Depuis 2006, la guerre des narcos qui sévit au Mexique, et pas seulement dans le nord du pays, aurait provoqué plus de 50 000 morts. Dans ce climat, les journalistes sont en première ligne, difficile de relayer l’information dans les médias traditionnels et les assassinats sont fréquents. Cependant toute une blogosphère s’organise.

Le Mexique au-delà de ses belles plages paradisiaques de Cancún et Playa Del Carmen, est un pays qui est formellement une démocratie, mais où les professionnels des médias paient très cher leur volonté d’informer. C’est le pays qui compte le plus grand nombre de journalistes assassinés. Quatre vingt sept journalistes tués ces 12 dernières années. L’année 2013 n’y a pas échappé, on recense quatre journalistes assassinés, trois disparus et 12 agressés ou menacés. En 2013 le Mexique occupait la 152e position sur 180 pays au classement mondial de la liberté de la presse selon Reporters sans frontières.

Il peut être plus dangereux d’enquêter au Mexique que dans les pays en guerre. C’est un pays où la carte de presse et le statut de journaliste n’existent pas. Un pays gangrené par les cartels de la drogue qui infiltrent toutes les institutions et menacent les journalistes qui voudraient trop en dire. Parce qu’il est désormais établi que 40% des agressions de journalistes sont commises par des fonctionnaires publics.

GetAttachmentGetAttachmentRégina Martinez est devenue le symbole de cette profession devenue impossible. Cette journaliste du magazine Proceso qui avait signé 63 articles pour dénoncer la corruption ou la violation des droits humains a été assassinée le 26 avril 2012. L’enquête sur la mort de Regina Martinez a conclu à un simple cambriolage qui aurait mal tourné. Pour ses confrères, il ne fait aucun doute qu’elle a payé sa liberté de parole. Régulièrement des manifestations évoquent sa mémoire et militent pour le droit d’exercer le métier de journaliste sans risquer sa vie. Avec ce slogan « No se mata la verdad, matando periodista » (On ne tue pas la vérité en assassinant des journalistes).

Il est devenu quasiment impossible d’informer sur la réalité de ce qui se passe au Mexique et nombre de journaux préfèrent ne rien publier sur le trafic de drogue, la corruption, la collusion entre cartels et pouvoir par peur des représailles : l’auto censure tient lieu de ligne éditoriale.

1-facultad-de-teatroOn ne peut pas imaginer la pression exercée sur tous les journalistes qui souhaitent faire leurs métiers correctement. Ce sont des journalistes qui meurent ou qui s’autocensurent pour rester en vie ou qui acceptent quasi officiellement de se taire. Les deux grands média télévisés mexicains ont, en 2012, sous la pression de Felipe Calderón, président de l’époque, signé une charte d’autorégulation qui les engage à parler au minimum des exactions des cartels, au motif que cela plombe le moral des mexicains. Résultat, qui informe désormais au Mexique ?

Des journalistes dissidents ou des citoyens eux-mêmes s’improvisent journalistes et prennent la plume pour relayer ce dont on ne parle ni dans la presse ni dans les journaux télévisés. À l’aide de leurs téléphones portables, leurs tablettes, des blogs, un papier et des stylos, ils s’efforcent de relater tous les faits divers ou autres actualités dans leurs villes. Cela a donné naissance à des blogs, comme le Blog Del Narco, fondé par une jeune journaliste de 25 ans aujourd’hui exilée mais qui relate en temps réel les fusillades et les affrontements, histoire de prévenir la population des dangers de cette guerre urbaine.

Chaque ville du Mexique possède désormais sa page twitter anti narco. D’autres sites vont plus loin et diffusent des vidéos de scènes de crime qui font débat aussi là-bas au Mexique. Parmi les blogs, il y a le blog de Jorge luis Aguirre, La Polaka, le premier journaliste mexicain à avoir reçu l’asile aux Etats-Unis après avoir reçu des menaces de mort des autorités de l’Etat de Chihuahua.

De nombreux forums sociaux de ce genre existent sur la toile et les « citoyens journalistes » utilisent de plus en plus Twitter et les réseaux sociaux : NuevolaredoenvivoValor por Tamaulipas et sur TwitterSur Youtube, une grande quantité de vidéos tournées par des citoyens qui ont assisté à des affrontements et des fusillades circulent. Beaucoup d’entre eux reçoivent des menaces de mort et sont contraints de partir.

Comme Emilio le créateur du site Agora Guerrero, suivi par plus de 50 000 internautes à Acapulco, station balnéaire de la côte Pacifique, théâtre d’incessants affrontements entre gangs. Mais les médias citoyens ne sont pas à l’abri des représailles si leurs informations ne sont pas du goût des narcos trafiquants. Pressé par l’un des cartels d’Acapulco de diffuser un message nuisant à un rival, Emilio Lugo a refusé. Après avoir reçu des menaces de mort à répétition, il s’est vu forcé de quitter la ville. Son blog survit aujourd’hui grâce au soutien de reporters-citoyens. D’un côté, il s’agit de dénoncer et de montrer la violence des cartels. De l’autre, il s’agit de ne pas faire le jeu des narcos trafiquants qui manipulent la presse ou les journalistes citoyens pour faire peur et se faire de la publicité .

Mohamed Mezerai

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