Lundi 7 février, à 20 heures au théâtre de la Colline dans le XXe arrondissement parisien, s’est déroulée une soirée consacrée à la Tunisie, De Tunis à Paris. Autour de Stéphane Hessel, ancien résistant, diplomate et auteur du best-seller Indignez-vous, Edgar Morin et Claude Alphandéry, tous trois anciens résistants lors de la Seconde Guerre mondiale.

Étaient également présents à cette rencontre deux représentants de la révolution tunisienne : Moncef Marzouki et Radhia Nasraoui. Ainsi que Darina Al-Joundi, actrice libanaise et Elias Sanbar, ambassadeur de Palestine auprès de l’Unesco. Arrivée aux alentours de 20h15, une longue file d’attente se profile à l’extérieur du théâtre. Les personnes entrent au compte-goutte. Certaines patientent calmement, tandis que d’autres trépignent d’impatience, ou s’enthousiasment d’avance du contenu de la soirée.

L’on nous fait entrer au fur et à mesure pour remplir la salle qui peut accueillir jusqu’à 700 personnes. Le personnel à l’entrée finit par nous informer qu’ils attendent que la salle soit pleine et pour ceux qui restent dehors ils doiventt suivre la conférence par retransmission télé dans le hall. Je fais partie de ces gens-là. Les mots « révolution » et « espoir » fait écho dans la salle mais aussi dans le hall où nous sommes une quarantaine de personnes, certaines assises sur les escaliers et d’autres debout, attentifs aux paroles des différents intervenants.

Moncef Marzouki, opposant résolu du régime de Ben Ali souligne que la révolution s’est faite d’abord dans les cœurs et les esprits. Alors que la veille, il se trouvait à l’aéroport de Tunis, il a assisté à la grève des bagagistes et des femmes de ménage qui ne gagnent que 80 euros par mois. Il souligne que même la police des frontières a fait grève pendant une heure ce jour-là, et « pourtant pour que la police fasse grève… », plaisante-t-il. Quand il leur demande pourquoi ils font grève, ils lui répondent qu’un voyageur a refusé de remplir l’adresse sur la fiche d’entrée (celle que l’on remplit à son arrivée en Tunisie), en lui donnant pour toute réponse « ça ne te regarde pas, salle con ». Une autre policière raconte qu’on lui a jeté les passeports à la figure. Pour Moncef Marzouki c’est ça la révolution tunisienne.

Pour Radia Nasraoui, avocate qui a beaucoup lutté contre les tortures, c’est tout autre chose. Harcelée car elle aidait ceux qui étaient victimes de la torture, pour elle le combat ne fait que commencer car la torture existe encore. La révolution est donc amorcée mais inachevée et la Tunisie doit continuer à batailler pour la démocratie selon elle.

Claude Alfondéry a quant à lui osé un parallèle avec la France, tout en précisant que l’on n’y vit pas la même situation, qu’il n’y a pas de dictature, ni de torture, mais qu’il y existe des inégalités intolérables et des désastres écologiques qui couvent. Tout cela n’étant qu’une façade de la démocratie où il existe une « caste financière » qui d’après lui devrait être « dégagée » comme l’a été Ben Ali et certainement comme le sera Moubarak. Edgar Morin fait le pari de l’espérance en évoquant la révolution de 1789 et sans doute, dit-il, la révolution du jasmin révélera le futur pour le monde arabe. Stéphane Hessel poursuit en mettant en avant « l’indignation » comme moteur de la révolution et invite à nous indigner à notre tour en France où les motifs ne manquent pas selon lui. « Grâce à l’exemple qui nous vient de l’autre côté de la Méditerranée, nous pouvons prendre un souffle. Un souffle de liberté, de libération d’une partie de nous… », dit-il sous les applaudissements.

Darina Al-Joundi, actrice, réalisatrice engagée d’origine libanaise, revient sur le rêve qu’avait fait son père, aujourd’hui décédé : un jour une révolution éclatera dans le monde arabe. C’est elle qui la vit. De père syrien, de mère libanaise, mariée à un Egyptien, dont le cœur est attachée à la Palestine, elle livre le témoignage de la jeunesse égyptienne dont elle se sent proche : « Les Egyptiens de la place Tahrir ont beaucoup d’humour, ils ont un slogan par jour sur internet et celui d’avant-hier était : casse-toi, ma femme me manque. » Enfin, le dernier intervenant, Elias Sanbar, souligne un aspect positif de cette « révolution » : la solidarité. Mais en note les aspects négatifs, comme le fait de présenter les Arabes comme des brutes et l’utilisation d’un champ lexical de la maladie sur les titres des journaux tel que la fièvre, l’épidémie se propage, la contagion… comme si la démocratie était une maladie quand elle concernait le monde arabe.

Chahira Bakhtaoui

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