Organisée par Médecins sans Frontières, cette installation, qui s’étend jusqu’au 17 janvier, invite le visiteur au cœur du quotidien des Palestiniens.

Une immersion dans la vie quotidienne en Palestine. Troublante, réaliste et pertinente. Organisée par l’association des Médecins sans frontières, une équipe indépendante, cette exposition exprime le refus de contribuer à banaliser l’inacceptable.

Survivre devient une normalité. On est piégés. On n’a pas la possibilité de s’échapper : c’est un sentiment qui est ressenti là-bas et qui est important d’amener ici. À travers un parcours semé d’embûches effrayantes et injustifiées, le visiteur est amené à s’immerger dans plusieurs espaces couverts de photographies, d’objets et témoignages sonores, symbolisant le quotidien des Palestiniens.

Les témoignages sont émouvants. Ils s’écoutent comme un point d’orgue sans limite. Une pharmacienne témoigne en pleine attaque. Elle dit haut et fort qu’elle peut mourir en direct. Un professeur relève le manque de concentration de ses élèves. Nous sommes à hauteur égale. On passe aussi les nombreux checkpoints. La fin de l’exposition est symbolisée par un dernier contrôle soporifique en numérique. Armé de son audioguide, le visiteur traverse les pièces avec ce même souffle soutenu et ses larmes derrière sa colère, retenues.

Entretien avec Samantha Maurin, membre de la coordination du projet de l’installation et responsable du service de la production.

Le Bondy Blog : Faut-il se positionner par le témoignage ?

Samantha Maurin : Nous faisons le constat d’un non-positionnement volontaire. Cela nous a amené à réfléchir sur comment décrire autrement ce quotidien, à cette réalité-là, à laquelle on est confronté : nous humanitaires. Ce qu’on décrit c’est ce que vivent nos patients et nos collaborateurs palestiniens tels qu’ils nous le racontent. C’est un parti prix humanitaire. Ce n’est pas ce que l’on voit retranscrire dans les médias parce que entre deux offensives souvent l’attention se détourne des palestiniens, de la violence subies que ce soit à Gaza ou en Cisjordanie. On a choisi de construire une installation pour essayer d’intéresser autrement et puis pour accéder directement au public. Elle propose une immersion pour rapprocher le plus possible le public en l’occurrence parisien mais qu’on espère internationale, du ce récit des palestiniens.

Comment les médecins font-ils pour sortir d’un endroit si cloisonner ? 

C’est très difficile. Ils doivent demander des autorisations. Il faut avoir les autorisations de sortie par les autorités de gaza et l’autorisation d’entrer d’Israël par les Palestiniens.  C’est apriori interdit pour les  Palestiniens de traverser Erez sauf pour des raisons précises donc médicales. Cela varie de mois en mois. C’est très difficile pour les médecins de sortir pour des formations ou autres puisque que ce n’est pas des « demandes prioritaires ». Les autorisations de sortie pour raisons médicales sont données 7 fois sur 10.   En temps d’offensive, il y en a beaucoup moins. Du côté égyptien, la frontière est complétement fermé depuis juillet 2013. Le terminal de Rafah est complétement fermé et n’a été ouvert que 24 jours au cours de l’année 2015. Jusqu’à présent il est en général fermé et il ouvre de temps en temps. Sans réponse, c’est dans une logique politique et sécuritaire que les frontières sont maintenues.

Votre travail est dense. Travaillez-vous en partenariat avec d’autres associations comme la Croix Rouge ? 

On collabore mais on a des activités différentes. Le croissant rouge palestinien assure le service d’ambulance et cherche les blessés. C’est un travail très difficile. On communique entre nous mais on n’a pas d’activité en commun.

Pensez-vous installer l’exposition dans d’autres villes européennes ?

Elle a vocation à être itinérante. On souhaiterait qu’elle circule en Europe. On souhaite la montée pour 2016 au Moyen Orient, dans des pays comme le Liban ou la Jordanie. Elle va nous permettre aussi de créer des dialogues et des discussions différentes que ce qu’elle suscite en France.

Quel était le message ?

On souhaitait transmettre les paroles des palestiniens eux-mêmes. Ce n’est pas de la communication, c’est vraiment le témoignage des récits d’un morceau de leur vie. On veut montrer leur dignité et loin de nous l’idée de faire passer tous les palestiniens pour des victimes tout court. Ce sont des gens qui sont confrontés aux réalités de l’occupation au quotidien, depuis des années : de générations, en génération et qui pourtant continue à résister avec beaucoup d’indignation et de dignité. Ils essayent de faire avec, que ce soit les femmes les hommes ou les enfants au quotidien. C’est une façon de rendre hommage aussi à toutes ces personnes qui nous accompagne dans cette histoire depuis 25 ans. Ce sont des personnes qui valent la peine d’être écouté et d’être rencontré

Il est impressionnant de voir des familles venant avec des enfants, n’est-ce pas ?

Je trouve cela encourageant. Une des mamans m’a marqué.  L’une d’entre elles disait : « Moi je veux que mes enfants grandissent en se souciant de l’autre et en étant moins individualiste que notre génération à nous. » Donc vraiment avec la volonté de leur faire découvrir ce que d’autres enfants vivent ailleurs. D’autre viennent avec une volonté de transmettre à leur enfant pour qu’ils sachent ce qui se passe dans cette partie-là du monde. Ce n’est pas évident pour nous : ce n’est pas une installation pour les petits enfants. Parler de la guerre aux enfants est un vrai challenge pour les parents. Il faut contre balancer le trop plein d’images violentes en mettant des mots sur tout ça.

Comment avez-vous pris connaissance de la requête menaçante du CRIF et qu’elle fut votre réponse ?
Le président d’MSF a reçu une lettre du président du CRIF dans lequel il faisait état de son inquiétude. Il estimait que cette installation faisait de l’incitation à la haine et de l’apologie au terrorisme. On avait prévu de lui répondre par courrier et puis il a publié son courrier dans l’après-midi du vendredi. On l’a appris par les réseaux sociaux. On a décidé de réagir, via l’AFP. On a aussi publié un communiqué de presse où on demande au président du CRIF de retirer ses propos diffamatoires. On se réserve la possibilité de donner des suites juridiques. Ce n’est pas le cas encore, on attend, on va voir.

Qu’est-ce qui fait que des accords qui sont pourtant écrits et validés par tous même ceux qui sont le plus réticents ne sont pas tenus et ne sont pas respectés ? 

C’est une situation extrêmement complexe avec des intérêts. C’est aussi pourquoi on a voulu poser les jalons historiques, parce que ça permet d’objectivé les discours. On a décidé de remonter à l’histoire coloniale de la Grande Bretagne et de la France qui se sont beaucoup partagé la Palestine. La Palestine était déjà sous le contrôle de l’empire ottoman avant mais disons que l’histoire récente à fabriquer plein de nœud qui aujourd’hui sont extrêmement difficile à dénouer. Je n’ai pas de réponse. Ecoutez les mamans.

Yousra Gouja

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