A l’heure où vous lisez ces lignes, nous survolons l’océan Atlantique. A coups de réacteurs, les Etats-Unis se détachent. Et c’est triste. Quand on pose un pied à New York, il y est comme collé à jamais. New York est un rêve à chaque instant. Une destinée irréelle, tout le temps. New York est telle une bouche qui vous bouffe sans jamais vouloir vous recracher. Et nous, on voudrait y rester. Derniers mots des rappeurs de La Courneuve.

Flex : « Chaque quartier, ici, a son identité. A Harlem, je me sens chez moi. Il y a beaucoup de ressemblances avec La Courneuve : une forte population noire et un esprit accueillant, comme chez nous. A Harlem, je suis bien et j’y reviendrai. A Brooklyn, on a été dans une université pour présenter à des étudiants en architecture notre film qu’on avait réalisé à La Courneuve. On a vu qu’il y avait une bonne ambiance dans cette université. Pour moi, New York, ça devrait être la capitale des Etats-Unis, pas Washington, qui m’a paru être un quartier d’affaires. A New York, t’as jamais envie de dormir. La ville te fait vivre et tu vis la ville. Qu’il fasse froid ou chaud, t’es heureux d’être là, c’est le top du top ! Les Etats Unis, New York en tout cas, c’est encore mieux que je l’imaginais. »

Apo : « Je suis content de ce qu’on a fait. On a été au bout. Sauf pour la rencontre avec Obama, qui n’a pas eu lieu. Le reste, c’était bien. Au départ, je m’étais dit que c’était impossible. Que les Etats Unis, c’était trop loin. Surtout pour nous, des jeunes d’une cité de La Courneuve, aller à New York, tout frais payés, chanter devant 40 ambassadeurs, je pensais que c’était impossible. Maintenant, c’est pas fini. On peut faire encore plus de scènes et retourner à New York.

» Pour raconter ce voyage à ma famille et mes potes, ça va être simple, je vais leur dire : regardez un film américain, c’est pareil. Par rapport à notre film à nous, je suis content du résultat. Ça reflète bien nos vies à La Courneuve, ce qui s’y passe, ce qu’on y fait, comment on est. Enfin, pour le volet urbanisme du projet que nous avons étudié (la destruction imminente de la tour Balzac de La Courneuve), j’ai appris que ça ne servait à rien de la détruire. Ça ne va rien arranger ! Quand Balzac sera détruit, y’aura une concentration au Mail de Fontenay (une barre)… Les grands architectes avec qui nous avons travaillé étaient d’accord avec moi. »

Houssam : « Le premier souvenir pour moi : Times Square. C’est comme un rêve. C’est comme si on était dans un magasin Darty mais en 1000 fois mieux. Les écrans font la taille de mon bâtiment ! Alors Times Square, Times Square, Times Square ! Pour l’aspect projet, on était avec l’équipe et vous (Mehdi et Badroudine), c’était bien. Si j’avais dû faire quelque chose de plus pousser, j’aurais posé davantage ma voix avec les rappeurs. Moi, je suis danseur au départ, je ne fais du rap que depuis septembre. Je devais rencontrer une danseuse, ça n’a pas pu se faire.

» Sinon, en rap, le quartier nous a inspiré. Les gens, à Harlem notamment, ont une attitude, un flow quand ils parlent. J’ai commencé à parler anglais. Mais je suis français faut pas se mentir, et je parle la langue de Molière. Maintenant, on sera toujours reconnaissant envers l’association FACE et ceux qui ont pu mettre en place ce voyage. Pour le dernier mot : Burger King, Whoopers. Tous ceux qui sont venus aux USA comprendront : le Triple Whoopers. Un huuuum sandwich avec trois steaks, des tomates, de la salade, trois fromages et de l’oignon. Faut avoir un bide pour bouffer ça ! »

Kaiz : « Tout s’est bien passé. Si j’avais à dire une chose qui m’a choquée (il réfléchit), je sais pas. Il y a une chose, peut-être : c’est pas que ça m’a choqué, mais ça m’a quand même marqué. On a vu une fille voilée dans le lycée qu’on a visité dans le Bronx. Cette jeune fille voilée était en plus la présidente du Conseil de son lycée. De savoir qu’en France, on est en train de parler de l’interdiction de la burqa et que dans une enceinte scolaire on n’a pas le droit de porter le voile, et là c’est un tout autre débat. C’est pas un tabou et chacun est libre de faire ce qu’il veut. En tout cas, les Etats-Unis, c’est à voir, il faut y aller ! On reviendra, c’était juste les repérages pour l’instant. »

Mehdi et Badrou, tels des césarisés, voudraient remercier :

Jennifer Bullock et Lora Berg de l’ambassade des Etats-Unis à Paris qui ont soutenu financièrement le projet Our Better Angels (OBA) de Monte Laster et la participation de deux blogueurs du Bondy Blog à ce périple.
Sandrine et sa collègue de l’ambassade américaine à Paris qui se sont activées telles des piles électriques pour les papiers administratifs qui nous manquaient.
L’équipe du Bondy Blog (Serge Michel pour son prêt à taux zéro ; Khadija pour ses calculs parfaits et ses comptes ronds ; Faiza, Nordine et Widad pour leur soutien moral ; Antoine pour ses nocturnes à cause de ce foutu mais si agréable décalage horaire.
Monte Laster pour sa générosité, son inventivité et sa créativité (et bien plus, mais c’est compliqué de tout mettre sur cette page virtuelle).
Muriel Quancard pour ses appels incessants aux quatre coins des Etats-Unis pour faire de ce voyage un périple inoubliable et de ce projet une œuvre artistique incroyable.
Joanna pour son accent désopilant, que même on croyait passer nos journées avec Jane Birkin.
Mike pour son look, son entrain quotidien et ses réveils matinaux.
Edward, le directeur de la Biennale d’Harlem 2012, pour ses compliments.
Anne Elisabeth, à Washington, pour son accueil.

Et évidemment, ceux qui ont vécu comme nous ces moments de rêve. Les rappeurs : Banni pour sa sagesse et son ronflement attrayant ; Dayas pour sa lecture quotidienne de ce blog et ses techniques de drague, qu’on trouve moins chères à Lidl ; Sparte pour son rire surnaturel, Apo pour sa réquisition habituelle de nos biens matérielles au moment où on en a le plus besoin ; Ihab pour son organisation et son sérieux (pas que les autres soient des branleurs, mais bon) ; Flex pour ses reprises de Johnny et d’« Une souris verte » en rap, Kaiz pour sa réflexion et Houssam pour son amour des toilettes, ses mots qui s’échappent dans la nuit, son humour qui nous a parfois fait pleurer… de rire.

Les lecteurs, ceux qui ont aimé et ceux qui ont détesté.
Nos parents sans qui rien n’aurait été… Passons, on n’est pas aux César !
Mehdi voudrait remercier Badrou, Badrou voudrait remercier Mehdi.

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah

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