Le meurtre de Mickael Brown à Fergusson, dans le Missouri, a ravivé les tensions autour des droits civiques entre la communauté noire et blanche aux Etats-Unis. De nombreux artistes se sont manifestés, appelant Obama à réagir. 

« Honorez votre fils et sa vie, et non les circonstances de ses méfaits supposés. J’ai toujours dit que Trayvon n’était pas parfait. Mais personne ne me convaincra que mon fils méritait d’être poursuivi et tué. Personne ne peut vous persuader que Michael méritait d’être exécuté. Sachez ceci : leurs vies n’auront pas été vaines. L’exaltation de nos communautés doit perdurer. Lorsque nous nous battons contre l’injustice, nous accédons par la même occasion à une tribune. S’ils refusent de nous écouter, nous les ferons nous sentir. »

Ces mots sont ceux de Sybrina Fulton, dans sa lettre publiée dans le Time le 18 août dernier, à l’adresse de Leslie McSpadden. Cette lettre n’est autre que celle d’une mère indignée d’avoir perdu injustement son fils, Trayvon Martin, adolescent de 17 ans assassiné le 26 février 2013 dans une rue de Stanford en Floride par un civil armé. Cette lettre s’adresse à une autre mère indignée, Leslie McSpadden, la mère de Michael Brown, jeune de 18 ans exécuté lui aussi le 9 août dernier à Ferguson dans le Missouri. Le décès d’un jeune afro-américain de plus, qui a commencé comme un banal dérapage policier, mais qui a fini par secouer toute l’Amérique, puis le monde entier. Le décès d’un jeune afro-américain de trop, puisqu’en l’espace d’un mois, il y en a eu quatre autres, des hommes non armés et assassinés en toute impunité par des hommes de loi, eux tous blancs.

L’annonce du décès de Michael Brown a fait écho dans la ville de Ferguson qui a été au cœur de nombreuses émeutes et manifestations pacifiques pendant plus d’une semaine. Des manifestations pour la colère, la peine, la compassion et la soif de changement. Des émeutes contre la violence, le climat constamment tendu et la frustration de revoir en boucle se répéter la même histoire. Les émeutes prenant de l’ampleur, la police locale a reçu l’aide de la police d’État. Les troupes se sont déployées le 18 août, puis se sont finalement retirées jeudi 21 août suite à l’amélioration de la situation à Ferguson.

L’apaisement des tensions n’aurait certainement pas eu lieu sans l’aide des discours pacifistes de responsables religieux, de la mobilisation massive de la communauté noire et l’encouragement à la paix souhaité par les parents de Michael Brown. Lors des manifestations, de nombreuses associations des quartiers populaires ont pris les devants et se sont imposées sur la scène médiatique avec des slogans fort et marquant comme « Hands up, don’t shoot » ou « No justice, no peace » qui sont devenus les devises des militants.

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Photos de @The_Blackness48 à Howard le 14 août dernier postée sur Twitter

L’événement tragique prenant de l’ampleur, l’attention portée autour de Michael Brown ne cesse de grandir. Les médias américains se sont emparés du sujet et les manifestations s’étalent à présent de New York à Los Angeles. Les réactions des politiques à propos des violences continues dans les banlieues sont très attendues. Pourtant, rares ont été les politiques qui se sont engagés à répondre aux interrogations ou proposer des solutions. Le silence du Président dérange, d’autant plus que certains s’adonnent à faire du bruit pour qu’on leur réponde.

Face aux attentes des citoyens et au tragique silence qui résonne pour eux comme un abandon, ce sont d’autres hommes et d’autres femmes qui se sont engagés à porter le sujet et faire avancer les choses. Dans le milieu de la musique, des figures du mouvement hip-hop comme Killer Mike, J.Cole, 50cent ou encore Lauryn Hill ont dénoncé chacun à leur manière la violence et les crimes auxquels il faut mettre fin.

C’est le rappeur Mike Killer qui a réagi en premier sur son Instagram ou il a posté une photo des parents de Michael Brown accompagné d’un long texte dans lequel il exprime avec tristesse toute sa compassion et sa colère. La publication à près de 3000 likes et Killer Mike a depuis évoqué à nouveau le sujet sur la toile. « Nous sommes des êtres humains. Nous méritons d’être enterrés par nos enfants, pas l’inverse. (…) Regardez la douleur de cette mère, regarder dans ses yeux. Regardez l’homme derrière elle. Regardez ce père, impuissant et blessé de n’avoir pu défendre son enfant. (…) Arrêtez de parler et de regarder ces gens. Regardez ces êtres humains et soyez avec eux contre un système qui permet à d’autres d’abattre leurs enfants. »

La chanteuse Lauryn Hill, quant à elle, a sorti jeudi dernier une nouvelle interprétation de « Black Rage » dans une version bien plus émouvante et engagée que la précédente. Une chanson qu’elle publie sur son twitter accompagnée d’un message : « Étrange, le cours des choses. Paix pour le Missouri ». Si les paroles sont les mêmes, elles prennent ici un sens beaucoup plus fort. « Black rage is founded on denying of self. Black human packages, tied and subsistence. Having to justify your very existence. Try if you must, but you can’t have my soul. Black rage is founded on ungodly control ».

httpv://youtu.be/W8Ix__x0gZM

De son côté, le rappeur J.Cole a écrit et enregistré spécialement pour Mike Brown le titre « Be Free » avant de se rendre lui même à Ferguson. La chanson nous envoie un message éloquent et touchant. Accompagné d’un simple piano, J.Cole nous livre sa version personnelle des évènements « Can you tell me why, every time I step outside I see my niggas down. I’m letting you know, that it ain’t no gun they can make that could kill my soul ». Dans une interview, J.Cole explique pourquoi il s’est senti touché par ce qu’il se passait : « Je suis fatigué d’être désensibilisé aux meurtres d’hommes noirs. Je me fous si ça a été par la police ou une personne. Ce n’est pas normal. »

L’initiative que Lauryn Hill, J.Cole ou encore Killer Mike en ont incité plusieurs autres. Des rappeurs de la West Coast, East Coast et de Chicago, tous très différents, mais unis pour la même cause. À commencer par une interview du cultissime Talib Kweli pour la CNN. Une vidéo de P.Diddy qui demande à Obama d’agir. Le rappeur T.I qui salue le travail des militants pacifistes. Franck Ocean, lui, a partagé une photo accompagnée d’un commentaire sur son Tumblr. Mais aussi d’autre chanson comme « New Black » de B.o.B ou « Ahh Sh-t’ » de 50ent et G-unit.

Pour la cause de Michael Brown, les rappeurs se sont mobilisés et ont permis une avancée majeure dans la quête de justice souhaitée par la famille, la communauté, mais également tous les citoyens qui ont soif d’égalité. Ils ont parlé au nom de tous, en allant bien plus loin que la simple dénonciation d’un fait, ils ont fait la demande d’un changement. Non pas seulement à Ferguson, mais dans l’Amérique tout entière. Non pas seulement pour les Afro-Américains, mais pour toutes les minorités opprimées. Ils ont osé. Les rappeurs se sont faits porteurs d’une génération, d’un message, d’une voie.

Jasmin Nahar

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