Le 18 février a lieu l’élection présidentielle, en Ouganda. Arrivé au pouvoir en 1986, Yoweri Museveni remet en jeu son titre dans ce nouveau scrutin sans grand suspens. Mais la jeunesse qui n’a rien connu d’autre que l’ère Museveni est partagée et semble déterminée à le faire savoir.
Lundi a été le premier jour de violence de cette campagne présidentielle. Au moins un mort est à déplorer. Ces violences ont débuté à la suite de l’incapacité pour Besige à donner son meeting à l’Université. « On en a marre, on veut du changement », se plaint ce taxi-moto. A 28 ans, il aspire à voir une nouvelle tête au pouvoir et pour lui il n’y a pas de doute c’est Kizza Besigye (arrêté par la police ce lundi 15 février à Kampala) qui doit prendre la relève. Pourquoi ? « Parce qu’il veut la paix et que nous voulons tous la paix dans notre pays », argue-t-il. Ce jeune homme au sourire facile dévale les routes en terre rouge sur sa moto bleue. Il fait partie des 80 % de la population qui a moins de 30 ans. Il y a 30 ans, Yoweri Museveni prenait le pouvoir dans ce pays, désormais le deuxième pays le plus jeune au monde.
Pour cet autre, âgé de 26 ans et travaillant dans un ministère, il est temps de voir l’alternance arriver au pouvoir. « Le régime est corrompu. Museveni a placé ses proches à de nombreux postes. Il est temps de changer tout cela. » Enjoué, il n’hésite pas à critiquer ce président qui en effraie pourtant plus d’un. Attablé devant une bière, il baisse quand même le ton quand des étrangers s’approchent. Ici, une parole déplacée peut avoir de graves conséquences.
Le régime mis en place par Museveni est difficile à définir. S’il y a effectivement des élections, que la liberté de la presse est relativement présente, c’est pour mieux reprendre ces libertés d’une autre main. Arrestations abusives, disparitions inquiétantes, népotisme sont quelques-unes des marques de fabrique de ce régime… C’est à l’issue d’une guérilla et d’un coup d’État que Museveni accède au pouvoir en 1986. Depuis il dirige le pays d’une main de fer dans un gant de velours. Il a notamment repoussé les différentes rébellions qui ensanglantaient le pays et intervient désormais comme médiateur (notamment au Burundi) ou force de paix dans les pays de la région.
Depuis 30 ans, le pouvoir a également su développer l’économie : tourisme, commerce, exploitation pétrolière en vue… Les infrastructures se développent : routes, hôpitaux, écoles, électrification… L’alternance aujourd’hui fait peur à beaucoup. La crainte d’un retour à une période de trouble favorisé par l’élection d’une opposition est très présente.
Mais pour beaucoup, cette peur ne suffit pas à les arrêter. Seuls 15 % des Ougandais ont accès à l’électricité, l’eau courante est loin d’être arrivée dans tous les foyers, les grands panneaux publicitaires sur le bord des principales routes de la capitale cachent les nombreux bidonvilles. Un développement donc qui est loin de profiter à la majorité de la population, dans ce pays où le salaire moyen est d’environ 40 $ par mois.
Ce militant porte un tee-shirt jaune, la couleur du parti du président, le NRM. Le slogan est inscrit dessus : « My contry, my president ». Il colle des affiches dans les rues de Kampala avec une dizaine d’autres. « Depuis que je suis né je n’ai connu que la paix, explique-t-il. Pourquoi voudrais-je changer de président ? » La paix. Un mot qui revient dans toutes les bouches. Après la période sanglante d’Amin Dada, l’instabilité à la tête de l’État et les différentes rébellions, l’Ouganda aspire au calme. « Ma grand-mère m’a raconté comment cela se passait avant, reprend-il. Moi j’ai pu aller à l’école gratuitement, je peux être soigné quand j’ai besoin… aujourd’hui je soutiens le président comme il m’a soutenu dans ma vie. »
« L’Ouganda veut la paix, des élections libres et paisibles », ne cessent de répéter les autorités. Pourtant, le parti présidentiel a mis en place une force de plus d’un million d’individus afin d’assurer la sécurité des élections… Une milice politique dénonce les ONG, qui a recruté des jeunes prêts à en venir aux mains afin de maintenir Museveni au pouvoir. Si certains assurent être là pour la « bonne cause », beaucoup dans la misère ont intégré ce groupe en quête d’une aide économique ou d’un soutien du pouvoir.
La jeunesse ougandaise va-t-elle se décider pour le changement dans ce régime aux allures schizophrènes ? Le président sortant, le « Mzee », l’ancien en swahili, n’a pas dit son dernier mot enchaînant les meetings et les promesses électorales. Les derniers sondages lui donnent juste un peu plus de 50 % des intentions de vote. Si l’on s’y fie, le deuxième tour n’est donc pas loin. Ce serait une première pour ce pays qui ne connaît le pluralisme politique que depuis 2005.
Charlotte Cosset de Kampala

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