04:51 PM. Apple Store, 5th Avenue. « La vie doit continuer » soutient un homme. Aujourd’hui, New York s’est seulement souvenu de ces 2753 victimes… Et la vie continue.

04:16 PM. Bryant Park. Sur la pelouse du parc, 2753 chaises vides ont été installés. Sur une table, une machine à écrire est libre d’accès. Une femme y écrit un souvenir personnel du 11/09/2001 avant de le poster dans une boite.

03:31 PM. 5th Avenue. La vitrine de Saxs Company est recouverte de panneaux. Les 2753 noms de victimes y sont inscrits sur fond noir. Une femme, BlackBerry au poing, photographie deux noms qu’elle vient de repérer : « C’était un ami et le frère de mon ami. Ils sont morts dans l’attentat ». Elle se souvient.

02:45 PM. Central Park south. Une tente blanche est dressée en hommage aux victimes. En dessous des photos des disparus, les bougies se consument lentement. Un homme en allume une : « Je me souviens de ce jour terrible. La ville s’est soudainement arrêtée. J’habitais juste là et j’ai appris ça à la télé ». Sa femme supplie : « Dites à la France que contrairement au gouvernement, le peuple n’est pas pour la guerre en Irak, au Pakistan et en Afghanistan. On n’a pas besoin de tuer des civils pour combattre le terrorisme. Dites le ».

02:06 PM.Central Park, Manhattan. Les calèches embarquent les touristes et les taxis-vélos attendent patiemment les clients. Comme un dimanche, les joggeurs suent au rythme de leurs ipods fixés à leurs bras. Un match de football américain se dispute.

13:04 PM. 41st street, Manhattan. Conversation sur Facebook avec une amie de New York qu’on devait croiser aujourd’hui.

Sadae – Je suis vraiment désolée. Je ne pourrais pas venir vous voir aujourd’hui.

Mehdi et Badrou – Pourquoi ? On avait rendez vous sur la 5th Avenue, devant Apple.

– Oui, mais mes parents ne veulent pas. Et ceux de Karen et Sasha non plus.

– Pourquoi ?

– Ils ont dit aux informations, il y a deux jours, que des gens allaient se faire exploser dans une voiture à Manhattan.

– T’y crois vraiment ?

– Oui, c’est possible. Ces gens sont assez cons pour faire des choses comme ça.

– Depuis 2001, tu vis avec cette peur ?

– Non, par contre chaque 11 Septembre, j’ai peur.

– Tu te souviens du 11 Septembre 2001 ?

– Oui, j’étais à l’école, j’avais 6 ans. C’était ma première année. D’un coup, tout le monde a entendu parler de l’attaque et les parents ont commencé à venir chercher leurs enfants pour rentrer dans leurs maisons. J’ai attendu ma mère. Quand on est rentré, toutes les chaines parlaient des attaques et montraient les bâtiments détruits.

– Tu comprenais le terme d’attaque terroriste à 6 ans ?

– Pas du tout. Mes parents m’ont dit que des méchantes personnes avaient fait ça. J’étais trop jeune pour comprendre.

– On se voit demain alors ?

– Bien sûr !

12:40 PM. 42nd street, Manhattan. 40 blocs au nord de Ground Zero, à Times Square, la publicité est restée maitresse des lieux. Seul un panneau, entre coca-cola et une banque chinoise, fait flotter un drapeau américain en mémoire aux victimes du 11 Septembre 2001. Un touriste français passe par là : « On doit prendre notre avion, donc on a pas eu le temps d’aller à Ground Zero ». Et sa femme de surenchérir : « Je pensais que c’était un événement national, qu’on allait vraiment le vivre dans la ville. Mais ici, il n’y a aucun signe que c’est le 11 Septembre. C’est dommage ».

11:12 AM. Pendant que les fidèles se pressent à la Saint Paul Chapel, un groupe de personnes nous interpelle. Ils sont « complotistes ». « Al Qaida n’a pas pu faire ça tout seul, c’était préparé par le gouvernement, dit un homme, en nous montrant des photos des attentas de 2001. « Obama est le nouveau Bush. Avec lui, c’est la guerre, la guerre, la guerre. Et la guerre c’est de la merde« . Et d’expliquer : « L’avion n’a pu attaquer que la partie haute de la tour, mais en bas, on dénombre de nombreuses explosions ».

10:59 AM. 160 Broadway, Manhattan. Une femme distribue des portraits de Jésus, pendant qu’un homme, vêtu d’une longue robe blanche, appelle les gens à se « repentir, parce que la fin est proche ». Les policiers fouillent les personnes qui souhaitent s’approcher de Ground Zero.

10:39 AM. Rector Street, Manhattan. Tout le monde trimballe un petit drapeau américain, distribués un peu plus loin. Le quartier reste inaccessible.

10:10 AM. Chaque nom, de chaque victime est égrené. Ça résonne dans les rues alentours. Une femme écoute attentivement, de loin, bloquée derrière des barrières. « Je viens de Staten Island pour voir ce qui se passe ». Comme beaucoup, elle n’aura pas la chance de s’approcher. Très peu d’écrans retransmettent la cérémonie aux abords de Ground Zero.

09:36 AM. World Financial Center Plaza, Manhattan. Des tireurs sont postés sur le toit des bâtiments. Au bord de l’Upper Bay, beaucoup se promènent et font du sport. Comme d’habitude. Un immense bateau de l’armée américaine navigue.

08:46 AM. La minute où, il y a dix ans, la poussière a commencé à s’égarer. D’un coup, la rue devient silencieuse. Inaudible. Seuls quelques journalistes filment le moment de recueillement. Sur la tour en construction qui remplace les jumelles, le drapeau américain flotte.

08:44 AM. L’hymne nationale retentit. Amassés derrière une barrière, un peu plus loin, nous apercevons Ground Zero. Le chant national envahit les rues. Les yeux s’humidifient. Des journalistes filment ceux qui filment ceux qui pleurent. Les policiers chantonnent timidement.

08:31 AM. Rector Street, Manhattan. Des journalistes, venus couvrir l’événement, sont contraints d’envoyer leurs textes et images depuis le Dunkin’ Donuts, à une rue de Ground Zero. Dans la rue, un homme porte un drapeau avec tous les noms des victimes du 9/11.

8:05 AM. Wall Street, Manhattan. La bourse dort. Le quartier est bouclé. Impossible d’accéder à Ground Zero. « Revenez très tard ce soir » nous prévient un policier. Les barrières empêchent de s’approcher du Mémorial, où Obama et Bush semblent arrivés. 

7:51 AM. Court Street, Brooklyn. Le quartier se réveille, à quelques encablures de Ground Zero. La vie semble aller comme un dimanche matin. Certains s’engouffrent dans les églises, d’autres promènent leurs chiens en trottinant. Un hélicoptère quadrille le ciel.

0:43 AM. Amity Street, Brooklyn. La nuit s’est déposée comme un filet et a enrobé New York de toute sa noirceur. A l’emplacement des tours défuntes, deux immenses faisceaux lumineux blancs, visibles d’un bout à l’autre de la ville. Il y a dix ans régnaient encore les jumelles. Mais l’histoire a voulu que des furieux les emportent dans un tas de gravas. Réduites à néant, un beau mardi matin. Depuis dix ans, les images de ces avions sont ancrées dans les mémoires. Indélébiles. Depuis dix ans, le monde se souvient encore du 11 Septembre 2001. De cette minute, à 8h46. Inoubliable. Aujourd’hui, dix ans après, jour pour jour, vivez avec nous cette journée à New York, entre peur et quiétude, mémoires et craintes.

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah

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