Ce vendredi, près de 46 millions d’Iraniens sont appelés à participer aux élections présidentielles. Ceux de la diaspora pourront voter dans les consulats. Haythem, 25 ans, fait partie des rares jeunes Franco-Iraniens à se rendre aux urnes. Né en France et ayant grandi à Courbevoie en banlieue parisienne, voter est pour lui synonyme de « respect envers [son] pays d’origine ». Le jeune homme ne donnera pas sa voix à Mir Hossein Moussavi.

L’adversaire le plus sérieux du président sortant, Mahmoud Ahmadinejad, est pourtant décrit dans les médias occidentaux, comme le candidat des jeunes et des femmes. L’épouse du candidat Moussavi, Zahra Rahnavard, joue un rôle central dans la campagne de son époux. L’opposant à Ahmadinejad a mis en place une stratégie de communication incisive sur la toile : compte Twitter, page Facebook et chaîne sur Youtube. Sur cette dernière, ses clips de campagne s’accompagnent de musique hip-hop iranienne dernier cri et d’un slogan obamanesque : « Vote for change ».

Haythem, pourtant, votera Ahmadinejad. « C’est le seul homme, le seul chef d’Etat qui me fait vibrer le cœur quand il prononce ses discours, confie le jeune homme. C’est un président simple. Moussavi est juste un candidat à la botte des Occidentaux. Mettre un président modéré fera leurs affaires, et celles des Etats-Unis avant tout. »

Haythem se définit comme un Iranien et reproche à la France ses positionnements « diabolisant » l’Iran, et aux médias, les « stéréotypes » qu’ils véhiculent : « Je me souviens avoir beaucoup souffert, petit, des images de « Jamais sans ma fille » ou des clichés du style Iranien =islamiste=terroriste. Les gens ne connaissent pas l’Iran, son histoire, ses gens. » Haythem affirme être un des seuls jeunes parmi ses proches de nationalité iranienne à se rendre aux urnes : « Mes potes se foutent des élections, s’énerve-t-il. Ils ne s’intéressent pas à la politique de leur pays et aller voter, ils n’y pensent même pas. »

Farah, jeune étudiante franco-iranienne de 20 ans, a été prise dans le tourbillon Moussavi. « J’ai rejoint les amis de Moussavi sur Facebook et c’est vrai que l’on se prend à rêver de changement. Je ne sais pas qui il est, ni d’où il vient mais l’Iran, ma famille là-bas, a besoin de changement. » Omid, 25 ans, d’Antony, étudiant lui aussi, ne croit pas à un possible changement en Iran. Pas plus qu’à un sursaut démocratique qu’incarnerait Moussavi. « Moi, je ne le connais pas. C’est la première fois qu’on entend parler de lui depuis longtemps. Tout ce que je vois, c’est qu’on essaye de nous faire croire au changement avec une campagne à l’américaine. Avec Moussavi et sa femme, on essaie de nous vendre du Bill et Hillary. C’est n’importe quoi ! Moussavi est un homme du système, il a été premier ministre pendant la guerre Iran-Irak et là, il arrive après 20 ans d’absence. »

Omid ne votera pas mais son cousin des quartiers populaires du sud de Téhéran sait déjà quel bulletin de vote il glissera dans l’urne. « Il votera Ahmadinejad parce qu’on le connaît, qu’on sait qui il est et qu’il n’y aura pas de mauvaises surprises. » Omid, lui, en est convaincu, Ahmedinejad ou un autre, le système de la République islamique ne bougera pas : « C’est un système hyper bien ficelé. Tous les candidats sont des hommes qui y appartiennent. L’élection d’un nouveau président, même réformateur, ne va pas le changer. »

Siamak, Franco-Iranien de 29 ans qui vit à Asnières-sur-Seine, partage cette opinion. « Je m’intéresse aux élections, car c’est un évènement important et l’issue du vote m’intéresse. Mais en même temps, je n’ai pas de grandes attentes quant aux résultats et à ce qui peut se passer par la suite. Moussavi est un homme du pouvoir et est responsable de 30 000 exécutions de prisonniers. Ce n’est pas Gandhi ! C’est un khomeyniste qui a exercé le pouvoir avant tout. »

Si Omid et Siamak n’éprouvent aucune sympathie pour l’autoritarisme du régime, ils ne souhaitent pas non plus abonder dans ce qu’ils nomment des « clichés » sur l’Iran. « Moi, confie Siamak, je ne suis pas musulman mais ce n’est pas parce que ce gouvernement autoritaire est islamique que je suis anti-islamique. Les Iraniens de la diaspora eux-mêmes alimentent ces stéréotypes sur l’Iran. Mais ce sont les enfants des royalistes qui ont fui le régime islamique. » Et Omid d’ajouter : « Je m’entends rarement avec les jeunes Iraniens de la diaspora. La plupart sont les héritiers de la bourgeoisie royaliste qui a quitté l’Iran et qui ne pensent qu’à eux. »

Omid qui se sent « profondément iranien », s’inquiète surtout pour la jeunesse d’Iran, ses cousins et cousines qu’il aimerait pouvoir aider mais pour qui il ne peut rien : « J’aime l’Iran, c’est mon héritage, mon identité, ce que m’a laissé mon père. Je n’ai que cela. Je ne supporte pas la diabolisation que l’on fait de mon pays. Mais c’est surtout pour la jeune génération que je m’inquiète. C’est une génération sacrifiée, flinguée qui vit dans une prison à ciel ouvert. Aujourd’hui, en plus du chômage et des difficultés économiques, beaucoup, et j’en ai dans ma famille, sont tombés dans la drogue. Les jeunes disent à leurs parents : vous avez vécu votre révolution mais regardez quelle merde nous on récolte derrière. »

A 10 heures ce matin, Haythem déposera son bulletin de vote « Ahmadinejad » dans l’urne du consulat iranien de Paris. Dans six mois, c’est en Iran qu’il fera sa nouvelle vie. Le jeune homme a décidé de s’y installer et de tenter l’aventure à Téhéran avec son père. Il jugera par lui-même de la pertinence ou non de son vote.

Nassira El Moaddem

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