peux vous affirmer que c’est différent. Les gens vous respectent, ils aiment votre accent français. Et les Français installés ici sont solidaires entre eux. Sûrement le fait d’être loin des bases ? Sur Facebook, il existe une page qui fait référence, « Des Français à Londres ». C’est là-dessus que j’ai trouvé des offres d’emploi et la perspective d’entrer à l’Oxford House Collège, une école qui propose des cours gratuit d’anglais.

Ici, on note les enseignants, pas les élèves

Dès le lendemain, je m’y rends. J’ai rendez-vous avec Catherine, une Française de 45 ans originaire de Bourgogne. Elle m’explique qu’ici « c’est un peu la maison du bonheur ». L’école est située dans une rue adjacente de la célèbre Oxford Street. Il faut simplement remplir un formulaire et payer 20 pounds de caution. Une seule condition pour récupérer sa caution : être assidu en cours. Il s’agit de trois heures d’anglais par jour du lundi au vendredi, soit le matin soit l’après-midi en fonction de votre emploi du temps. Il y a même des cours supplémentaires le mardi et vendredi soir pour les plus motivés.

Mohamed et ses petits camarades

La classe est composée de 5 à 15 élèves pour 3 professeurs. Un inspecteur est installé au fond. Il m’explique qu’ici, on note les enseignants, pas les élèves. À tour de rôle, chaque enseignant donne son cours d’une heure. L’approche des profs change à chaque fois. Ils vous apprennent la grammaire et le vocabulaire en passant par des jeux de ballons, des quiz ou encore des jeux de rôles. Chacun s méthode ! En rentrant chez nous, on nous invite à écouter la radio ou à écrire des petits textes sur notre journée que l’enseignant corrige le lendemain.

Durant les trois heures, pas un mot de français n’est prononcé. Mes camarades viennent de Turquie, du Pérou ou du Japon. Difficile de commencer à parler tout seul. D’ailleurs, on est deux Français dans toute l’école avec Clyde, un Martiniquais de 18 ans qui profite de son séjour pour appendre l’anglais. Son objectif : jouer au basket aux Etats-Unis et décrocher une bourse dans une université. Ce que je préfère ici, c’est mettre en pratique mes leçons après les cours. Il y a le  rooftoop au dernier étage avec une cafétéria tenue par un Mauricien-Chinois qui sert du très bon café. C’est un espace de sociabilité où les enseignants aiment échanger avec leurs élèves. Il y a Moustapha, un policier turque de 36 ans, venu renforcer son anglais, Jorges, un banquier de 24 ans de Sao Paulo passionné de football et de vêtements de luxe ou encore Camilla, bachelière italienne de 18 ans, originaire de Milan. Mais mon préféré, c’est vraiment Joe, mon professeur durant toute la deuxième semaine.

J’ai aussi décroché trois entretiens d’embauche pour travailler comme barman, serveur  dans un restaurant français ou en cuisine. J’ai décliné toutes les offres pour l’anglais,  quitte à ne pas avoir d’argent. Ici, pour trouver du travail, on a l’impression qu’il suffit vraiment de traverser la rue. Et le fait de parler français est un plus. Les patrons qui m’ont reçu en entretien m’ont tous dit la même chose : « On te recrute aussi facilement qu’on te dégage ».

Côté démarches administratives, il faut simplement, dès son arrivée en Grande-Bretagne, appeler le gouvernement par téléphone pour fixer un rendez-vous en vue d’obtenir un papier appelé : National Insurance Number ou NIN. Ce document est indispensable pour travailler, ouvrir un compte en banque et être en règle. Une démarche très facile. À Londres, ce qui est cher, c’est le logement et le transport. Pour le reste comme la nourriture et les sorties, il y a vraiment moyen de se débrouiller. Ce que j’ai gagné durant mon séjour, une envie encore plus grande d’approfondir l’anglais car oui, aujourd’hui je suis lancé.

Mohamed ERRAMI

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