Vendredi matin, sept heures. Devant le siège de la Fédération sénégalaise de football (devenue Comité de normalisation pour quelques temps), sacs posés, par terre un groupe de gens discutent tranquillement. Le va et vient des voitures sur la Voie de dégagement nord (VDN), de Dakar, les laisse insensibles. Seul le périple qui s’annonce les préoccupe. Dakar-Banjul (capitale de la Gambie, pays enclavé dans le Sénégal) à bord d’un bus n’est pas une mince affaire, mais le jeu en vaut la chandelle. Ce sont les journalistes sportifs du Sénégal, soit une vingtaine de personnes.

Pour amoindrir les difficultés, l’Association nationale de la presse sportive sénégalaise (ANPS) fidèle à sa réputation, convoie ses membres en initiant une caravane de presse. Le portable collé à l’oreille, Youssouf Badji, trésorier-adjoint de la structure, s’affaire aux derniers réglages. Le temps passe, les voyageurs s’impatientent. Et les grincements de dents surviennent. « On nous avait convié à 7 heures du matin pour le départ. Où est le bus ? », s’interroge Alioune Badara Fall, le directeur de publication du bihebdomadaire sportif La Tribune. Aucune réponse. Les convoyeurs restent bouche cousue. Costume noir, lunettes bien vissées, Charles Faye, conseiller en communication du ministre des sports, rassure : « Le chauffeur s’est perdu. Nous venons de l’appeler. Nous allons partir bientôt. »

Après 1h30 de retard, le trajet peut être engagé. Alioune Mbaye, le photographe de l’Agence panafricaine de presse (PANA) s’improvise imam. « Récitez chacun trois fois les trois dernières sourates du Saint Coran », invite-t-il. Et les voyageurs de suivre l’instruction. Lui emboîtant le pas, Viyé Dabo (vice-président de l’ANPS), le chef de délégation, donne ses directives. « Il faut garder notre calme face aux potentielles tracasseries de la police gambienne. Nous allons en territoire étranger, gardons donc notre sérénité », demande-t-il à ses confrères.

Le bus a pris plus de trois heures pour rallier la capitale du Saloum (zone centre du Sénégal). Une chaleur accablante nous accueille à Kaolack (190 km à l’est de Dakar), les premiers signes de fatigue se font sentir. La présence d’un grand nombre de motocyclettes donne à cette ville l’image de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso. La caravane reprend la route après une pause déjeuner d’une heure.

Le calvaire peut commencer ! La route Kaolack-Passy n’est que nids de poule. Le bus par moment quitte la chaussée pour entrer dans les champs. Nous arrivons à Garang, le dernier village sénégalais, à 15 heures. Les formalités de police et de douanes durent une vingtaine de minutes. Ouf, tout se passe bien et sans temps perdu.

Un panneau avec l’inscription « Welcome to Gambia » annonce que nous ne sommes plus au Sénégal. Bonjour la Gambie. Le paysage change complètement. Partout des flaques d’eau et une certaine verdure. L’hivernage (saison des pluies) s’est installé dans le pays de Yaya Jammeh (président de la République). Nous parcourons une soixantaine de kilomètres pour arriver au ferry (appelé communément bac) qui nous permettra de traverser le fleuve Gambie.

Il faut un certain entregent auprès des employés du ferry pour ne pas y rester trop longtemps malgré la fille de véhicules en attente. Mission rapidement accomplie par le chef de délégation. Mais il faudra néanmoins attendre qu’un bateau arrive. Nous sommes « honorés » par l’arrivée de celui qui porte le nom du village du président gambien « Kanila ». Nous embarquons. La traversée durera une trentaine de minutes au cours desquelles les discussions deviennent plus professionnelles et techniques. Les journalistes y vont de commentaires sur les joueurs de l’équipe nationale du Sénégal et leur style de jeu individuel.

Cette discussion sera interrompue lorsque l’un d’eux viendra annoncer que nous avons étés victime d’une arnaque… En attendant que le bac arrive, comme les réseaux de téléphonie mobile sénégalais devenaient difficiles à capter. La bonne majorité de la délégation a achetée une puce locale qu’un marchand ambulant est venu nous proposer. Une quinzaine de personnes lui ont donc pris une carte sim au coût de 2000 Fcfa. En réalité, nous venions d’apprendre que cette puce est normalement vendue 1000 Fcfa. « A chacun sa chance », ont commenté – très philosophiquement – certains tandis que d’autres promettaient de lui faire sa fête s’ils tombaient sur lui au retour.

Arrivé de l’autre côté du fleuve, le ferry accoste dans un gros bruit de moteur. Notre bus qui n’avait connu aucun problème, depuis notre départ de Dakar, refuse de démarrer. Nous tombons des nues. La société locatrice est certainement l’une des plus importantes du pays et est la plus visible par ses actions publicitaires ! Chacun fait part de son étonnement de constater qu’un de leur bus ne puisse pas démarrer…

Et nos éminents journalistes sportifs sénégalais de se transformer en pousseurs d’autocar de 50 places. Finalement, avec l’aide de quelques personnes, nous arrivons à le faire sortir du « Kanila » et voici que la mécanique se remet en marche. Bienvenue à Banjul.

Hady Cisse (Dakar Bondy Blog)

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