Après avoir parcouru le nord et l’ouest d’Oman, je pars pour ma dernière destination : le sud dans la ville de Salalah dans la région du Dhofar. Salalah se trouve à 1 000 km de Mascate, bordée de plages, de cocotiers et de montagnes. Pour y aller le meilleur moyen pour moi est l’avion. De retour de Khasab, je suis obligée de repasser par Mascate pour reprendre un autre vol.

Mon vol est retardé d’une heure, j’appelle donc mon contact sur place. C’est un autre couchsurfer, Amer, comptable Omanais d’une trentaine d’années. Il m’assure qu’il va me trouver un appartement car il ne peut pas m’héberger. Il m’assure aussi qu’il paiera deux jours de loyer. Je suis agréablement surprise de tant de générosité ! Effectivement à mon arrivée à l’aéroport en fin de journée, Amer m’attend. Il me conduit dans un grand appartement au centre-ville dont il a réglé deux nuits. Je reste quatre nuits et cinq jours à Salalah. Une fois installée, nous partons dîner puis Amer m’emmène au souk. Salalah est connu pour son encens, dont le plus populaire est le « hujari », un encens de couleur blanche et le plus cher. J’y reste un peu pour faire quelques emplettes. Amer n’est pas très disponible et m’explique qu’il a l’habitude d’aider les voyageurs. Le lendemain, je rencontre un autre couchsurfeur, Touqeer, qui d’ailleurs connaît Amer. Ils ont eu l’habitude de se parler au téléphone mais ils ne se sont jamais rencontrés.

Amer vient donc avec nous pour ma deuxième journée à Salalah. Touqeer est accompagné de son ami Omar qui est au volant. Nous allons visiter la tombe du prophète Ayoub en arabe, celle de Job en Français. On dit qu’il a été enterré à Salalah, mais d’autres pays prétendent la même chose dans le leur. Alors légende ou vérité ? Les gens veulent y croire en tous les cas. La tombe mesure un peu plus de deux mètres et est couverte d’un drap vert. Sur les murs de ce modeste ensemble sont accrochés des tableaux où est représenté par un arbre la généalogie des prophètes, d’Adam à Mohamed.

Nous ne restons pas très longtemps dans cet endroit. Après le déjeuner, Amer nous quitte et nous partons pour la plage de Mughsayl connue pour ses geysers. Des trous formés au sol éjectent l’eau provenant de la mer, par un effet de pression. Une véritable attraction qui attire du monde autour. En hiver, les jets sont très fins et sont peu perceptibles. Mais d’après ce qu’on m’a dit, on les voit mieux durant la période de la mousson, de juin à août. Nous restons une demie-heure et Touqeer doit partir, son employeur vient de l’appeler pour une urgence, car il est ingénieur électrique. Malgré le week-end, qui ici est le jeudi et le vendredi, Touqeer peut être amené à travailler en cas d’urgence. Demain, vendredi, je me retrouve seule car personne n’est disponible. J’envoie donc un message à plusieurs couchsurfers, en espérant qu’il y en ait un de disponible.

Je reçois un appel d’une personne parmi eux, Arfan, le soir même. Nous nous rencontrons le lendemain matin. Arfan n’est pas très bavard car il ne parle très bien anglais. Il est d’origine pakistanaise. Il faut savoir qu’à Oman ,il y a des sociétés où il n’y a quasiment que des immigrés d’origine indienne ou pakistanaise. Ils parlent alors rarement anglais, deuxième langue officielle du pays après l’arabe. En ce qui le concerne, il est bijoutier dans le souk de l’or de Salalah. Il comprend l’arabe et le parle aussi. J’arrive tout de même à engager la discussion avec lui. Pendant toute la journée, patient, il m’emmène à tous les endroits que je souhaite : la citadelle de Sumhuram, Khor Rori, Taqah, Mirbat et le musée de la terre de l’encens. Tous ces endroits sont des vestiges de cités passées, témoin d’un commerce fluvial entre les différentes contrées, notamment l’Inde ou d’autres pays d’Asie. On appelle ces côtes « la route de l’encens » car on vendait cette précieuse marchandise en échange d’autres produits. De nombreuses marchandises affluaient d’Asie à partir du Ier et IIe siècle de note ère.

De ces cités jadis rayonnantes, il ne reste que des ruines qui nous laissent difficilement imaginer ce que pouvaient renfermer ces murs. J’essaie pourtant d’imaginer. Cela devait sûrement être très animé. Ma visite se termine par le musée de la terre de l’encens où divers objets et vaisselles en bronze sont entreposés. On y trouve aussi d’anciens manuscrits du Coran. Au fond de la salle, plusieurs photos avant-après des différentes grandes villes d’Oman sont accrochées. On peut y constater une grande modernisation des infrastructures ainsi qu’un agrandissement considérable des villes.

Ceci est dû à une promesse du Sultan Al Qaboos, suite à la succession de son père, quand il accède au pouvoir en juillet 1970. Il promet de moderniser le pays et de le mener à la prospérité ainsi que l’entente entre ses voisins frontaliers. Il accuse ,par ailleurs, son père d’avoir mené le pays à sa perte, dans une lettre qu’il adresse à son peuple. Je pense qu’il a réussi son pari, d’ailleurs les gens que j’ai croisés sur ma route ne m’ont dit que du bien à son sujet.

Nous quittons le musée sans aller sur les ruines d’Al Baleed, une autre cité portuaire marchande qui fut découverte par le voyageur tangérois Ibn Battuta en 1331. En rentrant à mon appartement, un autre couchsurfer, Kevin, avec qui je suis en contact depuis un mois, me contacte. Il est disponible et peut m’héberger le lendemain. Le lendemain, je déménage et pars faire une grande virée en montagne avec Kevin. A certains endroits, le paysage est proche de celui de l’Afrique, notamment au niveau des arbres qui ont la « tête plate ». De nombreux lagons couleur émeraude émerveillent aussi nos yeux. Le lendemain, dimanche, mon dernier jour à Salalah, je vais sur les ruines d’Al Baleed. Je ne vois que des pierres amassées et quelques piliers ci-et-là dont on ne pourrait imaginer ce que c’était, sans les panneaux indicatifs. Il s’agit notamment de plusieurs mosquées installées près des demeures ainsi qu’un immense palais dont il ne reste qu’un immense amas de pierres. C’est ma dernière journée à Salalah et je repars ce soir pour Mascate.

La boucle est bouclée, me revoici à mon point de départ : Mascate. C’est ma dernière semaine. Les trois premiers jours, je les passe au bord de la plage avec un couple de voyageurs roumains que j’ai rencontré à Nizwa. Et je fais aussi une croisière autour de Mascate où j’aperçois, de manière plus claire, des dauphins. C’est un moment de repos après deux semaines intenses de voyage. Pour mon quatrième jour, avant dernier jour avant mon départ, je pars pour le désert de Wadi Sand avec Ahmed, que j’ai aussi rencontré à Nizwa. Là, je passe la nuit dans une tente près d’un campement car le prix des bungalows est beaucoup trop cher (50 euros la nuit). Nous ne payons que le dîner et le petit-déjeuner. Ce qu’on vient rechercher ici, c’est surtout la tranquillité, la beauté des dunes aux couleurs ocres et rouges ainsi qu’une nuit étoilée. Et pour cela, je savoure mes derniers instants à contempler le coucher du soleil, assise sur les dunes de sable.

Au matin, je fais quelques emplettes auprès de bédouines vendant des bracelets faits main. Elles sont tout de noir vêtues et portent un masque sur le visage. C’est la tenue traditionnelle que porte les bédouines à Oman. De retour à Mascate, je passe ma dernière soirée en compagnie de toutes les personnes que j’ai rencontrées durant mon voyage. A ma table, huit formidables personnes qui ont fait de mon voyage un moment inoubliable. Ibn Battuta… c’est ainsi que l’on m’a surnommée à plusieurs reprises. Ce que je retiendrai de ce voyage, c’est la gentillesse et la générosité des personnes que j’ai croisées. Mais aussi la richesse naturelle dont ce pays regorge et qui gagne à être connu.

Mon avion décolle demain à 5 heures du matin, il est temps de dire au revoir à Oman et mes chers compagnons. Paris m’attend.

Chahira Bakhtaoui

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