C’est le Mortal combat, « un Match Ktila » comme on dit au bled. Ça n’a pas encore commencé sur le terrain, autour d’un ballon, mais plutôt dehors, autour de pierres et de gravillons. Deux clubs locaux s’opposent : l’Union sportive de la médina d’El-Harrach (USMH)  et le Raed club de Kouba (RCK), grand favoris et longtemps en tête de classement. L’enjeu est de taille : le winner sera propulsé en division 1 ! Le perdant aura sur lui « l’hchouma », la honte quoi ! Et un match nul n’arrangera aucun parti. La rencontre aura lieu ce soir au stade de Belhaddad de Kouba, arbitré par un trio tunisien.

Mais les supporters n’ont pas attendu, comme le rapporte dans ses colonnes le quotidien Le Soir d’Algérie : « Plusieurs centaines de supporters d’El-Harrach ont tenté de rallier la commune de Kouba durant la soirée de mardi à mercredi.  » Ils sont arrivés par Bachdjerrah et la cité la Montagne. Les premières bagarres avec les supporters de Kouba ont éclaté à Haï-El- Badr (Lotissement Michel) « , ont indiqué, hier, des témoins oculaires. »

Tout a commencé par une histoire de billets et de quotas. Ici, pas de banderole contre les Chti’s, les supporters brandissent carrément des pelles et des bâtons et scandent : « Tiki makach, El-Harrach ma tatlaâche » (pas de ticket, pas d’accession pour El-Harrach).

Selon le magazine bimensuel Courrier d’Algérie : « L’APC (Assemblé populaire et communale) de Kouba a refusé dans un premier temps la vente des billets aux supporters d’El Harrach. Mais, devant leur colère, les autorités locales, en concertation avec les dirigeants des deux clubs et la Sûreté nationale, ont pris la décision de limiter le nombre de billets à vendre pour cette rencontre à 8 000, dont un 1/3 sera réservé aux Harrachis. Mécontent du changement de la décision des autorités, un groupe de supporters du RC Kouba n’a pas trouvé mieux que de se présenter armé au niveau du siège de l’APC, pour exiger plus de places. »

On apprend toujours du même magazine que c’est vers 18 heures, le mardi 20 mai que des supporters d’El Harrach surgissent avec des objets contondants en tous genres. Qui avec un bâton, qui avec une épée, se dirigeant vers le lotissement Michel, pour en découdre avec les supporters du RCK.

Le journal rapporte que les échauffourées qui s’ensuivirent, vers 20 heures, ont donné lieu à des empoignades de grande ampleur. Les services de sécurité ont eu beaucoup de mal à séparer les protagonistes. La séparation des rivaux n’a pu se faire qu’à deux heures du matin après que les forces de l’ordre eurent « mis le paquet ». Le nombre élevé de policiers blessés s’explique par le fait que ces derniers ont été pris en étau entre les deux camps, inconscients de la tournure qu’ils font prendre à une rencontre de football. Malheureusement, les appels au calme sont restés lettre morte. Le bilan aurait pu être plus lourd tellement les esprits étaient surchauffés.

Les organisateurs prévoient un dispositif de sécurité exceptionnel pour combler l’ardeur de violence qui anime certains « supporters ». D’ailleurs plus de 5000 policiers seront mobilisés selon la Sûreté nationale, afin d’assurer le bon déroulement de la rencontre et la sortie de stade.

Le bimensuel fini son dossier de presse avec : « Avant l’octroi d’un quota de billets aux supporters d’El Harrach, ces derniers étaient décidés à pénétrer de force dans les appartements des immeubles avoisinants pour pouvoir suivre la rencontre à partir des balcons de la cité El Bahia. Hier encore, pour l’anecdote, ces derniers ont orné, aux couleurs du club de l’USMH, un dromadaire. En cas de victoire, les Harrachis promettent de faire un méchoui de ce chameau devant la villa de Talbi, l’ancien joueur et ex-président du RCK. »

Ce n’est pas les stades qui manquent dans ce pays, alors pourquoi organiser une telle rencontre dans une si petite enceinte ?

Après s’être battus entre eux, les supporters s’en prennent aux policiers


Lamontan
envoyé par Bondy_Blog

Malik Youssef

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