Dimanche 23 mai, veille du pèlerinage de Poponguine, village situé à près de 70km de Dakar. Après un long et périlleux voyage, je débarque sur les lieux. Malgré la forte chaleur, je décide de squatter dans les parages. Deux ans que je n’avais pas mis mes pieds sur ce site qui abrite depuis 122 ans le grand pèlerinage marial qui coïncide avec la fête de Pentecôte. Du coup, je me sens un peu perdu. A 24 heures de l’événement, les lieux commencent à recevoir du monde. Quand certains s’activent à monter leur tente, d’autres, bidons à la main, cherchent désespérément de l’eau.

De l’autre côté, à quelques encablures du village des marcheurs – un village spécialement élaboré pour la circonstance –, plus d’une dizaine de cars sont garés. A bord, des pèlerins. Je décide de continuer ma promenade. Arrivé le long de la grotte, lieu de prière et de méditation, j’aperçois quelques jeunes, le genou fléchi égrenant leur chapelet et de temps à temps chantant des louanges au nom de Marie « la reine du ciel ». Et cela en dépit de la canicule qui règne sur le lieu.

L’endroit revêt une grande importance pour les pèlerins qui viennent se recueillir au pied des statues de nombreux saints et saintes, et de celle, bien sûr, de la Vierge Marie. « Moi je ne peux pas venir à Poponguine sans venir dans ce lieu de grâce », dit un jeune de teint clair, la vingtaine, assis au pied d’une batiste. Un autre, debout, chapelet au cou, lance avec ferveur que c’est un lieu où « on reçoit des grâces du ciel ».

A quelques kilomètres de la grotte se trouve le sanctuaire, situé en pleine air. C’est ici qu’est célébrée la messe du lundi de Pentecôte ainsi que la veillée de prière du dimanche. Il peut contenir des centaines de milliers de fidèles catholiques qui viendront de tous les coins du pays et de la sous-région – Gambie, Guinée-Bissau, Guinée Conakry, Mali.

Une fois sur les lieux, je découvre un groupe d’enfants répétant des chorégraphies. On les surnomme « la comédie musicale ». Chaque année, depuis un bon bout de temps, la troupe fait une prestation lors de la viellée. A coté du sanctuaire, la Basilique mineure. Un lieu d’une architecture des plus sobres et également symbolique pour les pèlerins qui viennent s’y recueillir. A suivre…

René L. Fonséca (Dakar Bondy Blog)


Alcool et déhanché au pèlerinage de la Vierge…

Je décide d’aller retrouver mes amis qui apparemment s’étaient déjà installés depuis la veille. Sur le chemin, les nombreux commerçants attirent mon attention. Les produits qu’ils offrent sont multiples et variés. Ils vont des chapelets aux tee-shirts, casquettes ou tissus à l’effigie de la Vierge, en passant par des œuvres d’art de toutes sortes sans oublier sandwichs et autres dégustations proposées à une clientèle diversifiée. « Nous, on vend de tout, et c’est accessible à toutes les bourses », confie un vendeur assis à même le sol, sueur au front et chapeau sur le crâne. Il ajoute en éternuant que les affaires marchent à merveille, malgré la concurrence.

Une fois la nuit tombée, je fais le tour de quelques « mini bar » installés le long de l’entrée du village à quelques pas de la plage. Après des minutes de marche, j’entre enfin dans un « bar » où l’on entend de la musique. Et pas n’importe laquelle : du zouk. L’ambiance est au rendez-vous. Certains se tapent quelques pas de danses, oubliant qu’on est dans un pèlerinage. Alors que j’attends ma commande qui commence à prendre du temps, deux gendarmes s’insurgent dans le lieu. « Arrêter cette musique », crie l’un eux. Un troisième, puis un quatrième gendarme entrent à leur tour. Un véritable coup de force est entrain d’être mené.

Après d’intenses et âpres négociations, les limiers saisissent quelques matos du disc-jockey. Cette année, le clergé a interdit non seulement la vente de boissons alcoolisées aux alentours du sanctuaire et autres lieus de prière;  mais aussi la musique a été strictement prohibée, et ce à partir de cette année. « Un nouveau souffle va dorénavant soufflé sur Poponguine avec cette mesure de l’Eglise », explique un jeune homme assis sur une chaise bière à la main. Cependant, la boisson alcoolisée a coulé à flot dans certains endroits où étaient campés des jeunes. Ils ont également adopté la musique au détriment des cantiques et autres louanges.

 René L. Fonséca (Dakar Bondy Blog)

René L. Fonséca

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