L’envie de s’ouvrir au monde, de découvrir de nouveaux horizons, de devenir un vrai pro de la langue de Shakespeare… et pour le soleil ! Voilà les raisons qui ont poussé deux Bondynois, Kévin Paris (t-shirt blanc) et Mickaël Jannet (sweat foncé), tous deux 20 ans, à partir à l’autre bout du monde. En Australie. La destination phare de ces dernières années. Les petits Frenchies, mais pas qu’eux, en raffolent. L’Australie c’est l’exotisme. Vingt-deux heures d’avion pour l’atteindre, un voyage « vraiment long ! », résume Kévin.

Pour avoir assisté au pot de départ des deux gars, je peux affirmer qu’ils sont partis « à l’arrache ». Un billet aller/retour (le retour non daté), un sac à dos de randonnée rempli d’affaires, une vingtaine de photocopies du CV, un peu d’argent et déjà des idées plein la tête. Question logement ? « On verra sur place ! » Je les ai quittés contents et impatients le 4 octobre dernier.

Il est temps de faire le point avec les deux expats. Kévin raconte les débuts sur place : « On a tout de suite trouvé une auberge de jeunesse, dite backpacker ici. A Sydney c’est vraiment facile, t’as un quartier pour ça : King Cross. Les backpackers c’est l’idéal pour rencontrer du monde mais on y trouve beaucoup de Français, pas top quand on veut pratiquer l’anglais sitôt débarqués de l’avion. » Depuis, ils ont rencontré de « vrais » Australiens et de jeunes Anglais, notamment, avec qui ils font la fête et partagent leur temps libre : « On connaît un peu tout le monde dans notre backpacker et on y est souvent, comme ça on est avec les potes et on parle anglais. D’ailleurs mon niveau dans la langue de Shakespeare s’améliore, j’arrive pas mal à me faire comprendre. C’est prometteur ! »

Bon, les backpackers, on l’a compris, sont le moyen idéal pour tisser de nouveaux liens en un minimum de temps. Mais ça a son prix : « Cent soixante dollars la semaine par personne. Du coup on a décidé d’acheter un van et de vivre dedans, on le revendra avant de rentrer en France. » Il a d’abord fallu lui redonner une seconde jeunesse, « à 2500 dollars, il était un peu pourri ». En effet, « les portes ne fermaient pas derrière, ni le coffre et rien n’était encore aménagé. On a dû s’y mettre vite. » Le résultat est là puisque les deux amis peuvent maintenant y dormir.

Puis il fallu trouver un petit boulot. Un problème qui n’en est pas un au vu de l’apparente facilité avec laquelle ils en ont décroché un : « On a mis dix minutes ! On a cherché dans les petites annonces urgentes sur Gumtree, c’est le site ultra-connu ici. On a envoyé un mail et dix minutes après, on a été contacté pour aller travailler le lendemain. » Ça fait donc des semaines qu’ils posent des affiches sur les poteaux de la ville de Sydney. « C’est boring mais ça rapporte environ 16 dollars de l’heure. En comparant avec la France, ça donne 2000 euros par mois environ. »

Seule ombre au tableau : le contrat n’a été établi qu’après deux semaines de travail. Pendant ce laps de temps ils n’ont perçu aucun salaire. Kévin ne s’en est pas inquiété et souligne « qu’ici c’est une mentalité différente de celle de la France, on fait plus confiance aux gens ».

Les deux baroudeurs ont signé leur contrat depuis, à l’aide du Tax File Number (TFN), qu’ils ont reçu peu de temps avant. Il s’agit d’un numéro unique qui identifie la personne qui le détient comme un travailleur australien. Il est délivré par l’Australian Taxation Office (ATO). Ainsi, grâce au TFN ils ne sont taxés qu’à hauteur de 30% par l’Etat au lieu de 47%. Un bénéfice non négligeable pour les Frenchies. Quand ils partiront d’Australie, ils pourront récupérer ce qu’ils ont payé de taxes grâce à TaxBack.com, sauf que « l’argent, on en a besoin maintenant… ».

En Australie, les saisons sont inversées par rapport à celles de l’hémisphère Nord. C’est l’été de décembre à février et l’hiver de juin à septembre. Question météo, environnement et culture, Kévin raconte : « Les températures oscillent entre 25 et 29 degrés, le climat est très changeant », et pas le temps pour le farniente. « On a été à la plage une seule fois pour l’instant parce qu’on travaille beaucoup et qu’on a beaucoup de choses à faire. »

Même avec peu de temps de libre, « Kéké »  voit l’essentiel : « Ici, c’est le monde de Peter Pan. Les gens ont peur des flics et ils laissent leurs voitures ouvertes. La confiance règne. » Un choc pour nos deux Français, étonnés par ailleurs du prix élevé de l’alcool : « Quarante dollars la bouteille de vodka de base ! » La nourriture, elle, est très abordable et les fins œnologues et autres alcoologues n’ont qu’à aller se rhabiller à moins d’y mettre le prix. Les jeunes fêtards australiens se rabattent donc sur la bière et « le vin dégueulasse ». « Il y en a à dix dollars les quatre litres. »

Niveau musique « RAS », mais la mode, c’est autre chose : « Les filles s’habillent ultra-court. Le bonheur de tous les mecs. C’est à rendre fou. Mini-jupes de partout, sans parler des petites robes. » Les hommes ne sont pas en reste puisqu’ils « marchent à la musculation et aux protéines. Il y a des magasins de muscu et de protéines, des bars protéinés, de jus. Des bars de jus de fruits protéinés. » 

Kévin et Mickaël sont en mal de leurs proches, même si « Micky a eu une courte histoire avec une fille d’ici ». De son côté Kévin n’a pas eu de « crush » : « Laura (ndlr : sa petite amie restée à Bondy) me manque énormément et ça nous rend fous tous les deux ! » Heureusement, la technologue rapproche : « On se débrouille avec les téléphones du boulot, Skype ou encore les SMS. » Une aventure qui devrait durer jusqu’en juin 2011.

Amandine Liard

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