SEMAINE SPÉCIALE BRUXELLES. Au Centre Communautaire Maritime de Molenbeek, on sensibilise les jeunes aux médias, notamment à travers un atelier de fiction radiophonique. Reportage.

Salle exigüe, sobrement meublée, canapé jaune deux places contre le mur, bureau avec ordinateur, une table ronde, des chaises. Guillaume Abgrall évoque son travail (Gsara Asbl) avec les adolescents molenbeekois, les sensibiliser à la pratique médiatique, celle de la radio, à travers la fiction radiophonique, sur son ordinateur, il déroule les bandes sonores, les émissions enregistrées auparavant. Puis il ressort les textes destinés à être lus aujourd’hui. Le thème ? Zombies et extraterrestres… Il relit ces textes, soupèse les phrases, leur rythme, il rit aux inventions langagières des adolescents, même s’il trouve parfois les tournures un peu trop faciles, un zombie qui dit : « je reviens à la vie », on va essayer de trouver autre chose…

17h30 : Selim, 15 ans, premier arrivé, démarche chaloupée, encapuchonné dans sa veste kaki, prend place sur le canapé, pour ensuite aller répéter son texte avec Guillaume qui l’encourage, le pousse à trouver l’intonation juste.

On est au Centre Communautaire Maritime, situé au 93 rue Vandenboogaerde, Molenbeek-Saint-Jean, qui a pour but de favoriser le développement socioculturel du quartier en mettant à disposition des associations molenbeekoise les infrastructures dédiés à cela. À cette heure-ci, le centre se vide doucement, s’assombrit aussi, couloirs vides. Deux voix résonnent et raniment l’ambiance, elles se rapprochent de la salle. Melina, 12 ans, et Shaïma, 13 ans, arrivent, prennent place aux côtés de Guillaume, les répétitions peuvent vraiment commencer.

La mise en récit

Lire et relire les textes, on travaille la langue, on travaille les mots, les phrases s’échappent d’ici ou la, s’enchaînent, un rythme se construit ; « c’est qui Nivelles, c’est une petite ville… y a pas moyen que je sois un zombie ». Se tissent alors des histoires faites de jeux, sur les mots, sur l’esprit. L’essentiel, c’est que le récit coule. Un point sur lequel insiste Guillaume, en effet, c’est la mise en récit qui importe pour lui dans cet atelier. Raconter, construire une narration. Pause. On s’interrompt, et justement Mélina tente d’expliquer pourquoi elle est arrivée un peu en retard, ses idées s’enchaînent, les unes après les autres, en une succession de mots.  » J’ai couru, tramway, métro… ». Et Guillaume de l’assister, de l’aider à mettre un peu d’ordre dans tout ça. Comme si l’on ne sortait pas de l’atelier radiophonique, patiemment, il reprend avec elle les éléments l’aider à construire enchaîner logiquement les actions, les découper, un début une fin, raconter une histoire en somme. Et puis très vite, on reprend les dialogues. On lit ses feuilles gribouillées, surlignées, avec Guillaume pour chef d’orchestre…

Assia et Shaïma sont là. L’une en retard à cause de l’école, l’autre aidait sa mère. Guillaume sourit. Divise le groupe en deux, Shaïma et Assia vont écrire leurs textes, les peaufiner, seules dans la salle désertée, les autres sont partis enregistrer leur fiction. Mélina souffle « j’ai déjà travaillé à l’école… » mais ça ne l’empêche pas de débattre avec Assia, non ce mot, ne lui plaît pas, non il faudrait formuler la phrase autrement. Guillaume de retour, distille ses conseils « un écrivain pour écrire, il est obligé de se mettre à la place de ses personnages ». Les deux gamines en rient et reprennent le travail.

À quelques mètres de cette salle, le studio, table rectangulaire parsemée de micros et de casques avec au bout contre le mur la console d’enregistrement, Hajar tient les commandes, sous l’œil amusé de Guillaume qui les voit évoluer, reprendre les phrases répétées depuis tout-à-l’heure. Et puis à chaque erreur, balbutiement, on dit « 1, 2, 3 » et l’on reprend là où l’on s’était arrêté. Selim adore cette ambiance. Il se rend tous les mardis à l’atelier radiophonique depuis que l’association leur lui a proposé et « j’y reviens parce que j’aime me divertir entre potes, on rigole bien, entre nous », Melina abonde en ce sens, avec cette nuance, elle, c’est ce « besoin de m’exprimer, qui me fait venir ici, oui, avec l’atelier j’arrive à mieux m’exprimer…». Et c’est pourquoi ils reviendront la semaine prochaine, même heure…

Ahmed Slama

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