En 2011, l’événement qui m’a le plus marquée est l’exécution de Troy Davis. La nuit précédent sa mort, je n’ai pas dormi. J’ai passé mon temps à regarder BFM TV et I-Tele pour savoir si son exécution allait être rejetée ou pas. Et puis, l’information est tombée très tôt ce jeudi 22 septembre 2011 sur les chaînes françaises : l’exécution de Troy Davis a bien eu lieu à 5h08 (heure française) par injection létale dans une prison en Georgie. Je n’ose alors imaginer la douleur de sa famille et des personnes qui lui sont proches. D’autant que de nouvelles preuves existent dans cette affaire : si le procureur avait pris la peine d’en prendre connaissance, cela aurait permis d’ouvrir un nouveau procès et de faire enfin toute la lumière sur cette affaire.

Comme tout le monde, j’avais espoir que sa condamnation soit annulée. Surtout que l’heure de son exécution, fixée une première fois à 1 heure du matin, a été reportée par la Cour suprême de quelques heures afin de prendre en compte sa dernière requête. Mais en vain : sa demande a été rejetée, son exécution a bien eu lieu.

La veille, j’avais participé à un rassemblement de 400 personnes place de la Concorde, à l’appel d’Amnesty International et de nombreuses associations comme la Ligue des droits de l’homme. Ce qui m’a touchée dans cette affaire, c’est la détermination de sa famille. Et notamment de la sœur de Troys, Martina Correira : cette militante d’Amnesty International a mené un combat de Titan durant des années pour faire connaître au monde entier l’histoire de son frère. Elle a réussi à mobiliser les gens pour soutenir sa cause. Grâce à son combat, Troy Davis est devenu le symbole de la lutte contre la peine de mort depuis vingt ans.

Durant cette mobilisation, d’autres choses m’ont marquée comme cet Amérindien venu spécialement des Etats-Unis pour soutenir Troy Davis à Paris. Ils nous a interprété un chant de ses ancêtres à l’aide d’un instrument qui ressemblait à un tambour. Même si je ne comprenais pas un mot de ce qu’il chantait, il réussissait avec sa voix à nous transmettre des émotions fortes. Des gens venaient de toutes parts pour l’écouter. C’était impressionnant d’écouter ce chant si particulier, qu’on entend habituellement que dans les films de western. Durant dix minutes, les Parisiens ont été bercés par les sonorités des Amérindiens.

Autre moment fort de ce rassemblement, et non des moindres, la lecture par Sandrine Ageorges Skinner* d’un court message que Troy Davis a donné aux visiteurs venus ce matin le voir une dernière fois en prison. « La lutte pour la justice ne se terminera pas avec moi. Cette lutte est pour tous les Troy Davis, ceux qui ont été là avant moi et ceux qui sont seront là après moi. Je vais bien, je prie et je suis en paix. Je ne cesserai de me battre qu’après mon dernier souffle. La Georgie s’apprête à disposer de la vie d’un homme innocent. Merci d’être là contre la peine de mort et pour tous les condamnés à mort dans le monde ! ». A la fin, les manifestants ont applaudi et crié haut et fort : « Nous sommes tous des Troy Davis, nous sommes tous des Troy Davis ! »

Je ne peux pas terminer sans évoquer Nicolas Kramayer, qui connaît la famille de Troy Davis. Tout au long de ce rassemblement, je l’ai vu répondre aux questions de plusieurs journalistes et aux manifestants tout en essayant de contenir sa peine. Même face aux caméras, il a gardé jusqu’au dernier moment l’espoir d’une issue favorable. A la fin du rassemblement, Nicolas et d’autres militants se sont retrouvés dans un café pour se soutenir moralement et continuer le reste de la nuit à informer les gens sur l’exécution ou non de Troy Davis.

Nous connaissons le dénouement de cette affaire. La meilleure façon de rendre hommage à Troy Davis, c’est de continuer le combat contre la peine de mort aux Etats-Unis.

Hana Ferroudj

*Son mari, accusé d’un triple meurtre qu’il a toujours nié, est actuellement en prison au Texas.

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