Les conférences ont beau être intéressantes, très vite, l’envie de nous échapper du Goethe Institut se fait ressentir : l’attrait de l’école buissonnière ? Peut-être. Le désir d’aller à la rencontre de la banlieue allemande ? Sûrement. Et puis revenir avec pour seules images le marché de noël… Non. C’est surtout cette impression que nous avons depuis que nous sommes à Munich : celle de nous trouver dans un grand village. Pour nous, Banlieusards, c’est avec une certaine curiosité que l’on s’interroge sur ce à quoi peut bien ressembler la banlieue de cette ville bien propre. Mais où sont donc les cités ?

Pas sur les plans urbains en tout cas. Aucune carte de la ville ne semble tenue au courant qu’il existe un « au-delà ». Premier réflexe : demander notre chemin à quelqu’un… Mais au vu de notre niveau linguistique – qui se limite à deux chansons allemandes -, cela ne s’annonce pas évident. Nous nous tournons donc vers Internet ; s’il y existe un interprète universel, c’est bien lui. Hélas, rien ! A nouveau aucune information, pas une seule direction dans laquelle s’engager. Tant pis ! On y ira à l’aveugle.

Nous prenons donc le train, nous disant que nous finirons bien par tomber sur de grands ensembles de bâtiments. Les voies souterraines du métro munichois ne nous dépaysant pas tellement du gruyère parisien, et nous montons dans le premier train qui passe en espérant atterrir dans le 9-3 allemand. Enfin ! Les premières barres apparaissent : on descend. Raté ! Apparemment, nous sommes dans une cité universitaire… Nous reprenons le métro.

Après quelques minutes, nous traversons ce qui nous paraît une « cité » aux murs gris. Encore raté ! La grisaille laisse très vite la place à l’équivalent de la cité des fleurs de Bondy, avec des petits commerces en bas des immeubles, des vélos un peu partout – attachés à eux-mêmes – et de belles statues qui décorent les tours ! A la quatrième tentative, nous abandonnons : les quartiers que nous avons traversés sont nickels et, hormis les personnes qui rentrent du boulot, personne dehors. Et cette sensation de calme…

De retour dans le centre-ville, nous rencontrons Fanny avec qui nous avions rendez-vous. Cette charmante étudiante en politique culturelle, venue assister aux rencontres « Banlieues d’Europe » a accepté de nous servir d’interprète, l’espace d’une heure, pour faire un petit micro-trottoir. En interceptant les passants, nous leur demandons de parler de leurs banlieues. Rien à voir avec nos « cités dortoirs », disent-ils. Sauf peut-être à Berlin où la situation est tout de même loin du « chaos » français. Mais alors ? Qu’est-ce qui peut bien faire la différence entre la périphérie urbaine de l’Allemagne et celle de la France ?

Une dame avance que c’est peut-être parce qu’il y a moins d’immigrés et que la communauté turque est beaucoup mieux intégrée, puisque présente depuis longtemps. D’autres pensent que c’est parce que les conditions sociales en Allemagne sont meilleures et qu’il y a beaucoup moins de chômage. Enfin une dernière personne nous raconte : « Je crois savoir qu’en France les banlieues sont enclavées, ce qui créé des ghettos. Tandis qu’en Allemagne, la banlieue, c’est comme plein de petits villages côte à côte ; ce qui permet de ne pas enfermer les quartiers, malgré le fait qu’ici aussi on se rende bien compte que les communautés restent entre elles. » Quant à ce qu’ils pensent des scènes d’émeutes dans les banlieues françaises, ça ne les a pas choqués plus que ça. Cela correspond à l’idée qu’ils s’en font.

Finalement, la banlieue allemande nous est restée insaisissable. Pour la simple et bonne raison qu’elle ne se résume pas qu’à du béton et de la grisaille. Si la banlieue a ses particularismes, suivant qu’elle est française ou allemande, elle n’en demeure pas moins une question de perceptions : Dis-moi comment tu la vois et je te dirais comment tu l’imagines !

Fethi Ichou

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