A peine âgé de 19 ans, David était appelé sous les drapeaux. Douze mois dans Berlin, loin de tout. A l’époque, il ne savait pas que cette période allait marquer sa vie à jamais. Il avoue que les « débuts ont été très difficiles ». En plus de quitter sa famille, il avait « l’impression d’être un simple numéro, un simple matricule ». Lorsqu’il est arrivé dans le quartier « Napoléon », il se sentait tout petit face aux immenses bâtiments, aux grands espaces verts, et à toutes ces allées qui n’en finissaient plus.

Pour ce qui est de l’encadrement, « les militaires engagés, nos encadrants, nous ont fait tout de suite marcher au pas, c’était un régiment disciplinaire avec beaucoup de défilés au programme ainsi que des manœuvres, des stages commandos, des séances de tir et du sport tous les matins ».  A peine dans le bain de l’ambiance militaire, le voilà dans sa compagnie d’affectation, avec son lit dans une chambre collective. Il est « bidasse pour au moins douze mois ».

Ses obligations militaires dans la journée étaient contraignantes mais le soir c’était tout autre chose : quartier libre presque toutes les nuits, sauf exception. Activités principales lors de ces soirées berlinoises ? « Aller boire un petit coup dans des bars restos sympas au centre de Berlin. » Il lui fallait absolument être présent pour la levée des couleurs vers 6h30-7h et très souvent, David et ses camarades se demandaient comment ils étaient arrivés jusqu’à leur quartier Napoléon avec les litres de bière qui avaient coulé à flot dans leurs gosiers. Les balades dans les quartiers de cette métropole étaient tellement agréables qu’ils avaient du mal à rentrer à la caserne. Ces virées nocturnes étaient exquises sur le moment mais les lendemains étaient un peu plus compliqués.

David raconte que la première s’est faite attendre : « La première n’est venue qu’après deux mois et demi de classes et cela a été très long car les classes sont assez éprouvantes mentalement et physiquement, tellement éprouvantes que beaucoup ont craqué, il y a même eu des suicides pour diverses raisons. » Deux autres permissions se sont ajoutées à la première d’une durée plus longue cette fois : « Dix à quinze jours avec un trajet en train militaire de Berlin à Strasbourg et ensuite train civil jusqu’au domicile. » Ces permissions lui permettaient de retrouver sa famille et de souffler un peu pour repartir plus fort.

Il faut dire que l’ambiance au début était assez froide t à la caserne : « Il a fallu se faire une place au milieu des anciens bientôt libérables et des militaires engagés. Cependant il y avait beaucoup de solidarité, beaucoup d’entraide entre nous dans les moments difficiles. Se dire qu’on est tous dans la même galère ne peut qu’engendrer une bonne ambiance. J’ai vu des gars pleurer car ils ne voulaient pas laisser leurs camarades sur Berlin. Alors oui, c’est vraiment un moment de vie important pour se construire dans l’avenir, je l’admets. »

Après 12 mois de « loyaux services », de délires entres potes, de côtoiement avec ce fameux Mur encore présent au moment du service,  le retour à la vie civile a été plutôt difficile : « Je  ne me suis pas senti en osmose avec ce monde là, Berlin, les potes, les moments difficiles, les virées nocturnes, la bière, bref tout me manquait déjà. » Pour David c’est vraiment une ville à découvrir et à ce jour son plus grand regret « est de ne pas avoir signé un engagement pour devenir militaire de carrière et passer du temps encore parmi les Berlinois ». Il aimerait beaucoup y retourner et à chaque documentaire qui parle de cette ville, il s’y intéresse avec ferveur. Berlin et ce qui s’est passé là-bas, il ne l’oubliera jamais.

Jessica Fiscal

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