Le mot « bled » donne des sueurs froides à beaucoup. Ils se souviennent avec effroi des conjugaisons, pronoms et adverbes de ce bon vieux manuel de tortures, pardon, de grammaire. Mais ce bled-là peut en cacher un autre, associé, notamment, aux vacances chez papy, mamy, tonton ou tata. Avec tous les cousins et toutes les cousines ! Le bled, vaste programme.

Dans les pays de langue arabe, bled désigne le terrain. Pour les immigrés et leurs descendants, il signifie le pays, le village d’origine. Ce mot est abondamment utilisé par les jeunes, il est devenu aussi courant qu’un smiley sur la Toile, ou un lol dans une conversation. Il est ce petit mot que tout le monde s’est approprié. Les Maghrébins, les Maliens, les Portugais, les Bretons et même les Suisses (où l’on dit qu’on fait le tour du bled pour le tour du village) en font usage. Le bled, c’est un peu l’origine du monde de chacun.

Le bled, c’est-à-dire cet endroit qu’on situe généralement l’autre côté de la Méditerranée, évoque la sérénité, le calme, la nostalgie, de doux souvenirs. Il incarne ce qu’on n’a pas chez soi, une aisance, de l’espace. Il ressemble à une grande maison à la campagne mais proche de la mer. Il implique un changement de monnaie : de l’euro au dirham, au dinar, au franc CFA… D’autres, à l’inverse, ne peuvent pas voir le bled en peinture. Ces malheureux ne supportent pas l’air de campagne, se sentent abandonnés, loin qu’ils sont de la technologie et de la pollution. Ils ont peut-être peur de s’habituer, de devenir péquenot. Non, blédards !

Une perspective qui fait frémir. Jugez-en ! Au collège, au lycée, le mot « bled » peut être fort utile. Il a ici le sens de « bagne ». Au moindre problème de discipline, risque d’exclusion, la carte bled tu utiliseras. Exemple : « Mais faites pas ça, M’sieur ! Sinon mes parents ils vont m’envoyer au bled ! » La punition qui tue. L’élève insistera sur les dures conditions de vie « là-bas », histoire d’apitoyer le prof.

Dans un tout autre registre : le bled comme thalasso. Le bled est une destination idéale pour ceux qui ont besoin de respirer, ont l’impression d’exploser. Au bled tu décompresseras. Ni ordinateur, ni télévision, ni coca-cola ! La mer qui te berce, les balades à dos d’ânes, les plats de la grand-mère, les tours à vélo dans la cambrousse, les soirées à écouter les tontons jouer de la guitare, les histoires abracadabrantesques… Il se peut toutefois qu’au bout de deux mois, le Selecto, les promenades au souk et l’absence de Facebook te gavent. La vie façon Koh Lanta (la bonne bouffe en plus), ça lasse.

Et pour vous, c’est quoi le bled ?

Jasmin Nahar

Articles liés

  • GameStop : révolution des traders amateurs ou victoire illusoire ?

    C’est un vent de panique qui a soufflé sur Wall Street en ce début d’année lorsque des traders en herbe, inscrits sur un forum Reddit de conseils boursiers, se sont coordonnés pour faire échouer les plans de puissants fonds d’investissements concernant une franchise de vente de jeux-vidéos. Retour sur cette folle saga qui n’a pas fini de faire parler d’elle.

    Par Yunnes Abzouz
    Le 04/03/2021
  • Une école francophone à Gaza pour l’avenir des Palestiniens

    À Rafah, au sud de Gaza, l’association Tabassam Gaza entreprend d’ouvrir une école francophone. Son président Waleed Aboudipaa, enseignant de français et humanitaire gazaoui tente de proposer une offre éducative aux écoliers de la ville dont la scolarité est menacée par la guerre avec Israël et la pauvreté qui en découle.

    Par Amina Lahmar
    Le 15/02/2021
  • « Sans le vouloir on contribue au génocide des Ouïghours »

    Les États-Unis, par le biais du secrétaire d'État sortant Mike Pompeo, ont accusé la Chine de "génocide" et de "crime contre l'humanité", à propos du traitement réservé à la minorité musulmane des Ouïghours, réduite en esclavage dans des camps et acculturée par le régime. Une accusation historique, dans une période où la cause de cette minorité a été plus que jamais médiatisée. Mais où en est-on dans la lutte pour la libération d'au moins un million de personnes ? Entretien avec Dilnur Reyhan, présidente de l'institut ouïghour d'Europe.

    Par Lila Abdelkader
    Le 22/01/2021