C’est sur invitation du Centre culturel français de Palerme qu’Axelle et moi sommes conviés à l’école de journalisme Mario Francese, pour donner une conférence sur les banlieues françaises et le Bondy Blog. Une école de journalisme qui porte le nom de Mario Francese c’est tout un symbole, ses articles sur la mafia ont déplu au « milieu », qui l’a fait assassiner. Une exposition permanente sur les murs de l’école rappelle sans cesse aux étudiants le sacrifice du martyr.

C’est dans la salle de cours des masters qu’a lieu notre intervention, un endroit qui respire le métier avec des revues de presse qui atteignent le plafond, deux traducteurs du centre culturel nous sont affectés. On rappelle brièvement l’histoire du Bondy Blog, la période suisse, la transmission du bébé aux locaux, les différents partenariats, les excellentes plumes qui nous ont rejoint de Marseille, Neuilly, Lyon et de Dakar. Bientôt les questions fusent, à ma grande surprise, ces étudiants sont très calés sur le sujet, « les banlieues françaises ont fait la une des journaux italiens pendant les évènements de 2005 », me confie Malika Akbi, du Centre culturel français, initiatrice de la venue du Bondy Blog à Palerme.

Le sens rhétorique des italiens aidant, une question peut durer plusieurs minutes, qu’Ambre (ci-contre, entre Axelle et Idir) notre traductrice peut traduire en trois mots. J’apprends lors de cette intervention, que le concept de banlieue a été introduit en Italie suite à l’embrassement de nos quartiers périphériques. Ici à Palerme, un centre historique, avec de la bonne vieille pierre qui ferait pâlir de jalousie un résident de l’Ile-de-la-Cité peut très bien être un quartier pauvre, voire en friche, avec de superbes arcades arabo-normande qui respire l’abandon.

L’identité et l’immigration, sont un des sujets phare de cette intervention. La France étant le seul pays d’Europe à avoir une véritable histoire de l’immigration, ça intéresse beaucoup notre publique insulaire. Un des étudiants veut savoir si ça se passe bien entre les différentes communautés, « pas de guerres de gangs ethniques à ma connaissance », dis-je. Axelle évoque néanmoins les rivalités entre certaines cités.

Le Bondy Blog intrigue les étudiants de Mario Francese au plus haut point. Pour eux, un truc comme ça en Italie ne pourrait pas exister : « Un, vous ne serez pris au sérieux par personne, ici, il faut être accrédité en quelque sorte pour avoir une parole médiatique, ce qui n’est pas le cas du journalisme citoyen. Deux, vous auriez des plaintes de tous les politiques, si un journaliste parle un peu trop là ou il ne faut pas, il est poursuivi pour diffamation », affirme un étudiant.

Ma réponse donne à peu près ça : « Le Bondy Blog, ce n’est quand même pas Che Guevara, il y a plus virulent en terme de critique des politiciens, on risque donc peu la censure, mais notre liberté de ton, l’usage abusif que je fais parfois du « je », par exemple, les questions que l’on traite et notre interaction avec les commentateurs nous différencient du journalisme classique. De plus, on a bénéficié d’une grande curiosité des médias, et ceux-ci nous ont pris parfois pour des fixeurs. »

« Comment vous bouffez ? », demande un de mes hôtes. « Partenariats divers, pas de subventions publiques, remboursement des frais de transport, de restauration, de téléphonie et d’abonnement internet plafonnés à 30€ maxi », dis-je. Exclamation de surprise dans la salle, eux touche 3 euros pour un article dans le canard local, un tirage de 70 000 exemplaires tout de même. Quand la conférence se termine, nos pauvres traductrices sont épuisées par l’exploit : traduire le Frandir, ma langue nationale à moi. Je jalouse en secret Axelle, beaucoup moins rococo sur les mots.

Le boulot est fini, je vais bouffer une pizza…

Idir Hocini (Palerme)

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