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La guerre, dans le Nord du Mali, persiste. Mohamed s’interroge sur les répercussions de ce conflit dans la capitale malienne. Il a donc appelé sa famille, résidant à Bamako, pour en savoir plus. 

Cela fait plus d’un mois que la France mène, dans le nord du Mali, une guerre sans merci contre les terroristes de l’AQMI et du MUJAO. Dans cette région subsaharienne, l’armée française a fait une avancée fulgurante sans rencontrer d’opposition bien réelle. Ainsi elle a contrôlé, à tour de rôle,  les principales villes du nord du pays, telles que Tombouctou, Diabali, Kidal, qui jusque là étaient aux mains des terroristes. Les terroristes  ont abandonné presque sans combat ces villes. Cependant, ils sont revenus à la charge en organisant des attentats suicides. Le combat continue.

Toutefois, malgré cette nouvelle opposition, l’engouement médiatique autour de cette guerre tombe peu à peu. C’est en voyant cela que je décide de passer un coup de fil à mon cousin, Abdul, afin de savoir si cette guerre a eu des répercussions sur son quotidien et plus généralement, sur celui des habitants de la capitale malienne. Cette visée est essentielle dans la mesure où elle permet d’avoir un aperçu sur les bouleversements que la violence d’une guerre peut avoir sur un peuple, une communauté ou une tribu.

Mon cousin, Abdul est un malien de cœur. En effet cela fait plus dix qu’il s’est installé à Bamako. Il a épousé une femme malienne. La ville n’a aucun secret pour lui. Après les traditionnelles salutations, les questions classiques sur la famille, le travail, et les amabilités échangées, j’aborde tant bien que mal la question de la guerre qui se déroule dans le nord du mali. En effet, au début de l’entretien téléphonique, l’homme reste étrangement évasif. Ainsi, lorsque je lui pose la question suivante : « la vie n’est-elle pas devenue dure en ce contexte de guerre ?» Celui-ci me rétorque « qu’il y a toujours eu la guerre en Afrique, alors la vie suit son cours. » Puis face à l’insistance dont je fais preuve, il finit par me dire que tout est calme à Bamako. « Il n’y a rien ici, à Bamako. Tout est calme contrairement à Gao. Nous dormons bien et allons au travail sans aucun souci. »

Au fil de la conversation, la langue de mon cousin germain ne se délie absolument pas. Il évite même le sujet comme si, cette guerre, qui se déroule pourtant sous son nez, était taboue. Face à ce mutisme, qui, à mon sens, est dû au fait que mon cousin ne veuille pas m’inquiéter,  je n’aborde plus la question de la guerre durant notre conversation téléphonique.

Toutefois, après avoir raccroché, ma curiosité naturelle me pousse à vouloir en savoir un peu plus sur ce qui se passe vraiment à Bamako. Y a-t-il des refugiés dans la capitale ? Peut-on se déplacer sans aucun souci dans la ville ? Je décide par conséquent de passer un coup de fil à mon oncle.

A la première question, mon oncle me répond par l’affirmative. Quant à la seconde interrogation, il me donne une réponse pour le moins incroyable. « En fait, lorsque tu m’as appelé hier, j’étais dans le même autocar que des militaires maliens. Moi, j’allais un peu plus au nord, pour rendre visite à la famille et eux allaient sur le front. » Une guerre ne se déroulant jamais sans son lot de pénurie, l’on peut aisément se questionner sur  l’existence d’une pénurie alimentaire, d’eau potable ou encore de carburant dans le sud, bien qu’il n’y ait pas de zone de conflit dans cette région du pays. C’est donc tout naturellement que j’interroge mon oncle sur le manque de ce qui est nécessaire à Bamako. « Il ne faut pas trop s’inquiéter pour nous ; c’est calme à Bamako. De plus, nous avons de quoi manger à notre faim pour l’instant, même si je dois te dire que la vie devient un peu plus chère. »

Lorsque j’explique à mon oncle ce qui me pousse à lui poser ces questions et lui avoue que les journalistes français se plaignent du manque d’informations à propos de cette guerre, il me confie qu’à Bamako également, la population n’a droit qu’à des informations parcellaires. Une chose que je juge regrettable puisque la population se doit d’être informée sur ce conflit qui perdure sur le sol malien.

Je me demande donc si nous sommes en train d’assister à un  conflit verrouillé et sans image. Seul l’avenir nous le dira…

 

Mohamed K.

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