prêt de s’arrêter.
Près de 20 fois plus grand que la France, avec la moitié moins d’habitants. Le Canada, et plus particulièrement le Québec, représente depuis longtemps une opportunité professionnelle pour les Français. Travailleurs ou entrepreneurs, de l’autre côté de l’Atlantique, la chance vous sourit plus aisément (7 % de chômage en 2015).  Idem pour les étudiants : selon le ministère de l’Enseignement au Canada, les étudiants français représentent 38,1 % des universitaires étrangers au Québec.
L’un des premiers avantages est le bilinguisme : étudier en français dans un environnement anglophone, à l’heure où la maitrise de l’anglais est indispensable.
Si auparavant un étudiant français payait les mêmes frais d’inscription qu’un étudiant québécois, soit 1500 euros, désormais, hormis ceux en Master et en Doctorat, ils doivent s’acquitter de 4600 euros – et jusqu’à plus de 10 000 euros dans certaines provinces canadiennes – afin d’ouvrir les portes des universités. Ces sommes peuvent paraître élevées si l’on compare avec le coût minime, voire gratuit, des inscriptions dans les universités françaises. Toutefois, tout cela reste financièrement plus abordable qu’aux USA où les inscriptions se comptent minimum en dizaines de milliers de dollars. Après l’annonce de cette nouvelle, certains Français ont renoncé à partir et d’autres envisagent de rentrer. Cette catégorie demeure pourtant mineure, si l’on compare avec les étudiants qui restent ou décident de s’y rendre. Une hausse des tarifs qui a donc une influence minime sur les étudiants, leurs motivations étant plus fortes que l’aspect financier. De plus, selon différents classements (tels que Universitas 21 ou Qs World Universities), les universités canadiennes figurent parmi les meilleures au monde. Mc Gill en est un exemple.
Partir étudier au Canada : une sorte d’évidence
Adama, jeune étudiante française de 22 ans, a fait le grand saut. Après deux années de classe préparatoire, elle s’est rendue aux États-Unis en tant que fille au pair avant d’aller au Canada pour faire un master en Ressources humaines à l’universte de Montréal. L’occasion, pour elle, « de découvrir un pays qui m’intriguait et surtout de vivre en immersion dans un milieu bilingue ».
Pour beaucoup, partir étudier au Canada est une sorte d’évidence. Adama l’a ressenti dès sa deuxième année de licence : « la société française est pessimiste, elle ne donne pas aux jeunes l’espoir d’un futur meilleur. Le climat social était devenu très pesant, j’avais le sentiment de faire des études pour rien et qu’une fois diplômée je me retrouverai dans un marché du travail saturé. Aujourd’hui je suis dans un pays où j’ai l’impression que les opportunités me sont grandes ouvertes. Je ne suis plus cette fille noire de banlieue qui aura du mal à trouver du travail. Ici, je ne ressens plus cette étiquette que la société française veut me coller et qui n’est pas moi. Je suis à présent moi-même. J’ai eu finalement envie de me donner une chance. De plus, le système universitaire canadien est très porté vers l’aspect professionnel (stages, prises de parole en public) : on nous forme afin d’être capable de travailler une fois diplômés. C’est très différent de la France où l’enseignement est trop théorique. J’avais l’impression d’apprendre dans un seul but : les examens. J’avais déjà une licence et j’étais censé finir dans deux ans et pourtant je n’avais concrètement développé aucune compétence. J’ai donc décidé de partir pour remédier à cette situation et dès le début de mes cours à l’Université de Montréal, j’ai pris conscience du fossé énorme entre l’école et le monde du travail en France. Bien sûr, il n’est jamais évident de quitter son pays ; il y a un temps d’adaptation qui dépend des personnes ».
Sophie a elle aussi décidé de partir. Après une classe préparatoire littéraire et une bilicence à la Sorbonne, elle a intégré un master en journalisme à l’université bilingue Concordia. Contrairement à Adama, Sophie connaissait le Canada puisqu’elle y a séjourné à plusieurs reprises. « J’ai choisi le Canada d’abord parce que le pays me plaisait. Je voulais un enseignement anglophone et une ville étudiante vivante, c’est pourquoi mon choix s’est porté sur Montréal. Je voulais également évoluer dans un environnement cosmopolite, d’où le choix d’une université internationale. C’est quelque chose que je ne trouvais pas en France, pas suffisamment ouvert sur le monde à mon goût. Les milieux y sont cloisonnés, les filières bouchées. La grande différence est surtout la mentalité au sein de la sphère éducative : l’admission se fait par dossier, mais également sur entretien. Et ce n’est pas une étape qui se veut intimidante comme elle l’est souvent en France. C’est une simple discussion avec le professeur qui cherche à connaître nos projets et nos motivations en s’efforçant de savoir si la formation demandée nous conviendra. Je ne trouve pas étonnant que beaucoup d’étudiants français choisissent de partir au Canada : le taux du dollar canadien est pour l’instant assez avantageux, le niveau de vie est supérieur, les frais de scolarité raisonnables. Au-delà de cela, c’est très intéressant de découvrir les différences au sein du monde occidental, qui, s’il est compris comme un tout, est totalement pluriel ».
Le Canada, terre d’accueil pour certains étudiants français, semble encore avoir de beaux jours devant lui. Une perte pour notre pays. L’occasion pour nous de nous interroger sur les failles de notre système universitaire sans pour autant renier les qualités incontestables qui en font sa spécificité, comme la gratuité des inscriptions. Nous devons agir afin que les étudiants n’aient plus le sentiment que leur épanouissement scolaire se trouve ailleurs, mais bien chez eux…
Yannise Tchouankea

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